Le cinéma a toujours alimenté Halloween, mais cette année, le phénomène prend une autre ampleur. Les tendances américaines ne se résument plus au personnage vaguement reconnaissable acheté deux jours avant la fête. Le déguisement devient un marqueur de fandom, un costume de groupe, parfois même un petit exercice de direction artistique. Oui, on parle de fringues en polyester. Mais certaines personnes ont visiblement décidé de traiter le 31 octobre comme la Mostra de Venise avec du faux sang.
Les données des grands distributeurs américains spécialisés le confirment : films et séries figurent parmi les principales inspirations des acheteurs pour Halloween 2026. Surtout, les consommateurs regardent désormais le confort autant que la fidélité du costume. Une information qui semble anodine, mais qui devrait faire réfléchir tous ceux qui envisagent de passer huit heures dans une armure en mousse, un masque intégral ou une perruque qui gratte comme une punition divine.
Le mot d’ordre de 2026 est simple : être identifiable en trois secondes, sans ressembler à une mascotte de magasin de jouets.
Ulysse et les petits tracas

Premier gros filon venu des États-Unis : la Grèce antique. Avec The Odyssey de Christopher Nolan qui nourrit déjà l’imaginaire des fans de cinéma, les tuniques, les armures de cuir, les couronnes de laurier et les silhouettes mythologiques devraient sérieusement squatter les fêtes d’Halloween. Le cinéma de Nolan aura donc réussi à transformer Homère en fournisseur officiel de déguisements. Il fallait le faire.
Le thème a un avantage évident : il ne dépend pas entièrement d’un costume sous licence. On peut évoquer Ulysse avec une tunique blanche ou beige, une cape élimée, une ceinture en cuir, quelques bracelets métalliques et de la poussière sur le visage. Pénélope peut se distinguer avec un drapé plus travaillé, des bijoux dorés et un ouvrage de tissage transformé en accessoire. Athéna réclame une silhouette plus graphique, entre cape bleue, casque doré et bouclier léger.
Le piège serait de basculer dans le déguisement de soirée étudiante, avec une nappe blanche attachée à l’épaule et une couronne en plastique achetée entre deux paquets de chips. Il faut plutôt chercher la texture : du lin, du coton brut, du cuir vieilli, un tissu usé, des couleurs terreuses. Le personnage doit donner l’impression d’avoir traversé une guerre, une tempête et trois décennies de post-production, pas de sortir d’un rayon de farces et attrapes.
Le costume de groupe est évidemment la meilleure option. Ulysse, Circé, Pénélope, les sirènes, un Cyclope, Poséidon et une petite armée de marins perdus permettent de construire un tableau immédiatement lisible. Et si une personne arrive une heure et demie après tout le monde, elle pourra toujours expliquer qu’elle a été retenue par les vents contraires. C’est pratique, la mythologie.
Ulysse après vingt ans de voyage, quatre cocktails et une recherche interminable de sandales à sa taille.
Ghostface ne prend jamais sa retraite

Ghostface reste le patron des soirées Halloween. Ce n’est pas une nouveauté, évidemment. Le masque blanc est devenu aussi indestructible que la franchise Scream elle-même. Mais le retour de Sidney Prescott dans Scream 7 remet une pièce dans la machine, avec Neve Campbell de nouveau au centre du jeu et Kevin Williamson à la réalisation.
Le septième film ramène la saga dans une Amérique plus domestique, plus pavillonnaire, loin du Manhattan de Scream VI. Autrement dit, la franchise retrouve ce qu’elle sait faire de mieux : transformer les maisons familiales, les jardins impeccables et les téléphones qui sonnent en terrains de chasse. Ghostface n’a jamais eu besoin de grandes idées. Un masque, un couteau, un appel absurde et une victime qui répond seule à la porte. La recette tient depuis 1996.
Le problème du costume Ghostface, c’est qu’il est devenu trop simple. Un masque, une robe noire, terminé. Pour sortir du lot, il faut donc construire une idée autour du personnage. Le costume de groupe reste la meilleure solution : une Sidney Prescott époque 1996, une Gale Weathers en tailleur de journaliste télé, un Randy Meeks avec une tenue de vendeur de vidéoclub, un caméraman et un Ghostface. On peut même pousser jusqu’au téléphone à clapet, au micro de télévision et à la fausse cassette VHS.
La version « soirée après meurtre » fonctionne aussi très bien : cape noire légèrement tachée, chaussures de ville, gants, un peu de faux sang séché et un couteau factice crédible. Il faut éviter le rouge trop vif appliqué au hasard sur la tunique. Le faux sang doit raconter quelque chose, bordel. Une éclaboussure sur la manche ou le col vaut mieux qu’une douche complète façon ketchup industriel.
Le masque est connu de tous. L’interprétation, elle, fait la différence.
K-pop, démons et eyeliner de guerre

Le phénomène le plus évident de cet Halloween 2026 s’appelle KPop Demon Hunters. Le film d’animation de Maggie Kang et Chris Appelhans, produit par Sony Pictures Animation et diffusé sur Netflix, a trouvé la recette parfaite pour coloniser les soirées : des chansons qui restent en tête, des héroïnes immédiatement identifiables, des méchants glamour et une direction artistique qui donne envie de vider un magasin de strass.
Rumi, Mira et Zoey sont devenues des modèles de déguisement parfaits parce qu’elles proposent plus qu’une simple tenue. Il y a une attitude, une palette de couleurs, des coiffures, des armes stylisées et un mélange très précis entre idol K-pop et guerrière surnaturelle. Le film vend une image avant même de vendre son récit. C’est exactement ce qu’Halloween adore.
La bonne idée n’est pas forcément d’acheter le costume complet. Une veste courte structurée, une jupe ou un pantalon noir, des bottes, un maquillage violet ou argenté, un accessoire doré et un micro-casque suffisent à installer la référence. Le plus important est de garder une cohérence de silhouette. Un look inspiré de Huntrix doit être net, coloré, un peu agressif. Pas besoin de se transformer en sapin de Noël qui aurait écouté trop de playlists coréennes.
Pour un déguisement collectif, chacun peut choisir une héroïne différente ou composer une escouade de chasseurs de démons plus librement inspirée du film. C’est même préférable. Un costume n’a pas besoin d’être une copie écran par écran pour fonctionner. Il doit récupérer les signes forts du personnage : les contrastes noir et métal, les silhouettes de scène, les bijoux graphiques, l’énergie de groupe.
Quand tu voulais juste mettre des paillettes et que tu te retrouves à défendre l’humanité contre les ténèbres.
La mariée avait un cadavre

Halloween sans horreur, ce serait Noël sans Mariah Carey. Une aberration. En 2026, la tendance américaine pousse donc aussi les figures gothiques, les mariées maudites, les créatures de laboratoire et les héros de slashers. Le retour de The Bride!, réalisé par Maggie Gyllenhaal avec Jessie Buckley et Christian Bale, remet notamment Frankenstein sur la table. Et cette fois, il ne s’agit pas seulement de coller deux boulons sur le cou.
La créature de Mary Shelley reste une mine d’or parce qu’elle peut être interprétée de mille façons. On peut regarder du côté du gothique classique, du cinéma expressionniste, des films Universal, de la science-fiction des années 1980 ou des relectures plus contemporaines. Sur NR Magazine, le personnage de Frankenstein rappelle à quel point le mythe ne cesse de changer de visage tout en conservant son noyau : un corps fabriqué, un créateur démiurge et une créature qui finit toujours par réclamer des comptes.
La version Halloween qui fonctionne ne demande pas une reconstitution parfaite. Une robe blanche vieillie, légèrement noircie aux ourlets, un maquillage pâle, une coiffure haute traversée de mèches blanches et quelques coutures discrètes sur le visage feront très bien le travail. Il faut jouer l’élégance macabre, pas le maquillage de zombie appliqué à la truelle devant le miroir de la salle de bains.
Pour un duo, la Mariée et Frankenstein restent une valeur sûre. Pour un groupe, on peut élargir avec un savant fou, un assistant bossu, un villageois furieux et une torche en carton. L’inspiration peut aussi venir de La Fiancée de Frankenstein, où le monstre et son créateur alimentent déjà une histoire de manipulation, de désir et de laboratoire qui part complètement en vrille. Ce vieux bazar fonctionne encore parce qu’il contient déjà tous les ingrédients : le masque, la mue, la renaissance.
Les monstres de 2026 ne cherchent plus à être réalistes. Ils veulent être beaux, tristes et légèrement inquiétants.
Star Wars, la force de l’habitude
Il y a enfin les franchises qui ne sortent jamais vraiment du radar. Star Wars conserve une présence massive dans les tendances américaines, avec les Mandaloriens, Grogu, les Jedi, les Sith et toute la quincaillerie galactique habituelle. C’est le déguisement refuge par excellence : reconnaissable, adaptable à tous les budgets et très efficace pour les familles ou les bandes d’amis.
Le piège serait de se contenter d’un ensemble noir avec un masque bas de gamme. Un bon costume de Mandalorien repose sur les matières. Il faut mélanger du gris, du brun, du métal patiné, des sangles, des pochettes et une cape courte. Même avec une armure simplifiée, la silhouette gagne immédiatement en crédibilité. Un casque propre comme s’il sortait de l’usine donne surtout l’impression que son propriétaire vient d’être livré par Chronopost.
Les franchises familiales restent elles aussi très présentes dans les inspirations venues des États-Unis : Toy Story, Moana, les Minions, Super Mario et les personnages Disney. Elles ont l’avantage de réunir trois générations, un cousin qui n’a rien préparé et un chien qui n’avait rien demandé. Le bon costume de groupe ne dépend pas de la rareté du personnage. Il dépend de la manière dont la bande s’approprie le délire.
Une équipe Star Wars devient nettement plus drôle si chacun assume un rôle précis : le Mandalorien impeccablement équipé, Grogu dans un sac de transport bricolé, le Jawa chargé de récupérer les verres vides et l’officier impérial qui surveille les dépenses. Une équipe de production, en somme. Il ne manque plus qu’un producteur pour annoncer que le budget est dépassé.
Pour trouver d’autres personnages, séries ou films à détourner à Halloween, le catalogue cinéma de NR Magazine reste une bonne réserve d’idées. Parce qu’un costume réussi ne se mesure pas à son prix, ni au nombre de logos sur l’emballage. Il se mesure au moment où quelqu’un vous reconnaît instantanément, puis vous demande comment vous avez eu cette idée. Là, il faudra mentir un peu. Comme au cinéma.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




