Hollywood a toujours eu un faible pour les histoires de chiens, surtout quand elles permettent de faire couler une larme sans trop salir le tapis rouge. Avec Arthur the King, Mark Wahlberg signe un long métrage discret au cinéma, mais taillé pour la revanche en streaming.

Sorti en 2024, le film de Simon Cellan Jones n’a pas cassé la baraque en salles, mais il n’a pas non plus sombré dans le néant, ce qui, à l’échelle des productions moyennes américaines, relève déjà du petit miracle comptable. Avec un budget de production annoncé à 19 millions de dollars et un box-office mondial de 40,8 millions, Arthur the King a fait mieux que survivre. Pas de quoi fanfaronner comme un mastodonte de franchise, certes, mais assez pour exister, surtout pour un film qui arrivait après plusieurs projets directement pensés pour le streaming du côté de Wahlberg. Et voilà que Netflix, fidèle à son rôle de refuge pour les œuvres qu’on a un peu ratées au premier passage, lui offre une nouvelle tournée. Le film n’a pas été un phénomène en salles ; il devient, comme souvent, un petit phénomène d’algorithme.

Ce n’est pas un hasard si ce type de récit revient régulièrement sur le devant de la scène. Depuis des années, le cinéma américain adore les histoires de binômes homme-animal, de Hachi: A Dog’s Tale à A Dog’s Purpose, en passant par Dog ou Max. Le filon est simple, presque insolent : un animal, une épreuve, une communauté à recoller, et l’assurance d’un capital sympathie qui fait le boulot. Ici, la mécanique repose sur une histoire vraie, celle du coureur d’aventure suédois Mikael Lindnord, adaptée du livre Arthur: The Dog Who Crossed the Jungle to Find a Home. Le film déplace l’action en République dominicaine, suit une équipe d’endurance racing sur un parcours de 435 miles, et transforme un chien errant en cœur battant du récit. On n’est pas dans la grande invention formelle, mais dans une machine à émotions parfaitement huilée.

Le chien, le coureur et le bon gros piège à larmes

En réalité, le charme du film tient moins à son intrigue qu’à sa façon d’embrasser sans honte le cahier des charges du feel-good movie. Simon Cellan Jones, surtout connu pour son travail à la télévision avant de retrouver Wahlberg sur The Family Plan, filme ici un récit de dépassement physique et moral avec une sobriété qui évite le ridicule. Le casting, avec Simu Liu, Nathalie Emmanuel et Ali Suliman, donne un peu d’épaisseur à l’ensemble, mais c’est évidemment le chien Arthur qui rafle la mise. Le scénario, lui, joue la carte du passé qui fâche, des tensions de groupe et de la rédemption par l’effort collectif. Classique ? Oui. Efficace ? Aussi. Et parfois, ça suffit amplement, surtout quand on ne demande pas à ce genre de film de réinventer le langage du cinéma. Le secret, c’est qu’il ne cherche jamais à être plus malin que son émotion.

Wahlberg, l’homme qui court toujours après sa place

Autre valeur du film : il s’inscrit dans une phase très particulière de la carrière de Mark Wahlberg. L’acteur, qui enchaîne les projets à un rythme presque industriel, a longtemps alterné les gros films de studio, les polars virils et les comédies plus ou moins inspirées. Avec Arthur the King, il revient à une forme de cinéma d’aventure modeste, presque old school, où l’endurance physique devient un miroir de la fatigue morale. Ce n’est pas anodin. Wahlberg a souvent incarné des types qui avancent à la force du menton et des abdos, mais ici, il joue moins le demi-dieu que le type cabossé qui tente encore de finir la course. Et ça change tout, ou presque.

Affiche de Arthur the King
Affiche de Arthur the King

Le box-office du film raconte aussi une autre histoire : celle d’un marché où les productions de milieu de gamme se retrouvent coincées entre les blockbusters à 200 millions et les sorties discrètes promises à la VOD. Avec ses 40,8 millions de dollars, Arthur the King n’a pas été un triomphe, mais il a suffisamment existé pour justifier une seconde vie. Netflix adore ce genre de profil : un film ni trop cher, ni trop clivant, ni trop long à expliquer. Bref, une poule aux œufs d’or version pelage et gros câlins. Le streaming ne ressuscite pas les films par magie ; il leur donne juste le public qu’ils n’ont pas eu au bon moment.

La jungle, le marché et la petite revanche des oubliés

Dans la plus pure tradition hollywoodienne, le film a aussi cette vertu un peu cynique de cocher toutes les cases du « bon choix du week-end » sans demander d’effort démesuré au spectateur. C’est précisément ce qui explique sa remontée dans les classements Netflix aux États-Unis, où il a rapidement trouvé sa place parmi les titres les plus regardés après son arrivée sur la plateforme en août 2026. On connaît la chanson : une sortie en salles correcte, une disponibilité en streaming, puis la petite renaissance d’un titre qu’on croyait condamné à l’oubli relatif. Le circuit de diffusion moderne adore ce genre de deuxième acte.

Et puis il y a ce détail qui fait toute la différence : l’émotion n’est pas fabriquée à la truelle. Elle repose sur une vraie histoire, sur un chien qui s’incruste dans une expédition et finit par devenir le centre moral du récit. C’est simple, presque désarmant. Pas besoin d’en faire des tonnes. Pas besoin de surligner le pathos comme un mauvais élève au tableau. Parfois, un chien, une course et un acteur qui sait tenir la route suffisent à remettre un film sur les rails.

Alors oui, Arthur the King n’est pas le genre d’opus qui fait trembler l’Olympe du cinéma américain. Mais il a ce petit supplément d’âme que les plateformes savent très bien exploiter, et que les salles, elles, laissent parfois filer entre les doigts. Qui aurait cru qu’un chien errant, un coureur obstiné et Netflix feraient aussi bon ménage ?

Bande-annonce VF de Arthur the King

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