Après des années à jouer les fantômes de planning, The Batman Part II sort enfin du brouillard avec une image de Robert Pattinson en plein blizzard et une date de sortie qui remet Gotham sur la carte. De quoi rappeler qu’entre les retards de production et les rumeurs de fusion avec le DC Universe, le film de Matt Reeves a longtemps ressemblé à une énigme plus qu’à un blockbuster en route.
Pour situer le bordel, le premier The Batman est sorti en 2022, avec Robert Pattinson sous le masque, Matt Reeves à la réalisation et Greig Fraser à la photographie. Le film a engrangé un peu plus de 770 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de production estimé autour de 185 à 200 millions de dollars, ce qui en faisait déjà une belle machine à cash pour Warner Bros. et un terrain de jeu idéal pour un Batman de détective, sale, nocturne, presque malade de sa propre ville. Depuis, le projet de suite a avancé à pas de tortue sous anxiolytiques : changement de chef opérateur, calendrier repoussé, bruits de couloir sur l’avenir de la version Pattinson, et ce petit parfum de saga qui se prend les pieds dans son propre mythe (ça arrive même aux chauves-souris).
Cette fois, le signal est clair : Matt Reeves montre enfin un premier test caméra, et The Batman Part II assume déjà son identité de polar d’hiver, taillé pour la neige, les ombres et les mauvaises intentions.
Gotham sous la neige, le crime en manteau
Le détail qui saute aux yeux, c’est évidemment ce décor hivernal. On ne parle pas d’un simple fond blanc pour faire joli, mais d’un choix de mise en scène qui change tout : la neige révèle les silhouettes, avale les contours, transforme la ville en piège visuel. Dans Batman Returns en 1992, Tim Burton avait déjà compris le potentiel de Noël et du givre pour faire basculer Gotham dans le conte macabre. Matt Reeves semble marcher sur cette ligne-là, mais avec une approche plus sèche, plus procédurale, plus proche du thriller que du grand opéra gothique. Batman dans la neige, c’est le super-héros privé de camouflage et de confort : il faut alors que le film compense par la tension, la composition et le détail.
Le remplacement de Greig Fraser par Erik Messerschmidt n’est pas anodin non plus. Fraser avait donné au premier opus une texture presque poisseuse, avec des noirs profonds et une lumière qui semblait toujours hésiter entre le réel et le cauchemar. Messerschmidt, lui, arrive avec une réputation forgée sur des images d’une précision redoutable, et on pense forcément à son travail avec David Fincher sur Mank ou Mindhunter. Autrement dit, on peut s’attendre à une Gotham moins sale, peut-être plus tranchante, mais toujours obsédée par sa propre géométrie. Et franchement, si Reeves garde cette rigueur-là, on tient peut-être un vrai film de mise en scène plutôt qu’un simple épisode de franchise qui fait le job à moitié.
Le calendrier, ce vieux manège qui grince
La nouvelle date annoncée, le 18 février 2028, dit aussi beaucoup de la stratégie de Warner Bros. Sortir un Batman en février, ce n’est pas exactement la voie royale du blockbuster estival, mais ce n’est pas non plus une hérésie. Black Panther avait démontré en 2018 qu’un mastodonte pouvait exploser en plein hiver et transformer une fenêtre supposée secondaire en jackpot. Ici, le pari semble surtout cohérent avec l’identité du film : si l’intrigue se déroule dans la neige, pourquoi ne pas épouser la saison jusqu’au bout ? Le calendrier devient alors un prolongement du décor. Pas idiot.

Ce qui amuse un peu, c’est que le projet a tellement traîné qu’il a fini par devenir un objet de spéculation à lui seul. À force de retards, on a vu circuler l’idée d’un rapprochement avec le DC Universe de James Gunn, comme si Warner Bros. cherchait à ranger ses jouets dans la même boîte pour éviter de se marcher dessus. Sauf que The Batman a précisément fonctionné parce qu’il refusait le grand bazar des univers étendus : Reeves y proposait un Bruce Wayne cabossé, presque en enquêteur de série noire, loin du cirque multicolore des crossovers. Le péché originel des franchises modernes, c’est souvent de vouloir tout connecter ; ici, le film gagne justement à rester un peu solitaire.
Les fantômes de Gotham font leur retour
Sur le fond, on ne sait pas encore grand-chose de l’intrigue, mais les pistes évoquées suffisent à nourrir la machine à fantasmes. Harvey Dent, alias Two-Face, pourrait entrer dans la danse, et ce n’est pas un simple ajout de galerie de méchants : c’est un symbole de plus pour une ville rongée par la corruption, les doubles vies et les institutions pourries jusqu’à l’os. Dans l’univers de Reeves, Gotham n’est pas un décor, c’est un système nerveux malade. Ajouter Dent, c’est potentiellement déplacer le film du côté du drame politique autant que du thriller criminel.
Autre rumeur qui circule : la présence possible de la Cour des Hiboux, organisation née dans les comics de Scott Snyder et Greg Capullo, parfaite pour un récit de complot, de lignées cachées et de pouvoir souterrain. Là encore, l’idée colle assez bien à la méthode Reeves : plutôt que de faire du grand spectacle de destruction, il préfère souvent creuser les couches de la ville, comme si chaque rue cachait une salle secrète et chaque notable un sale petit secret. Si cette piste se confirme, on pourrait tenir un Batman moins frontal, plus labyrinthique, presque paranoïaque. Et ça, pour un héros qui passe ses nuits à fouiller des indices sous la pluie, c’est quand même son terrain naturel.
Le retour du Caped Crusader, sans fanfare inutile
Ce premier aperçu ne dit pas tout, loin de là, mais il dit l’essentiel : The Batman Part II ne semble pas vouloir changer de peau pour plaire à tout le monde. Pas de grand virage cosmique, pas de surenchère de clinquant, pas de promesse de table rase. Juste un Bruce Wayne toujours enfermé dans son costume, un Gotham plus froid que jamais et un cinéaste qui continue de traiter le mythe comme un roman noir à gros budget. À l’heure où tant de suites se contentent de gonfler les muscles, Reeves paraît plutôt vouloir affûter la lame.
Reste à voir si Warner Bros. laissera ce Batman-là respirer jusqu’au bout, sans lui coller un costume trop large de franchise tentaculaire. En attendant, on a une image, une date et une ville sous la neige. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup plus excitant que la plupart des annonces en mode PowerPoint. À Gotham, même le froid a l’air de préparer un coup tordu.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




