George R. R. Martin a confirmé travailler sur un nouveau livre, et comme souvent avec Westeros, la bonne nouvelle arrive avec un petit goût de piège. Ce n’est pas The Winds of Winter qui avance, mais une nouvelle novella de Tales of Dunk and Egg susceptible de prolonger A Knight of the Seven Kingdoms bien au-delà de ses trois saisons initialement fantasmées.
Pour situer le bazar : Martin a publié trois novellas centrées sur Ser Duncan le Grand et son écuyer Egg, personnages nés dans l’ombre de A Song of Ice and Fire avant de devenir, avec l’adaptation HBO, une nouvelle rampe d’accès à Westeros. Game of Thrones a explosé le modèle de la fantasy télévisée entre 2011 et 2019, House of the Dragon a pris le relais en 2022, et A Knight of the Seven Kingdoms s’installe dans une zone plus modeste, presque artisanale, avec Peter Claffey et Dexter Sol Ansell en tête d’affiche. Le showrunner Ira Parker a expliqué à The Hollywood Reporter qu’il aimerait étendre la série de trois à quatre ou cinq saisons, en s’appuyant justement sur le livre que Martin est en train d’écrire. Voilà où on en est : un auteur qui avance, une série qui espère, et une fanbase qui regarde le tout avec la patience d’un marcheur blanc sous caféine. Westeros n’a jamais autant ressemblé à une machine à fantasmes qui tourne à plein régime.
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement un nouveau livre. C’est la possibilité que A Knight of the Seven Kingdoms échappe au péché originel de Game of Thrones : courir plus vite que sa propre source.
Le roman qui bouge, la série qui respire
En apparence, l’information est simple : Martin écrit, Parker jubile, HBO écoute. En réalité, c’est presque une petite révolution de méthode. Là où Game of Thrones a fini par se retrouver à inventer sa propre fin faute de matière littéraire, A Knight of the Seven Kingdoms pourrait bénéficier d’un coussin narratif supplémentaire. Pas de quoi crier victoire trop tôt, mais assez pour éviter le grand saut dans le vide. Parker a même laissé entendre que le cinquième point d’arrivée d’Egg, encore enfant, offrirait une pause naturelle avant un éventuel retour plus tard, quand le personnage serait plus âgé. C’est malin, presque trop propre pour un monde aussi sale que Westeros, mais ça tient debout.
Ce qui change, ici, c’est l’échelle. A Knight of the Seven Kingdoms ne joue pas dans la cour des dragons géants, des batailles de masse et des trônes qui se disputent à coups de CGI hors de prix. La série repose sur deux figures, une errance, des routes, des secrets, et cette forme de fantasy à hauteur d’homme qui rappelle que le meilleur de Martin n’a jamais été seulement la guerre des couronnes, mais l’usure des corps, la loyauté, la honte, le rang. Moins de poudre, plus de poussière. Et franchement, ça fait du bien.

Egg, le gamin, le prince, le futur problème
Autre valeur de cette nouvelle donne : elle remet au centre la question du temps, ce vieux saboteur de franchises. La saison 1 a déjà installé Egg dans une identité cachée, la saison 2 est en tournage en Espagne avec de nouveaux ajouts au casting, et la suite pourrait pousser la série vers un changement de régime complet, avec Egg devenu Aegon V Targaryen. Là, on quitte le simple récit d’errance pour entrer dans quelque chose de plus politique, plus cérémoniel, presque plus tragique. Le genre de virage qui peut enrichir une série ou la faire dérailler si l’écriture se met à sentir le plan d’extension un peu trop visible. Mais Parker semble avoir compris le truc : on ne tire pas indéfiniment sur la corde sans la changer de texture.
Le plus drôle, dans l’affaire, c’est que ce possible allongement de A Knight of the Seven Kingdoms pourrait retarder encore The Winds of Winter. Martin n’a jamais promis de calendrier fiable, et on ne va pas lui demander de se transformer en machine à rendement façon studio américain des années 2000. Sauf que chaque nouvelle page consacrée à Dunk et Egg éloigne un peu plus le roman-messie que les lecteurs attendent depuis une éternité. C’est le paradoxe Martin, sa petite malédiction industrielle : plus il nourrit l’univers télévisuel, plus le livre mythique semble glisser dans un brouillard de plus en plus épais. Le royaume s’étend, mais la sortie de secours reste introuvable.
HBO, le trône et les calculs d’apothicaire
On peut aussi lire cette affaire comme une leçon très HBO. La chaîne a toujours su transformer ses sagas en écosystèmes, de Game of Thrones à House of the Dragon, en passant par cette nouvelle branche plus discrète mais potentiellement plus souple. L’idée n’est pas seulement de produire un autre succès, c’est de faire durer le carburant sans griller le moteur. Et dans cette logique, un livre de plus pour Tales of Dunk and Egg vaut de l’or : il sécurise une adaptation, donne de l’air aux scénaristes, et évite de se retrouver à bricoler une mythologie sans boussole. Le studio n’a pas besoin d’un miracle, juste d’un peu de matière. Le reste, c’est de la couture fine.
Reste la question qui chatouille tout le monde : HBO suivra-t-elle le plan de Parker, avec ses pauses, ses sauts dans le temps et ses retours plus tardifs sur Egg adulte ? Le showrunner dit avoir reçu quelques haussements d’épaules en interne, mais pas un refus net. Ce n’est pas rien. Dans une industrie obsédée par la continuité et les franchises qui ne meurent jamais, proposer une série qui accepte de respirer, de vieillir et de bifurquer, c’est presque subversif. Presque. À Westeros, même les idées raisonnables ont toujours l’air d’un coup de poker.
Alors oui, on peut se réjouir de voir Martin écrire autre chose que le roman fantôme qui hante sa bibliographie. On peut aussi se dire qu’A Knight of the Seven Kingdoms tient peut-être là sa meilleure chance d’exister autrement qu’en simple appendice de Game of Thrones. Et on peut surtout guetter la suite avec cette petite ironie qui nous sert de bouclier depuis quinze ans : dans cette saga, les dragons brûlent, les couronnes tombent, et les délais, eux, semblent immortels.
Bande-annonce VF de A Knight of the Seven Kingdoms
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




