Robin des Bois en version sale, fatiguée et franchement pas héroïque : voilà le pari de The Death of Robin Hood, que A24 lâche en numérique à peine le film a-t-il eu le temps de respirer en salles. Avec Hugh Jackman en tête d’affiche, Michael Sarnoski prend le mythe à rebrousse-poil et le transforme en objet de démythification assez frontal pour faire grincer les flèches.
Le calendrier, lui, dit déjà beaucoup de choses. Sorti en salles de manière large, le long métrage a connu un box-office timide et s’est vite volatilisé des écrans, au point qu’on avait presque l’impression d’assister à une sortie fantôme. A24 a annoncé une mise à disposition en location et à l’achat sur les plateformes numériques à partir du 28 juillet 2026. Dans l’économie actuelle, ce genre de trajectoire n’a rien d’exceptionnel : les studios et distributeurs testent, observent, puis basculent vers la fenêtre de diffusion la plus rentable. La salle n’est plus toujours le grand banquet ; parfois, elle sert juste d’amuse-bouche. Et quand le bouche-à-oreille ne décolle pas, le numérique devient le plan B qui ressemble furieusement à un plan A.
Le film s’inscrit aussi dans une drôle de tradition hollywoodienne : celle qui consiste à reprendre une figure archi-usée pour lui retirer son vernis. Robin des Bois a déjà tout encaissé, du chevalier romantique au voleur de grand chemin en passant par le renard de dessin animé, donc autant dire que le personnage a survécu à pire qu’un traitement sombre et désenchanté. Ici, Sarnoski le présente comme ce que ses affiches de recherche annoncent déjà sans détour : un homme violent, un criminel, un survivant plus qu’un justicier. Hugh Jackman, qui a souvent incarné des héros cabossés mais encore aimables, se retrouve à jouer dans une zone plus grise, presque anti-mythologique. Ça change du grand sourire de service. On n’est plus dans la légende, on est dans la facture.
Un héros qui a perdu le costume avec le panache
Ce qui intrigue, dans The Death of Robin Hood, ce n’est pas seulement son pitch, c’est sa manière de saboter la machine à fantasmes. Michael Sarnoski, après Pig et A Quiet Place: Day One, a déjà montré qu’il aimait les récits où le spectaculaire se cogne à quelque chose de plus intime, de plus rugueux. Ici, il pousse le curseur vers une brutalité qui semble avoir divisé la critique, certains saluant cette sécheresse, d’autres y voyant un film trop plombé. Mais au fond, la division fait presque partie du programme : si l’on démonte un mythe, il ne faut pas s’étonner que les morceaux volent un peu partout.

Le trio d’acteurs participe de cette idée de désenchantement. Bill Skarsgård incarne Little John, rebaptisé Edward, comme si même les vieux compagnons de route avaient besoin d’un nouveau passeport pour survivre à l’époque. Jodie Comer, en religieuse qui recueille et soigne Robin après une blessure, introduit une forme de refuge moral dans un récit qui n’en offre guère. Ce n’est pas exactement la forêt de Sherwood en mode carte postale ; c’est plutôt un terrain où chaque personnage traîne son lot de fautes, de cicatrices et de compromis. Le film ne demande pas qu’on admire Robin, il demande qu’on le regarde en face.
De la salle au canapé, la flèche a changé de cible
Le passage rapide au numérique raconte aussi quelque chose de plus large sur la circulation des films aujourd’hui. Un titre peut bénéficier d’une sortie en salles, puis être requalifié presque aussitôt en produit de consommation domestique. Ce n’est pas forcément un aveu d’échec, mais c’est souvent le signe qu’un distributeur ne voit plus la salle comme l’unique lieu de valorisation. A24, qui a bâti une partie de son identité sur des films singuliers, sait parfaitement manier cette double vie : prestige critique d’un côté, exploitation rapide de l’autre. Pas très romantique, certes, mais diablement efficace.
Pour le spectateur, l’affaire est simple : si le film a raté son rendez-vous en salle, il arrive maintenant à domicile, sans cérémonie et sans tapis rouge. On pourra donc juger par soi-même si cette relecture de Robin des Bois tient de la bonne idée un peu cruelle ou du geste trop appuyé. Dans tous les cas, le mythe continue de muter, parce qu’Hollywood adore ça, recycler ses demi-dieux jusqu’à ce qu’ils deviennent méconnaissables. Robin des Bois n’a pas perdu la bataille ; il a juste changé de plateforme.
Et franchement, entre une légende repeinte en noir et un héros qui ne demande plus à être aimé, il y a de quoi préférer le désordre au folklore. Le 28 juillet, on saura si cette flèche-là touche le cœur ou finit dans le décor.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




