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    Nrmagazine » Karl Urban, Sgt. Rock et Bruce Timm : le petit film DC qui a failli passer sous le radar
    Blog Entertainment 12 juillet 20267 Minutes de Lecture

    Karl Urban, Sgt. Rock et Bruce Timm : le petit film DC qui a failli passer sous le radar

    Un court métrage oublié, un héros de guerre, et Karl Urban en voix-off avant l’heure du grand bazar DC
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    En 2019, DC a glissé un drôle d’objet dans ses bonus vidéo : un court métrage de guerre animé, porté par Karl Urban et signé Bruce Timm. Pas le genre de truc qui fait trembler le box-office, mais le genre de détour qui raconte mieux DC que bien des plans marketing.

    Le contexte, d’abord, parce qu’il vaut son pesant de kryptonite. Bruce Timm, c’est l’un des architectes majeurs de l’animation DC moderne : co-créateur de Batman: The Animated Series, artisan de Superman: The Animated Series, de Batman Beyond et de plusieurs longs métrages animés devenus des références de vidéothèque de cinéphile un peu obsessionnel. En 2019, Warner Bros. lui confie un segment de la collection DC Showcase, cette série de courts métrages conçus pour accompagner des sorties vidéo de films d’animation. Le résultat s’intitule DC Showcase: Sgt. Rock, et il est adossé à la sortie de Batman: Hush, adaptation animée du comic de Jeph Loeb et Jim Lee. Rien de tapageur, rien de clinquant : juste un petit caillou dans la chaussure de l’écosystème DC, et parfois c’est là qu’on trouve les idées les plus nettes.

    Le personnage choisi n’a rien d’un demi-dieu en collants. Sgt. Rock, soldat américain de la Seconde Guerre mondiale, appartient à cette lignée de héros DC plus terre-à-terre, plus rugueux, plus sale aussi, héritiers d’un imaginaire de guerre qui remonte aux comics d’après-guerre. Dans le court métrage, il se retrouve à mener une unité composée de monstres légendaires contre une troupe de zombies nazis. Oui, ça sonne comme un pitch de série B qui a pris un coup de soleil sur le front, mais l’idée est plus maligne qu’elle en a l’air : faire se télescoper le récit de guerre classique et le bestiaire DC, avec une ironie très pulp. C’est du comic book qui ne cherche pas à faire le malin, et c’est précisément pour ça que ça marche.

    Autre valeur du projet : Karl Urban. L’acteur néo-zélandais a bâti une filmographie qui flirte avec le statut de spécialiste maison des adaptations de comics sans jamais s’y enfermer complètement. Il a été Judge Dredd dans Dredd en 2012, Billy Butcher dans The Boys depuis 2019, et il a aussi promené sa gueule de dur à cuire dans des franchises où il fallait tenir la route sans surjouer le monstre sacré. Le casting vocal de DC Showcase: Sgt. Rock lui va comme un gant : voix râpeuse, présence sèche, autorité sans emphase. En gros, le bonhomme a le coffre pour faire exister un personnage qui ne vit ni de la pose ni du vernis. Urban ne joue pas le héros, il le rabote.

    Le court métrage qui a joué les seconds couteaux

    Sauf que voilà : un bon objet ne fait pas forcément du bruit. DC Showcase: Sgt. Rock est resté largement sous le radar, en partie parce qu’il n’a pas bénéficié d’une vraie exploitation en salles ni d’une mise en avant comparable à celle des titres majeurs du catalogue DC. Il faut aller le chercher dans une logique de bonus, de sortie vidéo, de collectionneur. Et dans l’économie actuelle, si ce n’est pas poussé sur une plateforme ou emballé comme un événement, ça finit vite au fond du tiroir. On connaît la chanson : la poule aux œufs d’or, chez les studios, aime les grosses affiches, pas les petites pépites planquées entre deux menus Blu-ray.

    Pourtant, le court métrage a quelque chose de très révélateur sur la manière dont DC a longtemps fonctionné : un pied dans le grand spectacle, l’autre dans des zones plus bis, plus expérimentales, plus libres. Bruce Timm, avec son trait et son sens du rythme, sait faire tenir en quelques minutes une ambiance, un ton, une mythologie. Il ne cherche pas à gonfler le matériau jusqu’à l’overdose. Il taille dans le vif. Et dans ce cas précis, le mélange entre guerre, horreur et super-héros donne un objet presque plus cohérent que certaines machines à 200 millions de dollars qui se prennent pour l’Olympe alors qu’elles ont surtout l’air d’un parking souterrain.

    Les monstres passent, les projets aussi

    Ce qui rend l’affaire encore plus amusante, c’est la façon dont ce petit court métrage résonne avec les projets avortés autour de Sgt. Rock en prises de vues réelles. Le personnage a longtemps circulé dans les couloirs de DC Studios comme un projet possible, avec Colin Farrell un temps évoqué pour le rôle principal dans une version que devait mettre en scène Luca Guadagnino. Le film n’a pas abouti, et l’idée est restée en suspens. Rien d’étonnant : les studios adorent annoncer des pistes, puis les laisser s’évaporer dans la brume des arbitrages budgétaires et des changements de stratégie. C’est le grand sport hollywoodien du moment, passer le flambeau sans jamais vraiment le saisir.

    Dans ce contexte, le court métrage de 2019 prend presque une valeur de brouillon noble. Il rappelle qu’avant d’être un éventuel long métrage ou un futur spin-off, un personnage existe aussi par sa circulation dans les marges, dans les formats courts, dans les essais qui ne font pas la une. Et c’est là que le geste de Timm devient intéressant : il ne traite pas Sgt. Rock comme un simple prétexte à fan service, mais comme une figure de récit. Un chef, un soldat, un corps usé par la guerre, confronté à des créatures qui incarnent l’absurde pur. Le sous-texte n’est pas énorme, mais il est là : la guerre produit ses propres monstres, et le cinéma de genre adore rappeler cette évidence avec plus de panache qu’un manuel d’histoire. Le court métrage ne crie pas son importance, il la glisse dans la marge.

    Et puis il y a cette petite ironie délicieuse : des années avant que les Creature Commandos ne reviennent sur le devant de la scène dans le nouvel univers DC, ils faisaient déjà équipe avec Sgt. Rock dans ce coin discret de la production animée. Comme si DC avait laissé traîner une note de bas de page qui, avec le temps, s’est mise à ressembler à une piste sérieuse. On adore quand les archives se mettent à faire la maligne.

    Urban, Timm et la belle mécanique des seconds rôles

    Au fond, ce qui fait tenir l’ensemble, c’est la rencontre entre deux tempéraments de cinéma. D’un côté Bruce Timm, gardien d’une certaine élégance DC, capable de condenser une iconographie entière en quelques plans. De l’autre Karl Urban, acteur de caractère qui a compris depuis longtemps que les meilleurs rôles de comics ne sont pas toujours ceux qui brillent le plus fort, mais ceux qui laissent entendre la fatigue, la violence, la rudesse. Dans DC Showcase: Sgt. Rock, il y a moins de démonstration que d’adhésion à un monde. Et ça change tout.

    On peut bien sûr rêver d’une version live-action qui remettrait le personnage au centre du jeu, avec un casting plus large, un budget de production plus massif et la machine promotionnelle habituelle. Mais ce serait presque dommage de perdre le charme de cette forme courte, de cette petite capsule qui ne demande rien à personne et qui, justement pour ça, tient encore debout. Parfois, le plus discret des objets DC en dit plus long sur la maison que le plus bruyant des blockbusters.

    Alors oui, DC Showcase: Sgt. Rock n’a pas eu la carrière d’un mastodonte. Il n’a pas fait trembler les classements, ni occupé les conversations de comptoir au point de devenir une référence automatique. Mais il a laissé une trace, et pas seulement parce qu’il aligne Bruce Timm, Karl Urban et un soldat de papier pris dans une guerre de zombies nazis. Il rappelle surtout qu’au cinéma de genre, les bonnes idées aiment parfois se cacher là où personne ne pense à regarder. C’est peut-être ça, le vrai luxe : tomber sur un petit film qui a l’air de n’être qu’un bonus et découvrir qu’il a, mine de rien, un peu plus de nerf que bien des projets estampillés événement. Pas mal pour un soldat qu’on a longtemps laissé en réserve, non ?

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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