DC Studios pensait peut-être tenir son petit monstre d’auteur, son film de super-vilain à taille humaine, son pari malin. Sauf que le deuxième trailer de Clayface a surtout réveillé un vieux démon : quand le sérieux se prend pour une esthétique, on n’est pas loin du carton-pâte.
Le projet avait pourtant de quoi faire lever un sourcil intéressé chez les cinéphiles. Écrit par Mike Flanagan, le pape du malaise élégant passé par The Haunting of Hill House et Doctor Sleep, Clayface s’annonce comme un film d’horreur corporel classé R, greffé au DC Universe et centré sur un acteur agressé qui subit une procédure expérimentale aux conséquences bien sales. Rien que sur le papier, on tient un objet plus tordu que la moyenne des productions de super-héros, avec ce petit parfum de pari risqué que les studios adorent brandir quand ils veulent faire oublier la routine industrielle.
Le contexte, lui, n’aide pas à respirer. En 2024, Superman a remis un peu d’ordre dans la maison DC, mais Supergirl, signé Craig Gillespie, a ensuite pris une claque commerciale dont le studio se serait bien passé. Dans ce paysage, Clayface devait incarner l’autre voie : un budget plus modeste, un personnage moins exposé, une promesse de singularité. Sur le principe, c’est exactement le genre de stratégie qui peut sauver une franchise de sa propre gloutonnerie. Sur l’écran, en revanche, le deuxième aperçu donne une impression plus trouble, presque téléfilm de luxe qui aurait oublié de se payer une âme.
Et c’est là que le bât blesse : au lieu d’un cauchemar organique, on sent surtout le décor qui grince.
Le masque, la chair et le faux plafond
Le premier trailer installait déjà une atmosphère plus inquiétante que spectaculaire, avec cette idée d’un corps qui se défait et d’une identité qui se liquéfie. Le nouveau, lui, pousse davantage vers une lecture à la Hollow Man, ce qui n’est pas forcément un mal en soi. Kevin Bacon avait déjà montré qu’un film de métamorphose et de dérive morale pouvait tenir debout sans cape ni logo. Le problème, ici, n’est pas l’ambition du genre : c’est la sensation que l’ensemble manque de densité visuelle, comme si la mise en scène n’osait pas vraiment salir ses mains.

On pense aussi, et ce n’est pas un compliment, à Morbius dans ce qu’il avait de plus raide : une solennité qui confond gravité et gravure de mode, un univers censé être sombre mais qui finit par sentir la lumière de studio et les fonds verts fatigués. Le trailer de Clayface n’a évidemment pas encore condamné le film, mais il laisse apparaître une fragilité embarrassante. Les lieux semblent moins habités que fabriqués, moins Gotham que backlot un peu triste. Quand un film d’horreur corporel donne l’impression d’avoir peur de son propre décor, on commence à serrer les dents.
Flanagan dans le brouillard, Gunn dans la ligne de mire
Ce qui rend l’affaire plus piquante, c’est la présence de Mike Flanagan à l’écriture. Le bonhomme sait travailler la douleur, la perte, la décomposition intime ; il sait faire monter une angoisse sans hurler dans le micro. D’où l’attente, assez logique, d’un film qui assume une vraie étrangeté. James Gunn et Peter Safran, à la tête de DC Studios, misent justement sur ce genre de bifurcation pour éviter que leur univers ne se réduise à une machine à gros bras et à gros effets. L’idée est saine : diversifier les formats, les budgets, les tonalités, et ne pas laisser la poule aux œufs d’or se prendre pour un monstre sacré invincible.
Mais un pari de ce type se joue aussi au millimètre. Avec un budget plus serré, chaque faux pas devient visible, chaque décor trop propre, chaque éclairage trop plat, chaque scène trop appliquée se voit comme le nez au milieu du visage. Et là, le trailer donne le sentiment d’un film qui veut être sérieux à tout prix, au risque de devenir compassé. Le danger n’est pas l’excès de folie ; c’est la panne de chair.
Un petit film pour DC, un grand test pour la machine
À ce stade, Clayface n’a pas besoin d’être un mastodonte de box-office. Au contraire, son intérêt tient précisément à sa taille réduite, à sa promesse de film de genre greffé sur une franchise qui cherche encore son équilibre. C’est le genre de long métrage qui peut prouver qu’un univers partagé ne se résume pas à aligner des demi-dieux en CGI. Encore faut-il que l’objet final ne ressemble pas à une maquette un peu trop sage, à un exercice de style qui aurait oublié le vertige.
Le film doit sortir en salles le 23 octobre 2026, et on verra bien si le montage du trailer trahit le film ou si le film rattrape le trailer par la gorge. Parce qu’entre une bande-annonce mal fichue et un véritable ratage, il y a parfois un gouffre. Parfois, aussi, il y a juste un studio qui a oublié qu’un monstre de cinéma, ça ne se fabrique pas seulement avec du sérieux et une date de sortie. Il faut encore un peu de fièvre. Et là, pour l’instant, on cherche l’étincelle.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




