On croyait Blue Beetle condamné à rester un joli coup isolé dans le grand bazar DC, et voilà que Xolo Maridueña réapparaît dans l’orbite de James Gunn pour Man of Tomorrow. Comme quoi, à Hollywood, les enterrements sont souvent provisoires.
Pour replacer le décor sans se raconter d’histoires : Blue Beetle, sorti en 2023, débarquait au moment où DC vivait sa grande phase de remise à plat, entre fin de règne de l’ancien régime et promesse d’un nouvel ordre piloté par James Gunn et Peter Safran. Le film de Ángel Manuel Soto, porté par Xolo Maridueña, n’a pas été pensé comme le fer de lance d’une nouvelle machine à fantasmes, plutôt comme une tentative de faire exister un héros secondaire dans un univers en pleine recomposition. Résultat, le long métrage a surtout laissé une question en suspens : est-ce qu’on reverrait un jour Jaime Reyes ?
La réponse, visiblement, tient à un coup de fil. Et pas n’importe lequel. James Gunn a décidé de rappeler Maridueña pour le prochain chapitre de la saga Superman, Man of Tomorrow, et l’acteur a raconté avoir été pris de court au point de ne rien voir venir. On imagine la scène : vacances au Japon, téléphone qui sonne, et tout à coup la petite vie tranquille se prend un uppercut de blockbuster. À Hollywood, le hasard a souvent le goût d’une stratégie très calculée.
Le héros qu’on croyait en stand-by
Le cas Blue Beetle est intéressant parce qu’il dit beaucoup de la manière dont DC gère ses survivants. Le film n’a pas été lancé comme un mastodonte à la The Batman ou comme une poule aux œufs d’or façon Aquaman à son heure de gloire ; il arrivait dans un moment de transition, avec un budget de production estimé autour de 104 millions de dollars, avant même la danse habituelle du marketing. Autrement dit, pas le genre d’opus qu’on laisse dormir paisiblement si on pense pouvoir en recycler la moindre étincelle.
Xolo Maridueña, lui, incarnait un pari assez malin : un jeune acteur déjà identifié par une génération sériephile grâce à Cobra Kai, projeté dans le costume d’un super-héros latino à la fois accessible, familial et un peu bancal. Ce n’est pas rien. DC a longtemps eu un problème de circulation sanguine entre ses figures majeures et ses seconds couteaux, comme si le studio hésitait sans cesse entre table rase et recyclage. Là, Gunn semble avoir choisi la deuxième option, mais avec un tri sélectif. On ne jette pas forcément le gamin du film avec l’eau tiède du reboot.

James Gunn, chef d’orchestre ou collectionneur de bouts de ficelle ?
Depuis qu’il a pris les commandes créatives du nouvel ensemble DC, James Gunn joue une partition assez claire : réordonner le chaos sans effacer complètement ce qui peut encore servir. C’est une logique de continuité bricolée, presque artisanale, qui tranche avec les grands resets brutaux des franchises rivales. Le retour de Maridueña dans Man of Tomorrow va dans ce sens : Gunn ne se contente pas de relancer Superman comme demi-dieu central du nouvel univers, il commence aussi à réintroduire des satellites, des visages, des promesses. Le genre de détail qui peut sembler anodin et qui, en réalité, dessine la carte du futur.
Ce n’est pas seulement une histoire de casting. C’est un signal industriel. Quand un studio rappelle un acteur d’un film qui n’a pas été conçu comme un triomphe massif, il envoie un message très simple : certains éléments du passé restent exploitables, même si le grand plan a changé en cours de route. Et dans le cas de DC, on sait que les plans changent souvent plus vite qu’un costume en post-production. Le retour de Maridueña, c’est le petit caillou qui dit qu’on ne repart pas de zéro, malgré les grands discours.
Le petit miracle des seconds rôles qui reviennent par la fenêtre
Il y a aussi quelque chose de très hollywoodien dans cette histoire : le système adore faire passer les retours modestes pour des gestes de continuité mythologique. Un acteur revient, et soudain on parle d’architecture narrative, de cohérence d’ensemble, de vision à long terme. Pourquoi pas, après tout. Mais on sait bien que derrière le vernis, il y a aussi la logique du test grandeur nature : voir ce qui tient, ce qui accroche, ce qui peut encore faire circuler un peu de désir autour d’une franchise qui a longtemps tiré une balle dans son propre pied.
Pour Xolo Maridueña, ce retour a une autre saveur. Il ne revient pas comme un monstre sacré qu’on aurait attendu au tournant, mais comme une jeune tête d’affiche qu’on réinvite parce qu’elle a encore quelque chose à offrir. Et c’est peut-être là que DC devient enfin un peu plus malin : au lieu de n’exister qu’à travers ses figures les plus écrasantes, la franchise commence à penser en réseau, en relais, en passerelles. Le genre de truc que Marvel a longtemps maîtrisé avec une froideur d’ingénieur, pendant que DC s’écharpait dans ses propres couloirs. Le studio semble enfin comprendre qu’un univers étendu, ça se tisse autant avec les seconds couteaux qu’avec les grands messies en cape.
Reste la vraie question, celle qui fait sourire l’équipe de la rédaction et grincer les dents des comptables : ce retour est-il le début d’un vrai plan ou juste un joli clin d’œil pour rassurer les fans ? Dans le cinéma de super-héros, la frontière entre promesse et rustine est souvent floue. Mais au moins, cette fois, quelqu’un a décroché le téléphone. Et à Hollywood, c’est déjà presque une déclaration d’amour.
Bande-annonce VF de Blue Beetle
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




