Milana Vayntrub a longtemps été réduite à un visage de pub avant de retrouver, avec Squirrel Girl, un terrain de jeu enfin à sa mesure. Et comme souvent chez Marvel, le super-pouvoir le plus rare n’est pas de voler : c’est de faire rire.

Pour replacer un peu les choses, Vayntrub commence sa carrière à l’écran en 1995 dans ER, alors qu’elle n’a qu’une poignée d’années au compteur. Puis viennent les années 2010 et la fameuse campagne AT&T, lancée en 2013, qui la transforme en figure ultra-repérée du grand public américain sous les traits de Lily. Le revers, on le connaît : exposition massive, sexualisation instantanée, et cette mécanique internet qui transforme une actrice en cible avant même de la laisser exister comme artiste. Pas très glamour, mais très époque.

Entre-temps, elle continue pourtant à bosser, enchaînant les projets comiques et les apparitions dans des œuvres aussi diverses que Ghostbusters (2016), Werewolves Within ou Project Hail Mary. Elle passe aussi par le doublage, ce qui n’a rien d’un plan B honteux : dans le cas de Squirrel Girl, c’est même un joli retour de bâton. En 2018, elle tourne un pilote live-action pour New Warriors, série Marvel jamais diffusée, avant de reprendre le personnage en animation dans Marvel Rising. Le rôle a sauté d’un projet à l’autre, mais pas la bonne idée : Vayntrub a enfin trouvé un personnage qui lui laisse respirer la comédie.

Le super-pouvoir, c’est le timing

Ce qui l’intéresse dans Squirrel Girl, ce n’est pas la pose héroïque ni le folklore de franchise, mais la possibilité de jouer la blague au premier degré. Lors d’une prise de parole à WonderCon en 2019, relayée par Showbiz Junkies, elle expliquait en substance que le personnage lui permettait enfin d’être drôle, après une période où la comédie s’était faite plus rare dans sa trajectoire. Et là, on touche à quelque chose de plus fin qu’un simple rôle de voix : Squirrel Girl, chez Marvel, c’est l’anti-monstre sacré, la super-héroïne qui refuse la grandiloquence et préfère désamorcer le chaos avec une répartie bien placée.

Ce n’est pas un hasard si le personnage colle aussi bien à Vayntrub. Formée à l’Upright Citizens Brigade de Los Angeles, passée par le projet YouTube Live Prude Girls qu’elle a cofondé avec Stevie Nelson, elle vient d’un écosystème où le comique se fabrique à la vitesse d’un regard, d’une rupture de ton, d’un décalage. Squirrel Girl, c’est exactement ça : une héroïne qui ne joue pas à être plus grande que le cadre. Dans un paysage saturé de demi-dieux numériques, elle ramène un peu d’humanité dans la machine à fantasmes.

Marvel, ou la revanche du second degré

À l’échelle de la pop culture, le cas Vayntrub dit aussi quelque chose de l’évolution de Marvel. Après avoir longtemps vendu des figures de puissance, le studio et ses satellites ont compris qu’il fallait aussi des personnages capables d’absorber le ridicule sans s’effondrer sous le poids du lore. Squirrel Girl appartient à cette famille-là : un personnage qui peut exister dans le blockbuster, l’animation, le jeu vidéo, sans perdre sa personnalité. Vayntrub l’a reprise dans Marvel Rivals en 2024, preuve que le rôle s’est installé dans la durée, même sans série live-action pour lui servir de rampe de lancement.

Et pendant que certains personnages de l’univers étendu se prennent les pieds dans leur propre mythologie, elle, elle capitalise sur ce qu’elle sait faire de mieux : parler vite, jouer juste, faire mouche. On est loin du casting de prestige ou du caméo pour faire gonfler le box-office ; ici, la valeur vient du ton. Chez elle, le super-héros n’est pas une armure, c’est une cadence.

Quand l’écran répond enfin

Il y a aussi, derrière cette histoire, un petit renversement assez jouissif. L’actrice qui a été transformée malgré elle en objet de commentaires douteux a fini par retourner la situation à son avantage, en lançant en 2025 une initiative caritative, OnlyPhilanthropy, qui a permis de récolter plus de 500 000 dollars pour aider après les incendies en Californie. Là encore, pas de miracle hollywoodien en carton-pâte : juste une manière de reprendre la main, de transformer la visibilité en levier utile. Pas mal pour quelqu’un qu’on avait trop vite résumé à une pub de téléphone.

Au fond, Squirrel Girl lui va parce qu’elle lui rend ce que la machine lui avait confisqué : le droit d’être légère, vive, insolente, et de ne pas s’excuser d’être drôle. Et ça, dans une industrie qui adore enfermer les actrices dans une seule image, c’est presque un acte de résistance. Le vrai exploit Marvel, ici, ce n’est pas d’avoir créé une héroïne : c’est d’avoir laissé une comédienne redevenir elle-même.

Alors oui, on peut toujours rêver d’un grand retour live-action, d’un nouveau pilote, d’un passage de flambeau plus visible dans le MCU. Mais à ce stade, la meilleure version de Squirrel Girl existe peut-être déjà : une voix, un tempo, une actrice qui a compris que la meilleure armure, parfois, c’est une bonne vanne lancée au bon moment.

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