Cette semaine, les salles obscures accueillent trois films qui n’ont strictement rien en commun, sauf peut-être l’envie de ne pas vous laisser tranquilles. Agnès Jaoui débarque à Cannes en hors-compétition, Yeon Sang-ho remet le couvert avec ses infectés qui évoluent, et Eye Haïdara joue une agente de la DGSE dans un thriller signé Rachel Lang. Prenez vos places.
La semaine d’avant : les fantômes de bord de scène
La semaine du 20 mai laisse encore ses traces dans les multiplexes. Star Wars : The Mandalorian and Grogu de Jon Favreau continue d’aspirer les fauteuils comme un trou noir galactique. Le film, sorti le 20 mai 2026, est le premier long métrage issu de la série depuis la fermeture de la franchise Disney+ en 2023, autant dire que l’attente était déraisonnable, et les résultats en billetterie le confirment. La semaine du 27 mai s’installe dans ce contexte chargé avec trois propositions aussi différentes que complémentaires.
L’Objet du délit : Mozart, MeToo et Daniel Auteuil dans les coulisses
Commençons par le film événement de la semaine. Agnès Jaoui signe son grand retour derrière et devant la caméra avec L’Objet du délit, huit ans après Place publique (2018), et surtout premier long métrage écrit sans Jean-Pierre Bacri, mort en janvier 2021. La pression symbolique est énorme, et Jaoui le sait très bien. Le film se déroule dans les coulisses d’une production ambitieuse des Noces de Figaro de Mozart, terreau parfait pour un théâtre de la vanité, des ego et des rapports de force, quand une accusation d’agression sexuelle éclate et force tout le monde à se positionner.
Autour d’elle : Daniel Auteuil, Eye Haïdara (qui joue également dans Mata la même semaine, l’actrice étant décidément partout en mai 2026), Jacques Weber et Vincenzo Amato. Technikart, qui a couvert la projection cannoise, note que le film revient à « une comédie dramatique de troupe, cette fois dans les coulisses d’un opéra traversé par les secousses du #MeToo ». Ce que Le Figaro formule plus directement dans son entretien avec la réalisatrice : « Dans L’Objet du délit, tout le monde en prend pour son grade, y compris moi », dit-elle. On n’est pas dans un film à thèse qui distribue les bons et les mauvais rôles, on est dans l’inconfort. La sélection officielle hors-compétition à Cannes 2026 valide le poids du film dans le paysage, sans lui imposer la pression du palmarès. Durée : 2h14.
Colony : Yeon Sang-ho lâche ses infectés dans un gratte-ciel
Dix ans après Dernier train pour Busan, présenté en séance de minuit à Cannes 2016, Yeon Sang-ho revient en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2026 avec Colony, et la boucle est presque trop belle pour ne pas être un hommage conscient à lui-même. Le pitch : lors d’une conférence biotech à Séoul, un virus se propage dans un gratte-ciel bouclé par les autorités. Les infectés, au départ rampants et bestiaux, évoluent. C’est ce détail qui distingue Colony d’un survival zombie ordinaire : les créatures s’adaptent, s’organisent, progressent. Claustrophobie garantie, 2h03 au compteur, avec Koo Kyo-hwan en tête d’affiche.
La « signature sociale » du réalisateur est bien présente : la contamination comme métaphore de la rupture de classe, du confinement institutionnel, de la hiérarchie qui s’effondre quand le chaos commence. En France, on l’a en exclusivité dès le 27 mai, une semaine avant la sortie internationale prévue en août 2026. Classement : interdit aux moins de 12 ans avec avertissement, ce qui n’a jamais arrêté personne.
Mata : la DGSE version féminine, sans le costume du film d’action à papa
Troisième sortie de la semaine, et peut-être la plus discrète dans la communication — ce qui est une erreur. Mata, de Rachel Lang, met en scène Eye Haïdara dans le rôle d’une agente du service action de la DGSE blessée lors d’une opération clandestine au Niger, dont le compagnon a disparu dans la nature. De retour en France, affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire, elle tombe sur un dossier de contre-espionnage dans les Alpes qui semble relier à ce qui lui est arrivé en Afrique. Elle décide d’aller au bout, hors cadre officiel, en sachant très bien qu’elle risque tout. Le film, distribué par Warner Bros., réunit Joséphine Japy, Raphaël Personnaz et Mélanie Laurent au casting, une liste qui fait tout sauf semblant.
Ce qui est intéressant avec Mata, c’est qu’on n’est pas dans le thriller d’espionnage clinquant ni dans la série Canal+ façade. Rachel Lang a fait ses armes dans le drame intime, et elle apporte cette sensibilité à un genre qui en a souvent manqué. Eye Haïdara, déjà remarquée dans Les Misérables de Ladj Ly, porte une partition physique et intérieure que les films d’action français s’autorisent rarement. La production implique quatre pays : France, Belgique, Suisse et Maroc. Durée : 1h38.
Le bonus animé : un yakuza qui souffle les dernières braises
On ne saurait passer sous silence Le Dernier Souffle d’un Yakuza, film d’animation japonais de Baku Kinoshita, nominé au Festival d’Annecy 2025, qui sort le 27 mai également. 1h30, ambiance crépusculaire, un vieux yakuza qui tire sa révérence dans un Japon contemporain désenchanté. Le genre de film que trois salles parisiennes vont programmer à 14h le mardi et que tout le monde regrettera de ne pas avoir vu en salle six mois plus tard. Prévenez-vous.
Ce qu’on retient (et ce qu’on zappe)
La semaine du 27 mai 2026 est une de ces semaines où le cinéma français et le cinéma coréen décident de se croiser au même endroit sans se prévenir, ce qui produit une programmation autrement plus stimulante que la moyenne. L’Objet du délit est le titre de prestige, Colony est le film de genre qui mérite mieux que sa case de minuit, Mata est la sortie à risque qui peut tout à fait surprendre. Et le yakuza animé est là pour rappeler que les meilleures choses arrivent souvent en queue de peloton.
Pour ne rien rater des sorties à venir, retrouvez toutes nos dernières actualités ainsi que notre fiche sur Tombé du ciel. Cannes distribue encore ses ondes de choc dans les salles, autant en profiter pendant que c’est chaud.
La question qu’on se pose en sortant : est-ce que The Mandalorian and Grogu va écraser tout ça en billetterie et transformer ces trois films en discussions de cinéphiles dans dix ans ? Probablement. Mais c’est aussi pour ça qu’on continue d’y aller.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



