On croyait Practical Magic 2 condamné au simple exercice de nostalgie en pull noir et lumière de lune, mais Sandra Bullock vient de remettre un peu de poudre dans le chaudron. Et quand Olivia Rodrigo et Stevie Nicks se retrouvent citées dans la même phrase, on comprend vite que la suite ne veut pas juste recycler un culte des années 1990 : elle veut lui greffer une nouvelle génération de pop sorcière.
Pour remettre les pendules à l’heure, Practical Magic sort en 1998 sous la direction de Griffin Dunne, avec Sandra Bullock et Nicole Kidman en têtes d’affiche, sur un scénario adapté du roman d’Alice Hoffman. À l’époque, le film ne fait pas exploser le box-office, mais il s’installe dans la durée comme ces titres qui vivent mieux en vidéo, en télévision puis en streaming qu’en salle. Classique du “pas assez gros pour être un mastodonte, trop singulier pour disparaître”, il a fini par devenir un petit totem générationnel, surtout auprès d’un public qui aime les récits de sororité, de malédiction familiale et de glamour un peu cabossé. Autrement dit : une suite n’avait de sens que si elle assumait le parfum de culte, pas si elle jouait au remake déguisé.
Dans ce contexte, l’évocation d’Olivia Rodrigo et de Stevie Nicks n’a rien d’un détail décoratif. Rodrigo, c’est la pop confessionnelle de l’ère post-teenage angst, l’autrice-interprète qui a transformé la vulnérabilité en machine à tubes. Nicks, c’est l’icône absolue, la voix qui a longtemps flotté au-dessus de Practical Magic comme une présence quasi mythologique. Les associer dans le même mouvement, c’est tendre un pont entre deux régimes de star-system : l’une incarne la relève, l’autre le mythe déjà installé. Et dans une franchise qui joue précisément avec l’héritage, la transmission et les lignées féminines, ce n’est pas du hasard en carton-pâte. C’est même le cœur du réacteur.
Le chaudron, la suite et le reste
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement de savoir qui chantera quoi. C’est de comprendre pourquoi Practical Magic 2 semble vouloir faire de sa bande-son un argument narratif à part entière. Hollywood adore ça : quand l’image ne suffit plus à vendre le retour d’un univers, on ressort la musique comme une baguette magique industrielle. Et là, on touche à une logique très contemporaine du studio system version 2020s : capitaliser sur une propriété connue, lui donner un vernis générationnel, et espérer que la mémoire affective fasse le boulot à la place du marketing. Pas très romantique, mais diablement efficace quand ça marche.
Le premier film avait déjà cette petite bizarrerie précieuse : une esthétique de conte gothique, une romance en apnée, des sorcières qui ne ressemblent pas à des figurantes de parc d’attractions. Il y avait là quelque chose de plus fragile que dans les grosses machines fantasy de l’époque. Aujourd’hui, la suite doit éviter deux pièges : la table rase qui nierait le charme du premier opus, et le fan service paresseux qui transformerait le tout en réunion de famille sous anxiolytiques. Si Sandra Bullock laisse filtrer un indice sur la musique, c’est peut-être parce que la musique sera justement l’un des meilleurs moyens de faire circuler l’ancien dans le nouveau sans tout casser. Le bon sortilège, c’est celui qui ne sent pas le réchauffé.

Rodrigo, Nicks : deux générations, un même grimoire
Il y a aussi une lecture méta assez savoureuse, et notre chère rédaction adore quand Hollywood se regarde dans le miroir en pensant faire de la magie. Olivia Rodrigo, c’est l’artiste qui parle à une génération élevée au streaming, au fragment, à l’album comme journal intime public. Stevie Nicks, elle, renvoie à une époque où la rock star avait encore des allures d’oracle, de prêtresse, de demi-déesse un peu inquiétante. Les réunir dans une même orbite, c’est fabriquer une continuité symbolique entre deux manières d’être femme, artiste et icône. On n’est pas loin d’un passage de flambeau, sauf qu’ici le flambeau sent la sauge, le patchouli et la stratégie de studio bien sentie.
Et puis il faut bien le dire : Practical Magic n’a jamais été un simple film de sorcières. C’est un récit sur la manière dont les femmes héritent d’un fardeau, d’un désir, d’une légende familiale, et sur la façon dont le cinéma populaire peut rendre ça accessible sans le dégonfler. Si la suite parvient à retrouver ce mélange de mélancolie, de sensualité et d’ironie douce, elle peut éviter le péché originel des retours tardifs : confondre continuation et simple exploitation de marque. On ne demande pas un miracle, juste un peu d’élégance dans le sort lancé.
Le culte, ce vieux démon rentable
À ce stade, il faut aussi regarder l’économie du machin en face. Les studios n’ont jamais autant aimé les suites que depuis qu’ils savent qu’un titre connu rassure les financeurs, attire les plateformes et nourrit les campagnes de communication sans repartir de zéro. Un film comme Practical Magic 2 n’a pas besoin de viser le box-office d’un blockbuster de 200 millions de dollars pour exister : il peut très bien fonctionner comme objet de désir, comme événement de niche élargie, comme produit hybride entre salle, conversation en ligne et future vie en streaming. Bref, la vieille poule aux œufs d’or a simplement changé de cuisine.
Reste la question qui fâche un peu : cette suite va-t-elle prolonger un imaginaire, ou le lisser jusqu’à le rendre inoffensif ? C’est souvent là que les retours de franchises se plantent, en croyant qu’il suffit de remettre les mêmes visages dans le même décor pour recréer l’alchimie. Sauf que le cinéma, lui, a de la mémoire. Et le public aussi, même quand il fait semblant de venir pour les bougies, les incantations et les refrains. Si Practical Magic 2 veut vraiment ensorceler, il va falloir autre chose qu’un simple sort de nostalgie.
Bande-annonce VF de Les Ensorceleuses 2
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




