Dans Ted Lasso, tout le monde arrive avec un sourire, une punchline et un petit morceau de trajectoire cabossée. Lizzie Davis ne fait pas exception : derrière ce nouveau visage de l’équipe féminine d’AFC Richmond, on retrouve Faye Marsay, actrice anglaise déjà passée par Game of Thrones, Black Mirror et Andor.
La série de Jason Sudeikis a toujours eu ce talent un peu vicieux pour transformer un simple essai de recrutement en machine à fabriquer des personnages. Dans l’épisode 3 de la saison 4, intitulé Richmond’s Got Talent, Ted, Coach Beard et l’assistante coach Alice Chilton organisent des essais ouverts pour la section féminine, les Lady Greyhounds. Le procédé est limpide : en quelques minutes, on trie les profils, on dessine des tempéraments, on donne à voir qui a du coffre et qui va se faire avaler par le tempo. C’est du storytelling de terrain, presque sportif dans sa mécanique, et ça évite au passage le piège du personnage plaqué comme un autocollant sur une gourde. Ici, Lizzie Davis se distingue par son leadership sur la pelouse, assez pour décrocher sa place dans le groupe. Et quand une série sait faire entrer un personnage par la porte du jeu, elle a déjà gagné la moitié du match.
Faye Marsay, elle, n’arrive pas en touriste. Les amateurs de séries britanniques l’ont vue dans Doctor Who et Black Mirror, mais c’est surtout son rôle du Waif dans Game of Thrones qui l’a installée dans la mémoire des spectateurs, avec ce mélange de froideur et de menace qui collait parfaitement à l’univers de Westeros. Elle a aussi fait une apparition remarquée dans la série Netflix Adolescence, où elle incarnait DS Misha Frank sur deux épisodes. Pas exactement un CV de figurante venue faire coucou, donc. On parle d’une actrice qui sait tenir un cadre, même quand le cadre est occupé par des monstres sacrés et des sagas qui mangent tout l’oxygène.
De Braavos à Richmond, le grand écart sans se casser la figure
Le vrai sel du casting, c’est là : Marsay a cette capacité à passer d’un registre à l’autre sans donner l’impression de changer de peau à chaque fois. Dans Andor, le préquel Star Wars signé Tony Gilroy, elle incarnait Vel Sartha, cousine de Mon Mothma et soldate de la rébellion, personnage taillé dans la discipline, la tension et les non-dits. Andor n’a rien d’une série qui distribue les effets faciles ; c’est une mécanique politique, sèche, presque austère, où chaque présence doit justifier son existence. Marsay y glissait des éclats d’humanité sous une carapace de détermination. Pas besoin d’en faire des caisses : elle faisait le boulot, et le faisait bien.
Dans Ted Lasso, le défi est presque inverse. On quitte la gravité stratégique de la rébellion pour une comédie de vestiaire, de collectif, de petites humiliations et de grandes réconciliations. C’est là que le casting devient intéressant, parce qu’il ne s’agit pas seulement de faire rire ou d’être sympathique. Il faut aussi exister dans une série qui a bâti sa réputation sur l’équilibre entre douceur, ironie et émotion bien placée. Faye Marsay semble justement taillée pour ce genre de bascule : assez solide pour ne pas se dissoudre dans le chœur, assez souple pour laisser apparaître une autre couleur. Le genre de présence qui peut faire basculer une scène sans lever la voix. Pas mal, hein ?
Le contre-emploi, ce petit plaisir très britannique
Il y a quelque chose d’assez malin dans le fait de voir une actrice associée à des rôles tendus, parfois presque tranchants, débarquer dans une série qui mise autant sur la chaleur humaine. Ce n’est pas un simple clin d’œil de casting, c’est une façon de jouer avec la mémoire du spectateur. On reconnaît Faye Marsay avant même que Lizzie Davis ait fini de s’installer, et cette reconnaissance crée un léger décalage. On attend peut-être de la dureté, de la distance, du tranchant. Ted Lasso, lui, préfère souvent désarmer ses personnages avant de leur donner de l’épaisseur. C’est là que la série reste futée : elle ne recycle pas des visages, elle les reprogramme.
La saison 4, diffusée avec de nouveaux épisodes chaque mercredi, continue donc d’élargir son terrain de jeu. L’arrivée de Marsay n’a rien d’un gadget de prestige, ni d’un simple renfort de casting pour faire joli sur l’affiche. Elle s’inscrit dans une logique très claire : enrichir le groupe, densifier les trajectoires, et éviter que l’équipe ne tourne à la carte postale en baskets. À force de faire venir des actrices capables de jouer la nuance, Ted Lasso rappelle qu’une comédie sportive tient souvent moins au score qu’à la qualité de ses passes.
Reste à voir jusqu’où Lizzie Davis ira dans la saison. Mais avec Faye Marsay aux commandes, on peut parier qu’elle ne sera pas là pour faire de la figuration en short. Et franchement, tant mieux : Richmond a besoin de joueuses, pas de silhouettes. Le ballon, lui, n’attend personne.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




