On a beau tourner autour du cratère depuis plus de trente ans, Jurassic Park reste ce genre de blockbuster qui laisse les autres films de dinosaures avec un petit goût de poussière dans la bouche. Alors, quand on cherche le même frisson, il faut parfois sortir du parc et aller voir ailleurs si les monstres y sont plus fous.

Sorti en 1993, le film de Steven Spielberg a changé la donne à la fois sur le plan industriel et sur le plan du spectacle : à son lancement, il devient le plus gros succès mondial de l’histoire, et son mélange de CGI et d’animatroniques impose une norme que Hollywood n’a jamais vraiment cessé de courir après. Trente ans plus tard, la franchise Jurassic World continue de faire tourner la machine, mais le marché des grands films de dinosaures hors de cet univers reste étonnamment maigre. Pas par manque d’idées, plutôt parce que le péché originel est là : pourquoi risquer un budget de production massif quand le parc de Spielberg continue d’imprimer les rétines ?

Du coup, si on veut retrouver ce mélange de frayeur, de spectacle et de bestioles qui déboulent sans prévenir, il faut aller piocher dans d’autres coins de la SF musclée.

Quand le T-Rex change de costume

Premier détour avec 65, réalisé par Scott Beck et Bryan Woods et sorti en 2023. Le film aligne Adam Driver dans la peau d’un pilote échoué sur une Terre préhistorique, avec Ariana Greenblatt en unique alliée de fortune, et l’idée est assez simple pour être bonne : un homme, une gamine, des dinos, et zéro temps mort. Sony Pictures n’a pas trouvé la poule aux œufs d’or au box-office, le film ayant été plutôt enterré à sa sortie, mais il a au moins compris une chose essentielle : on ne vient pas pour disserter sur le sens de la vie, on vient pour voir des créatures courir, mordre et faire monter la pression. C’est du cinéma de survie, sec, direct, sans gras inutile.

Ce qui marche, ici, c’est la lisibilité. Pas de mythologie indigeste, pas de franchise à moitié en train de se regarder le nombril. On suit une trajectoire nette, et ça suffit largement à relancer le moteur. Le film n’invente rien, certes, mais il sait très bien quoi faire de son terrain de jeu. Et parfois, franchement, c’est déjà pas mal.

Le Vietnam en mode Jurassic sous acide

Avec Primitive War, Luke Sparke pousse le curseur beaucoup plus loin. Adapté de la série de romans d’Ethan Pettus, le film envoie une unité de reconnaissance dans une vallée isolée pendant la guerre du Vietnam, avant de lâcher des dinosaures au milieu du chaos. Rien que le pitch sent la poudre, la boue et la démesure, et le résultat assume son côté complètement débraillé. Budget annoncé sous les 10 millions de dollars, durée de 133 minutes, et pourtant l’ensemble a des airs de mastodonte qui aurait coûté trois fois plus cher. C’est le genre de miracle de production qui fait sourire l’équipe de la rédaction : comment ça tient debout, ce truc ?

La réponse tient dans une forme d’ivresse artisanale. Le film empile les morceaux de bravoure, les attaques de dinos, les embuscades et les idées de mise en scène qui partent parfois dans tous les sens, mais il le fait avec une énergie franchement jouissive. L’interprétation n’est pas son point fort, on ne va pas se raconter d’histoires, mais l’objet a une qualité rare : il ne s’excuse jamais d’être trop. Dans le genre “blockbuster sauvage”, on est très, très bien servis.

Affiche de Jurassic Park
Affiche de Jurassic Park

Quand les monstres ont encore du cœur

Sorti en 2020, Love and Monsters de Michael Matthews a eu la malchance d’arriver en pleine pandémie, à un moment où le public avait d’autres chats à fouetter que les créatures géantes. Dommage, parce que le film mélange aventure post-apocalyptique, romance et cinéma de monstres avec une vraie délicatesse. Dylan O’Brien y joue un type qui traverse un territoire infesté pour retrouver son ancienne petite amie, incarnée par Jessica Henwick, et ce simple déplacement suffit à faire naître une belle mécanique émotionnelle.

Ce qui rapproche le film de Jurassic Park, ce n’est pas seulement la présence de bêtes énormes. C’est surtout cette idée très spielbergienne que le spectacle ne vaut quelque chose que s’il est arrimé à des personnages qu’on a envie de suivre. Sans ça, les dinos ne sont que des effets spéciaux avec des dents. Ici, le film comprend qu’un monstre n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il menace une relation humaine déjà fragile. Le cœur bat sous la carapace, et ça change tout.

Godzilla entre en politique

Avec Shin Godzilla, Hideaki Anno et Shinji Higuchi livrent en 2016 une relecture sèche, nerveuse et franchement angoissante du roi des monstres. Le film repart de zéro, sans s’encombrer de la continuité précédente, et transforme l’apparition de Godzilla en crise nationale. On y voit des responsables politiques tenter de gérer l’inimaginable, pendant qu’une créature évolutive ravage Tokyo. Le parallèle avec Jurassic Park est limpide : la nature échappe au contrôle humain, et les institutions pataugent comme des canards dans un tremblement de terre.

Ce qui le rend précieux pour les amateurs de Spielberg, c’est sa manière de faire du monstre un révélateur de l’impuissance humaine. Là où d’autres franchises se contentent d’empiler les destructions, Shin Godzilla regarde aussi le chaos administratif, la peur collective, l’incapacité à décider vite. Ce n’est pas seulement un film de catastrophe, c’est un film sur la catastrophe comme système. Et ça, mine de rien, ça cogne fort.

Spielberg contre Spielberg, et le round est serré

On termine avec War of the Worlds, sorti en 2005, où Spielberg revient à la SF de grande ampleur avec Tom Cruise en père dépassé, embarqué dans une fuite éperdue face à une invasion extraterrestre. Le film, adapté de H. G. Wells, dure 116 minutes et reste l’un des opus les plus sombres du cinéaste. Pas de grand discours sur l’avenir de l’humanité, pas de triomphe final qui ferait lever les bras au ciel : juste une survie à hauteur d’homme, dans une Amérique fracturée, sale, nerveuse. Et ça, on ne l’oublie pas.

Pourquoi le rapprocher de Jurassic Park ? Parce qu’on y retrouve Spielberg en mode blockbuster pur, mais avec une inquiétude plus sourde, presque plus adulte. Les machines de guerre ne sont plus des attractions, elles sont des menaces métaphysiques. Les effets spéciaux servent la panique, pas l’esbroufe. Et Cruise, comme souvent chez Spielberg, devient un corps lancé dans l’histoire à pleine vitesse. Le film n’a pas la fraîcheur de 1993, mais il a cette même capacité à faire de la peur un spectacle proprement irrésistible.

Au fond, ce qui relie tous ces titres à Jurassic Park, ce n’est pas seulement la présence de monstres ou de dinos. C’est une manière de filmer l’humain au bord de la casse, quand la technique, la nature ou la guerre reprennent leurs droits. Et si le parc de Spielberg reste la référence absolue, c’est peut-être parce qu’il a laissé derrière lui moins une franchise qu’une norme impossible à égaler. Le pauvre cinéma de monstres, depuis, essaie encore de passer le flambeau sans se casser la gueule. Pas simple. Mais quand ça marche, on sait très bien pourquoi on est là.

Bande-annonce VF de Jurassic Park

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