The Wrong Girls n’a pas eu la vie facile en salles, et c’est presque devenu un genre en soi : le petit film original qui se fait écraser par le rouleau compresseur du box-office. Bonne nouvelle, la comédie de Dylan Meyer avec Kristen Stewart et Alia Shawkat se rattrape à domicile, où elle peut enfin respirer sans se faire marcher dessus par les mastodontes du moment.

Sorti en salles le 14 août 2026 chez NEON, le long métrage a débarqué dans un paysage déjà saturé par les gros calibres de saison, avec des multiplexes qui réservent naturellement leurs meilleures séances aux locomotives les plus rentables. On connaît la chanson : quand un blockbuster prend toute la lumière, les films plus singuliers se retrouvent à jouer les seconds rôles, même quand ils ont une vraie personnalité. À l’échelle de l’industrie, ce n’est pas seulement une question de goût, c’est une question de survie commerciale. Et là, on parle d’une comédie originale, pas d’un énième reboot en costume qui vient faire sa petite tournée d’honneur. Le film a donc perdu la bataille des écrans, mais il gagne celle du canapé.

À partir du 1er septembre 2026, The Wrong Girls est disponible à la location et à l’achat sur les plateformes numériques. La sortie s’accompagne d’un commentaire audio signé Dylan Meyer, Kristen Stewart et Alia Shawkat, ce qui, pour les amateurs de bonus, vaut déjà mieux que trois affiches collector et un mug mal fichu. Pour les collectionneurs, il faudra patienter jusqu’au 8 décembre 2026 pour l’édition Blu-ray. Oui, c’est long. Oui, l’industrie adore encore faire semblant que le support physique est un luxe alors qu’il reste le dernier refuge des gens qui aiment vraiment leurs films.

Deux paumées, des agents secrets et un chat qui parle : la bonne vieille recette du chaos

Le point de départ tient du buddy movie sous acide : Frankie, incarnée par Kristen Stewart, et Molly, jouée par Alia Shawkat, tombent sur une substance expérimentale, la prennent, et se retrouvent embarquées dans une spirale de quiproquos, d’agents gouvernementaux et d’identités malmenées. Sur le papier, ça pourrait ressembler à une simple variation de comédie défoncée. En réalité, Dylan Meyer joue plutôt la carte du détournement : deux femmes slacker au centre du dispositif, un duo féminin qui déplace le centre de gravité du genre sans en faire un manifeste pesant. Et ça, franchement, ça change la donne.

Depuis Cheech and Chong’s Up in Smoke en 1978, la comédie stoner a ses codes, ses paresseux sublimes, ses errances, ses coups de génie idiots. On a vu le modèle se décliner en rom-com, en polar loufoque, en film de potes à la dérive. The Wrong Girls s’inscrit dans cette lignée, mais avec une petite torsion bienvenue : Meyer convoque autant l’esprit de The Big Lebowski que celui de Repo Man ou de Bill & Ted’s Excellent Adventure, sans se contenter de recycler les tics du genre. Le film ne cherche pas à réinventer la roue, il la fait déraper dans le gravier.

Affiche de The Wrong Girls
Affiche de The Wrong Girls

Kristen Stewart, Alia Shawkat : le duo qui tient la baraque

Si The Wrong Girls fonctionne, c’est d’abord parce que Kristen Stewart et Alia Shawkat ont cette chimie un peu bancale, un peu nerveuse, qui donne l’impression que les répliques naissent sur le moment alors qu’elles sont évidemment millimétrées. Stewart, depuis longtemps, a fait de sa sidération élégante une matière de jeu à part entière ; Shawkat, elle, a ce timing sec et cette manière de laisser traîner une phrase comme si elle venait de la penser en marchant. Ensemble, elles installent une dynamique de duo qui évite le piège du numéro d’actrices en roue libre.

Autour d’elles, le casting aligne Tony Hale, Kate McKinnon, LaKeith Stanfield et quelques autres, histoire de densifier le chaos sans le noyer. Ce n’est pas un hasard si le film a été pensé comme une comédie de groupe : dans ce type d’opus, la distribution n’est pas un simple ornement, c’est le moteur. Et quand le moteur tourne bien, même une intrigue à base de chats parlants et de services secrets peut garder les quatre roues au sol. Enfin, à peu près.

À domicile, le film change de tempo

Le passage en digital n’est pas qu’une opération de rattrapage. Pour un film comme celui-ci, c’est presque une seconde naissance. Les comédies de ce genre ont souvent besoin d’un contexte plus souple que la salle de cinéma standard, surtout quand elles reposent sur un mélange de décalage, de rythme et de connivence. À la maison, on peut revoir une scène, faire pause, rire plus fort, inviter deux ou trois amis et transformer la séance en petite fête de mauvaise foi. C’est moins solennel, plus juste aussi.

Et puis il y a cette réalité un peu cruelle du marché actuel : les films originaux, surtout les comédies, peinent à exister face aux franchises qui raflent les écrans, les séances et l’attention. NEON continue pourtant de défendre ce genre de propositions, avec une logique de fer de lance qui mérite d’être saluée sans tomber dans l’encens automatique. Quand les salles se referment, le numérique devient la soupape des films qui refusent de disparaître.

Alors oui, The Wrong Girls n’a pas eu le parcours triomphal d’un mastodonte à plusieurs centaines de millions de dollars. Mais ce n’est pas le sujet. Le vrai enjeu, c’est qu’une comédie aussi bizarre, aussi bancale et aussi vivante puisse encore trouver son public hors du circuit des grands écrans. Et ça, dans une industrie qui adore les poules aux œufs d’or mais se méfie des oiseaux un peu tordus, c’est déjà une petite victoire.

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