Netflix vient de récupérer les sept saisons de SEAL Team, soit 114 épisodes de guerre, de loyauté et de gueules fermées. Et comme par hasard, la série est pilotée par Benjamin Cavell et Spencer Hudnut, deux noms désormais branchés sur la galaxie Taylor Sheridan : de quoi donner envie de regarder ce vieux soldat d’un autre œil.

À première vue, l’affaire ressemble à un simple ajout de catalogue, un de ces mouvements de plateforme qu’on oublie avant même d’avoir refermé l’onglet. Sauf qu’ici, le timing est trop propre pour être innocent. SEAL Team, lancée en 2017 sur CBS puis relayée par Paramount+ à partir de sa cinquième saison, débarque sur Netflix au moment où les spin-offs de Yellowstone cherchent encore leur colonne vertébrale. Benjamin Cavell a pris les commandes de Dutton Ranch, Spencer Hudnut a supervisé Marshals, et l’équipe de la rédaction, forcément, a levé un sourcil : on ne parle pas juste d’une série militaire, on parle d’un laboratoire de showrunners pour la machine Sheridan. Le streaming adore recycler les CV avant de recycler les séries.

Créée par Cavell, SEAL Team suit Jason Hayes, incarné par David Boreanaz, chef de la Bravo Team au sein de la DEVGRU, cette élite de l’élite des Navy SEALs. Le principe est limpide : missions spéciales, pression permanente, vie familiale en ruine, trauma qui colle à la peau comme une mauvaise odeur de poudre. Le casting aligne Neil Brown Jr., A.J. Buckley, Max Thieriot, Jessica Paré et Toni Trucks, avec un Boreanaz qui capitalise sur son image de vétéran de la télé américaine, entre le flic, le vampire et le type qui encaisse tout sans broncher. On n’est pas dans le fantasme du héros invincible, mais dans le coût humain de la posture virile.

Le treillis et la méthode

Pour se distinguer des autres séries militaires de l’époque, SEAL Team a misé sur l’authenticité. La production a fait appel à Mark Semos, ancien Navy SEAL, et Tyler Grey, ex-soldat des opérations spéciales de l’armée américaine, pour conseiller les scènes d’action et la mécanique des opérations. Résultat : procédures crédibles, jargon précis, sensation de terrain plus solide que dans pas mal de procédurals de chaîne généraliste. Ce n’est pas du cinéma-vérité, mais ça évite le grand n’importe quoi. Et ça compte, surtout quand on raconte des unités d’intervention censées être les meilleures du monde. Le réalisme, ici, sert de béquille morale à un récit qui flirte parfois avec le patriotisme de service.

La série n’a d’ailleurs pas échappé aux réserves critiques. Sa première saison a été saluée pour son sérieux, tout en étant parfois jugée trop alignée sur le ton jingoïste qu’on associe volontiers aux fictions procédurales de CBS. Rien de bien neuf sous le soleil, mais le public, lui, a répondu présent : sept saisons, c’est rarement un accident. Diffusée sur CBS pendant quatre saisons, puis sur Paramount+ pour les trois suivantes, la série s’est installée dans la durée, jusqu’à son final diffusé en octobre 2024. On peut donc parler d’un vrai succès d’endurance, pas d’un feu de paille. Quand une série militaire tient 114 épisodes, c’est qu’elle a trouvé sa cadence, même si elle marche parfois au pas.

Affiche de SEAL Team
Affiche de SEAL Team

Le retour du soldat utile

Le déplacement de SEAL Team vers Netflix n’est pas anodin non plus pour une autre raison : la série pourrait très bien bénéficier d’un effet Suits, cette renaissance tardive qui transforme un programme de niche en machine à rattrapage bingeable. Netflix adore ce genre de résurrection, surtout quand elle permet d’occuper le terrain avec des saisons longues, des personnages identifiables et une promesse de confort narratif. Ici, on a en prime un petit bonus méta : les artisans de SEAL Team sont désormais liés aux nouvelles pièces du puzzle Sheridan, ce qui donne à la série une seconde vie presque stratégique. Le catalogue devient alors un casting géant, et chaque série sert de carte de visite pour la suivante.

Il faut aussi regarder le contexte industriel. Les grandes chaînes américaines ont longtemps fabriqué des séries de procédure comme on sort des boulons, avec un savoir-faire parfois robuste, parfois paresseux. SEAL Team appartient à cette tradition-là, mais avec une couche de gravité psychologique qui la rapproche davantage des séries de guerre post-11 septembre que du simple divertissement musclé. En 2017, ce positionnement n’avait rien d’absurde ; en 2026, il prend une autre couleur, surtout quand le public de Yellowstone cherche des récits d’hommes cassés, de loyautés bancales et de territoires à défendre. Le soldat télévisuel n’a pas disparu, il a juste changé de plateforme et de costume.

Le vrai coup de filon

Benjamin Cavell a quitté SEAL Team en 2018, avant que John Glenn ne passe brièvement par la case showrunner, puis que Spencer Hudnut reprenne la barre jusqu’au bout. Ce détail de coulisses n’est pas qu’une note de production : il raconte aussi la manière dont les studios recyclent les profils capables de tenir une série d’action au long cours, avec assez de tenue pour ne pas sombrer dans le bruit et la fureur. Quand on voit Cavell sur Dutton Ranch et Hudnut sur Marshals, on comprend mieux pourquoi Netflix met aujourd’hui cette série en avant. C’est un test grandeur nature, un banc d’essai pour ceux qui veulent voir si ces gars-là savent vraiment faire tenir une franchise sur ses deux jambes. Dans l’empire Sheridan, le savoir-faire télévisuel vaut presque autant que les chevaux et les grands espaces.

Alors oui, on peut regarder SEAL Team pour David Boreanaz, pour ses opérations extérieures, pour son mélange de tension et de mélodrame familial. Mais on peut aussi la regarder comme un objet de transition : une série de CBS devenue série de streaming, un produit de l’ancienne télévision qui trouve une nouvelle utilité dans l’économie des plateformes. Et ça, mine de rien, c’est tout sauf anecdotique. Le vieux soldat n’a pas fini de servir. Il a juste changé de caserne, et franchement, il a encore de la gueule.

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