Un film original avec des dinosaures, Anne Hathaway, Ewan McGregor et J.J. Abrams au générique, ça sentait le coup malin. Sauf que The End of Oak Street vient surtout rappeler une règle de marché assez brutale : hors de la cage dorée de Jurassic, le dinosaure fait moins vendre de billets qu’un bon vieux logo usé jusqu’à la moelle.

Warner Bros. a tenté sa chance en 2026 avec un pari qui avait de la gueule sur le papier. Après une année 2025 où le studio avait déjà prouvé qu’il savait encore miser sur des projets originaux avec Sinners et Weapons, il a remis une pièce dans la machine à fantasmes avec The End of Oak Street, long métrage de David Robert Mitchell, le cinéaste de It Follows. Le film a démarré à 21 millions de dollars aux États-Unis, 26 millions à l’international, soit 47 millions de dollars dans le monde pour un budget d’au moins 80 millions. Pas exactement le genre de départ qui fait sauter le champagne dans les bureaux du studio. Il s’est même fait doubler par Spider-Man: Brand New Day (71 millions) et The Odyssey (23,2 millions), tout en jouant des coudes avec Paw Patrol: The Dino Movie à 20,5 millions. Bref, la bataille des dinos n’a pas tourné en sa faveur.

Le film, pour rappel, imagine qu’un événement cosmique arrache Oak Street à sa banlieue et la balance dans un passé peuplé de dinosaures. La famille Platt doit alors survivre en restant soudée, ce qui donne à Mitchell un terrain de jeu à la fois spectaculaire et domestique. Anne Hathaway et Ewan McGregor tiennent l’affiche, avec J.J. Abrams à la production. Les critiques ont été plutôt positives, y compris chez /Film, mais le box-office, lui, n’a pas suivi. Et au cinéma, les bonnes intentions ne paient pas les factures de post-production.

Le tyrannosaure a déjà son trône, merci bien

En réalité, le problème n’est pas nouveau. Depuis Jurassic Park en 1993, Steven Spielberg a transformé le dinosaure en fer de lance industriel, puis la franchise a avalé la concurrence à coups de suites, de reboots implicites et de relances toujours plus massives. Avant même Jurassic World Rebirth, la saga avait déjà engrangé environ 6 milliards de dollars au box-office mondial, et le dernier opus a ajouté 869 millions à la caisse. À ce niveau-là, on ne parle plus d’un succès, on parle d’une poule aux œufs d’or qui a appris à marcher sur deux pattes et à rugir très fort.

Du coup, tout film de dinos qui n’appartient pas à cet écosystème se prend la comparaison en pleine figure. Le public ne voit pas “un film de dinosaures”, il voit “un film de dinosaures qui n’est pas Jurassic”. Et ça change tout. 65 avec Adam Driver en avait déjà fait les frais en 2023, avec un peu moins de 61 millions de dollars mondiaux pour un budget annoncé de 45 millions. Pas un désastre absolu, mais pas de quoi faire trembler Universal non plus. Le sous-genre existe, mais le marché, lui, a déjà choisi son roi.

Affiche de La fin d’Oak Street
Affiche de La fin d’Oak Street

Quand le monstre sacré bouffe le reste du casting

Sauf que la domination de Jurassic n’explique pas tout. Il y a aussi une question de format, de cible et de promesse. Les rares dinos “hors franchise” qui s’en sortent vraiment sont souvent animés ou pensés pour les enfants, comme The Land Before Time à l’époque, ou plus récemment Paw Patrol: The Dino Movie, calibré pour vendre des tickets et du merch avec la précision d’un jouet sous blister. Là, la bête est domestiquée, rassurante, presque mignonne. Rien à voir avec un film de studio vendu comme une aventure spectaculaire et qui doit convaincre des adultes de sortir 15 ou 20 euros pour aller voir des lézards géants courir dans la poussière.

Le cas The End of Oak Street est d’autant plus piquant qu’il coche beaucoup de cases “rentables” sur le papier : une star bankable, un réalisateur identifié, un producteur au nom lourd, un concept visuel simple à pitcher. Mais Hollywood adore confondre potentiel narratif et potentiel commercial. Ce sont deux bêtes différentes. L’une peut avoir des crocs, l’autre des tableurs. Et les tableurs, eux, n’ont pas trouvé le film assez carnivore.

Le streaming, ce refuge où les dinos respirent mieux

Autre valeur à garder en tête : les dinosaures ne meurent pas, ils migrent. Les productions à budget plus modeste trouvent souvent une seconde vie en streaming ou en vidéo à la demande, là où le bouche-à-oreille peut prolonger l’existence d’un film que les salles ont un peu vite enterré. Primitive War, sorti en 2025, en est un bon exemple : petit budget, cadre de guerre du Vietnam, réception virale, et déjà des pistes de suites. Ce n’est pas le même modèle économique qu’un mastodonte de studio, mais c’est peut-être plus sain que de vouloir rejouer Jurassic Park tous les quatre matins avec un nouveau logo.

Reste que les grands studios, eux, ne lâcheront pas si facilement la bride. Universal a déjà relancé la machine avec Jurassic World Rebirth, et la franchise reste trop rentable pour être laissée en jachère. Tant que ce train-là continue de rapporter, les autres films de dinos vont rester à quai, à regarder passer le convoi avec un petit air penaud. Le vrai problème n’est donc pas l’absence de dinosaures au cinéma, mais l’excès d’un seul dinosaure sur toutes les autres espèces.

Alors oui, The End of Oak Street peut encore limiter la casse grâce à ses jambes, à l’étranger, en VOD, ou dans quelques territoires où le film aura trouvé son public. Mais au fond, son sort dit surtout quelque chose de très hollywoodien : quand une franchise a déjà capturé l’imaginaire collectif, le reste du marché doit se contenter des miettes. Et les dinos, eux, n’aiment pas trop les miettes. Qui les blâmerait ?

Bande-annonce VF de La fin d’Oak Street

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