Un thriller qui sent la poudre, le soufre et la vengeance familiale : voilà ce que propose Is God Is, arrivé en 2026 avec un score de 97 % sur Rotten Tomatoes et une disponibilité immédiate sur Prime Video. Pas exactement le genre de petit film poli qu’on regarde d’un œil en pliant le linge.

Dans le grand bazar du cinéma américain de 2026, où les studios continuent de parier sur les mastodontes, les suites et les titres censés rassurer le marché, Is God Is débarque comme une anomalie bienvenue. Le film d’Aleshea Harris, produit et distribué par Amazon MGM Studios, a d’abord connu une sortie discrète le 15 mai 2026 avant de trouver une seconde vie en streaming. Un parcours qui dit déjà beaucoup de la machine actuelle : un long métrage peut être lancé presque en catimini, puis renaître sur plateforme si le bouche-à-oreille prend. C’est le vieux rêve hollywoodien, version algorithme et fenêtre de diffusion raccourcie. Et quand un film affiche 97 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, on comprend vite que le problème n’est pas la qualité, mais la manière dont on le laisse exister. Le film n’a pas été vendu comme un événement, il s’est imposé comme une brûlure.

Le point de départ a tout d’un conte noir : deux sœurs, marquées dans l’enfance par un incendie provoqué par leur père, découvrent des années plus tard que leur mère, qu’elles croyaient morte, les rappelle à elle pour leur confier une mission de vengeance. Sur le papier, ça pourrait tourner au simple exercice de style. Sauf que Harris, dramaturge avant de passer derrière la caméra, injecte dans ce matériau une énergie de tragédie sudiste, de thriller de représailles et de fable biblique tordue. On n’est pas dans le film à concept qui se regarde le nombril ; on est dans une machine à fantasmes qui parle de trauma, de filiation, de violence patriarcale et de ce qu’il reste d’une famille quand le feu a déjà tout mangé. Bref, ça cogne, ça grince, et ça ne demande pas la permission.

Quand la vengeance porte des bottes de sept lieues

Ce qui frappe d’abord, c’est la dynamique entre les deux sœurs, incarnées par Kara Young et Mallori Johnson. Le film repose sur leur désaccord intérieur : l’une semble plus proche de la fureur pure, l’autre garde une forme de résistance morale, ou du moins un reste d’hésitation. Et c’est là que Is God Is devient intéressant, parce qu’il ne se contente pas de dérouler une quête punitive. Il observe comment la rage se transmet, se déforme, se hiérarchise. Qui veut vraiment tuer ? Qui se contente de suivre ? Qui transforme la douleur en programme politique ? On tient là un vrai moteur dramatique, pas un prétexte à scènes de règlement de comptes.

Autour d’elles, le casting aligne des têtes solides : Sterling K. Brown, Vivica A. Fox, Mykelti Williamson, Janelle Monáe, Erika Alexander. Ce n’est pas du remplissage, c’est un casting pensé comme une extension du texte, avec des interprètes capables d’absorber le ton très particulier du film, entre lyrisme, ironie et brutalité. Le commentaire américain a souvent tendance à parler de “high-wire act” pour ce genre d’objet. Ici, l’expression n’est pas volée : Harris avance au-dessus du vide sans filet, mais sans jamais perdre le contrôle. Le film tient parce qu’il refuse de choisir entre le sérieux tragique et la déflagration baroque.

Affiche de Is God Is
Affiche de Is God Is

Une première fois qui ne sent pas l’échauffement

Autre valeur, et pas des moindres : Aleshea Harris signe ici son premier long métrage. Et ça, on le sent à chaque plan au sens noble du terme. Pas dans le sens d’une maladresse qu’on pardonne par gentillesse, non. Dans le sens d’une cinéaste qui arrive avec une voix déjà formée, un goût très sûr pour le rythme, et une manière de faire monter la tension sans céder à la facilité. On a vu tant de premiers films qui se contentent d’annoncer un tempérament ; celui-ci, lui, affirme une méthode. Harris ne filme pas seulement une vengeance, elle orchestre une collision entre le théâtre, le blues fantôme du Sud et le thriller de route. Ça fait beaucoup ? Oui. Ça tient ? Aussi.

Le plus malin, c’est que le film ne cherche jamais à plaire à tout le monde. Son énergie “funky”, pour reprendre l’idée de la source, ne relève pas du gadget de style ; elle sert une vision du monde où la violence est à la fois héritage, poison et langage. Dans cette logique, la sortie discrète du film en salles ressemble presque à un péché originel industriel : un studio qui ne pousse pas assez fort un objet aussi singulier finit par le condamner à l’ombre. Mais le streaming, parfois, remet les pendules à l’heure. Prime Video peut bien servir de refuge tardif, il n’en reste pas moins que le film y gagne une visibilité que sa sortie initiale ne lui a pas offerte. Comme quoi, la poule aux œufs d’or des plateformes sait parfois récupérer ce que le box-office a laissé filer.

Du soufre, des sœurs et un studio qui a raté le coche

Le cas Is God Is dit aussi quelque chose de la frilosité des studios face aux œuvres inclassables. En 2026, Amazon MGM Studios a choisi une sortie limitée, presque timide, au milieu d’un marché saturé par des titres plus bruyants. Mauvais calcul ? Disons plutôt manque de flair. Quand on tient un film aussi nerveux, aussi singulier, aussi difficile à résumer en une ligne marketing, il faut savoir l’assumer. Sinon, il file entre les doigts. Et ce genre d’objet, une fois qu’il a trouvé son public sur plateforme, peut devenir ce qu’il aurait dû être dès le départ : un film dont on parle, qu’on défend, qu’on recommande à voix basse puis de plus en plus fort.

Ce qui explique sans doute pourquoi Is God Is circule déjà comme une petite pièce de résistance pour les amateurs de cinéma de genre qui aiment quand la mise en scène a du nerf et que l’écriture refuse la tiédeur. On y retrouve ce plaisir rare d’un film qui ne s’excuse jamais d’être excessif, tout en restant d’une précision redoutable dans sa construction. Pas de gras, pas de remplissage, pas de fausse profondeur. Juste une cinéaste qui sait exactement où elle va et qui avance avec un calme presque insolent. Et ça, dans le cinéma américain contemporain, ça vaut de l’or.

Alors oui, on peut très bien regarder Is God Is pour son 97 % sur Rotten Tomatoes, comme on coche une case de plus dans la grande foire aux scores. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel : un premier film qui a la gueule d’un manifeste, une mise en scène qui mord, et une promesse de cinéaste qu’on aura envie de suivre de très près. Le genre de sortie qui rappelle qu’un thriller peut encore avoir des dents. Et des sacrées longues.

Part.
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