Si Clay Spenser a ce petit air de déjà-vu, ce n’est pas un hasard : Max Thieriot traîne derrière lui une filmographie assez fournie pour qu’on l’ait croisé sans forcément retenir son nom. Et c’est précisément le genre de carrière qui finit par vous sauter à la figure au moment où une série débarque sur une nouvelle plateforme.

Avec l’arrivée de SEAL Team au catalogue de Netflix, la série militaire de CBS repart pour une tournée de rattrapage, et avec elle son casting, David Boreanaz en tête, mais aussi Max Thieriot, alias Clay Spenser. La série, lancée en 2017, suit l’unité d’élite Bravo Team dans ses opérations les plus périlleuses, et Thieriot y a incarné pendant six saisons un jeune opérateur sûr de lui, parfois trop, avant de devenir un pilier du groupe. Au passage, l’acteur a signé 102 épisodes avant de quitter le navire en 2022. Pas exactement un figurant de passage, donc. Le type n’a pas “joué dans une série”, il a carrément installé sa gueule dans le salon des abonnés.

Pour comprendre pourquoi son visage paraît si familier, il faut remonter bien avant SEAL Team. Thieriot débute en 2004 dans Catch That Kid, comédie d’action avec Kristen Stewart et Corbin Bleu, puis enchaîne avec The Pacifier de Disney, où Vin Diesel campe un Navy SEAL chargé de protéger une famille. Déjà, la boucle est jolie : un futur soldat de fiction qui croise un faux soldat de fiction. Ensuite, le gamin passe par The Astronaut Farmer (2006), Nancy Drew (2007), Jumper (2008), My Soul to Take de Wes Craven, puis Chloe en 2009 aux côtés de Julianne Moore, Liam Neeson et Amanda Seyfried. En 2012, il partage l’affiche de House at the End of the Street avec Jennifer Lawrence. Bref, pas un parcours de star-météore, mais une trajectoire de second rôle solide, qui s’épaissit à chaque étape. Max Thieriot n’a jamais joué la carte du “grand soir” hollywoodien : il a construit sa présence, brique par brique.

Le petit frère qui a grandi dans l’ombre des gros calibres

En réalité, ce qui frappe chez Thieriot, c’est moins l’éclat d’un rôle unique que la continuité d’une image. Il a longtemps incarné des fils, des frères, des jeunes hommes en formation, des personnages encore en train de se fabriquer sous nos yeux. Dans Bates Motel, à partir de 2013, il devient Dylan Massett, le demi-frère de Norman Bates joué par Freddie Highmore dans ce préquel contemporain d’Psychose. La série, diffusée sur A&E pendant cinq saisons, lui donne enfin un rôle central, plus ambigu, plus charpenté, et lui permet de sortir du statut de “visage qu’on reconnaît sans le nommer”. On a tous un peu connu ce moment-là avec un acteur : ah oui, lui !

Et puis il y a le détail qui fait sourire les gens de la rédaction, parce qu’il est presque trop parfait pour être vrai : Thieriot a glissé une bouteille de vin produite dans son propre vignoble d’Occidental dans un épisode de Bates Motel. Le genre de petit geste qui dit beaucoup sur sa manière d’habiter ses rôles, entre ancrage très concret et image publique soigneusement tenue. À côté de ça, il a aussi tourné dans la mini-série Texas Rising en 2015, avant de faire sa dernière apparition au cinéma à ce jour dans Point Break. Son parcours ressemble moins à une ascension qu’à une infiltration méthodique dans les zones de confort du public.

Affiche de SEAL Team
Affiche de SEAL Team

Du feu, des armes et des caméras

Sauf que SEAL Team n’était pas un point d’arrivée, plutôt une rampe. Thieriot y a aussi réalisé deux épisodes, ce qui n’est pas anodin dans une série où l’authenticité militaire, la hiérarchie du groupe et la mécanique des missions exigent une vraie maîtrise du rythme. Ce passage derrière la caméra annonce directement Fire Country, série CBS qu’il co-crée et dans laquelle il joue Bode Leone, un détenu devenu pompier volontaire. Là encore, CBS lui offre un terrain de jeu très américain dans l’âme : héros abîmés, institutions en crise, rédemption au travail. Ça sent la machine bien huilée, mais Thieriot y trouve sa place sans forcer le trait.

Le plus intéressant, c’est peut-être que son départ de SEAL Team en 2022 n’a rien d’un adieu dramatique. Il a simplement fallu choisir entre plusieurs casquettes : acteur, producteur, réalisateur, scénariste occasionnel, et désormais co-créateur installé. Spencer Hudnut, showrunner de SEAL Team, expliquait à TV Insider qu’il avait été difficile de garder Thieriot jusqu’au bout de la saison 6. La remarque dit tout : l’acteur est devenu trop précieux ailleurs pour rester cantonné à un seul uniforme. À force de jouer les hommes de terrain, Max Thieriot a fini par devenir un homme de terrain lui-même, mais côté production.

Le visage familier, version premium

Ce qui rend son cas intéressant, c’est qu’il incarne une catégorie très hollywoodienne : celle des acteurs qu’on identifie d’abord par leur présence avant de les identifier par un rôle. Thieriot n’a jamais été un monstre sacré, ni même une tête d’affiche de blockbuster à 200 millions de dollars. Mais il a traversé assez de genres, assez de formats, assez de chaînes et de studios pour devenir une sorte de repère discret. Le genre de mec qu’on a vu grandir à l’écran sans forcément s’en rendre compte, puis qui revient par la grande porte de la télévision longue durée.

Et c’est sans doute pour ça que Clay Spenser fonctionne si bien : le personnage de rookie arrogant qui gagne en loyauté et en épaisseur épouse parfaitement la carrière de son interprète. Thieriot a commencé comme jeune premier, a glissé vers les rôles de composition, puis s’est offert une vraie autorité de créateur. Dans un Hollywood qui adore recycler ses visages tout en prétendant inventer du neuf, il a trouvé la bonne faille. On croyait voir un simple soldat de série, on regardait en fait un acteur en train de passer le flambeau à sa propre version adulte.

Et maintenant que SEAL Team circule de nouveau, il y a fort à parier que beaucoup vont se poser la même question au premier épisode : mais où est-ce qu’on l’a déjà vu, celui-là ? La réponse tient en une vingtaine d’années de cinéma et de télévision. Pas mal pour quelqu’un qu’on prenait, au départ, pour un visage de plus dans le décor. Le décor, visiblement, a fini par lui appartenir un peu.

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