
Dans l’univers impitoyable des sagas cinématographiques, certains projets marquent plus par leur genèse tourmentée que par leur aboutissement. C’est précisément le cas de Star Wars 9, ou plutôt de ce qu’il aurait pu être sous la direction de Colin Trevorrow. Initialement rattaché à l’épisode final de la trilogie Disney, le réalisateur a vu son projet balayé par des divergences créatives et un départ précipité qui continuent de le hanter, six ans après l’arrêt brutal de ce tournage. Au-delà du simple scénario, c’est une question d’âme, de fidélité à l’esprit originel de la saga, que le cinéaste semble avoir perdue au fil de cette épreuve.
Alors que Disney poursuit son déploiement de franchises cultes avec une stratégie commerciale implacable, des marques comme Lucasfilm, Hasbro, LEGO, ou encore Sideshow Collectibles continuent de raffermir leur emprise sur la culture populaire, alimentant la demande incessante pour le Star Wars Merchandise. Pourtant, derrière cette manne lucrative, le film que Trevorrow imaginait, intitulé Duel of the Fates, apparaît désormais comme une voie parallèle, étouffée par les décisions de production et les choix narratifs jugés controversés.
Star Wars 9 : L’Ascension de Skywalker a laissé un goût amer chez de nombreux fans et professionnels du cinéma, non pas seulement pour son contenu, mais pour les remous qui ont entouré sa production. En 2015, Lucasfilm annonçait avec enthousiasme la nomination de Colin Trevorrow, à la suite du succès tonitruant de Jurassic World, pour prendre les rênes de cet épisode ultime. Son script, élaboré avec Derek Connolly, promettait une réinvention audacieuse, sous le titre évocateur de Duel of the Fates, une référence directe aux œuvres musicales emblématiques de John Williams.
Malgré un casting solide et un univers visuellement captivant déjà établi, les tensions scénaristiques et les craintes d’un éloignement trop marqué du canevas laissé par J.J. Abrams ont eu raison de son implication. En septembre 2017, Trevorrow claquait la porte, officiellement pour raisons créatives. Près d’une décennie après l’engagement initial, les réflexions du réalisateur témoignent d’une frustration palpable, nourrie par les débats publics et les débats internes au studio.
Entre les mains de Trevorrow et Connolly, Star Wars 9 aurait suivi une trajectoire bien différente. Le scénario imaginait une galaxie tiraillée par des conflits plus nuancés, une héroïne nommée Solana — bien éloignée de Rey — dont la tentation du côté obscur aurait constitué un arc narratif central. Fait rare dans la saga, Palpatine n’aurait pas été le maître en coulisse. Un univers plus obscur, aux antagonismes travaillés, avec la présence d’un Sith mystérieux nommé Tor Valum qui formait Kylo Ren et constituerait une menace nouvelle.
Le scénario proposait aussi un Finn engagé dans une rébellion interstellaire sur Coruscant, réunissant stormtroopers désabusés, robots et civils aux intentions ambiguës. Une dimension politique et sociale renforcée, qui aurait certainement nourri les débats sur la représentation de la guerre et du pouvoir dans une galaxie en mutation perpétuelle. Le duel final entre Rey et Kylo Ren, avec un sacrifice émouvant, aurait renversé les conventions, avant de se conclure sur une note d’espoir et de transmission du savoir à la nouvelle génération de sensibles à la Force.
Pour Trevorrow, cette épreuve n’a pas seulement impacté sa carrière, elle a laissé une empreinte émotionnelle profonde. Depuis le tournage avorté, le réalisateur confie dans plusieurs interviews qu’il peine à s’approcher du contenu Star Wars sans souvenir amer. Au point que ce n’est qu’avec la série Andor, reconnue pour sa qualité narrative et sa juste esthétique, qu’il retrouve timidement un lien à cet univers complexe.
La gestion intense et rigide menée par la production sous la houlette de Kathleen Kennedy aurait accentué ce clivage, tandis que Lucasfilm concentrait ses efforts à sécuriser une conclusion accessible au plus grand nombre, parfois au détriment d’une écriture audacieuse. Cette ambivalence a aussi marqué d’autres projets comme Solo : A Star Wars Story où Phil Lord et Christopher Miller ont été évincés, confirmant des difficultés persistantes dans le management des grandes sagas.
La mésaventure de Trevorrow est à ce jour symptomatique des défis auxquels les studios hollywoodiens sont confrontés. En 2025, la dynamique des franchises se complexifie, avec une attente accrue de la part d’un public partagé entre nostalgie et désir d’innovation. Disney, via Lucasfilm, joue ainsi une partition délicate : préserver l’héritage tout en insufflant du sang neuf. Cette tension modifie aussi la chaîne de production autour des licences et son économie, touchant aussi des segments comme Dark Horse Comics, les éditions spécialisées, et le développement des jeux vidéo, notamment ceux d’EA Games.
Les produits dérivés, vecteurs essentiels de cette industrie, comme ceux de Funko et LEGO, connaissent aussi un renouvellement de leur catalogue en fonction des personnages retenus par les films. Cette érosion créative a poussé certains acteurs du marché à envisager une cohésion plus étroite entre narrations filmiques et univers étendus, condition sine qua non pour conserver l’adhésion et ne pas décevoir les collectionneurs passionnés.
Le divorce artistique entre Colin Trevorrow et Lucasfilm met en lumière la complexité des rapports entre créateurs et grandes maisons de production, que 2025 continue de questionner. Le réalisateur s’est vu confronté à une pression forte pour répondre aux attentes d’une franchise qui cultive la nostalgie tout en devant se réinventer sans cesse. Cette double contrainte a souvent abouti à des compromis qui ont dérouté les équipes créatives, à l’image du script fruit d’un consensus difficile.
Les témoignages concordent sur un climat de décisions rapides, où la vision originelle est souvent mise à mal par des impératifs économiques et la peur de l’échec commercial. Ce contexte, loin de favoriser l’éclosion d’un cinéma véritablement audacieux, illustre un paradoxe entre le poids des franchises et la peur du risque. La question demeure : comment prolonger ces univers tout en offrant une narration qui ne soit pas réductrice ?
Les fuites successives du script initial Duel of the Fates ont alimenté des débats passionnés au sein des communautés de fans, souvent crispées par la direction prise par Star Wars 9 : L’Ascension de Skywalker. En redécouvrant une version plus sombre et subversive, le public s’est déchiré autour des questions d’identité et de droits de propriété intellectuelle, tandis que le projet initial devenait une vision culte jamais réalisée.
C’est aussi un cas d’école de la tendance actuelle à la réévaluation critique des contenus disparus ou abandonnés, qui se manifeste dans d’autres industries du divertissement. Le phénomène dépasse largement le simple cadre cinématographique, touchant aussi bien la littérature, les jeux vidéo – notamment ceux édités par EA Games – que le marché des figurines avec Funko ou Sideshow Collectibles.
La saga Star Wars, comme bien d’autres franchises majeures en 2025, évolue dans un paysage partagé entre coopération et rivalité entre géants industriels et créateurs. Sur un marché saturé, la tension entre innovation artistique et calcul économique se manifeste par des repositionnements stratégiques autour des licences phares. Ce paradoxe est visible dans la relation entre Disney-LucaSfilm et ses partenaires éditoriaux comme Marvel Comics ou les éditeurs de Dark Horse Comics.
Dans ce contexte, la succession des réalisateurs — un phénomène lui-même symptomatique — révèle les enjeux d’une gouvernance rigide contrebalancée par la nécessité d’attirer de nouveaux publics et de conserver les puristes. Le cas de Colin Trevorrow s’inscrit ici comme un épisode parmi d’autres dans la dynamique de transformation d’un modèle d’industrie toujours plus exigeant.
Ce dossier revient sur un enseignement fondamental : dans un univers où le luxe du temps pour la création est balayé par l’urgence du profit, l’ambition artistique se retrouve souvent piégée. La mésaventure de Colin Trevorrow avec Star Wars 9 met ainsi en lumière le besoin d’adapter les processus industriels à une réalité où la fidélité à une vision se doit d’être conciliée avec la modernité et les attentes contemporaines.
Travailler sur des franchises impliquant des empires comme Disney exige une rigueur narrative et une élégance dans le détail — principes déjà évoqués dans notre réflexion sur les plus grands réalisateurs français ou les enjeux des blockbusters contemporains. Le bilan est rude, mais il appelle à une réforme de la gouvernance artistique pour que des œuvres telles que Star Wars 10, déjà en gestation avec le retour annoncé de Daisy Ridley, ne répètent pas les mêmes écueils.
Je suis un écrivain passionné par la lecture et l’écriture. J’ai choisi d’exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m’intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j’aborde souvent dans mon travail. J’espère que vous apprécierez mes articles et qu’ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !