On tient peut-être le plus beau cas de réhabilitation express de l’année : Masters of the Universe, planté en salles, se met soudain à carburer sur Prime Video. Comme quoi, dans l’industrie, un flop au box-office n’est pas toujours une pierre tombale ; parfois, c’est juste un mauvais timing avec des muscles en plastique.
Pour rappel, le long métrage signé Travis Knight arrive après des années de développement chaotique, de changements de mains, de réécritures et de virages de production qui sentent le projet maudit à plein nez. Adapté de la propriété Mattel née dans les années 1980, le film débarque en 2026 dans un paysage où la nostalgie eighties a déjà été pressée jusqu’au dernier centime. Ajoutez à ça Jared Leto en Skeletor, choix qui a fait lever plus d’un sourcil avant même la sortie, et on comprend pourquoi l’exploitation en salles a tourné court. Le péché originel, ici, ce n’est pas seulement le box-office : c’est d’avoir voulu vendre une madeleine déjà un peu sèche.
Mais voilà, Amazon MGM Studios n’a pas acheté ce mastodonte pour le laisser mourir en silence. D’après FlixPatrol, le film a rapidement intégré le top 5 des titres les plus vus de Prime Video dans la majorité des pays, États-Unis compris, dès son arrivée sur la plateforme le 22 juillet 2026. Et ce basculement dit quelque chose de très simple, et assez réjouissant : un film peut rater sa sortie cinéma et trouver, plus tard, le bon terrain de jeu. La fenêtre de diffusion, parfois, fait plus pour un titre que tout le budget marketing du monde.
Le flop n’était peut-être qu’un faux départ
En réalité, Masters of the Universe n’a pas grand-chose d’un simple produit de franchise vissé au pilote automatique. Travis Knight, qu’on avait déjà vu redonner du souffle à Bumblebee en 2018, filme ici un objet qui assume son côté bariolé, presque brinquebalant, mais sans cynisme. Là où tant de blockbusters actuels se vautrent dans la grimace méta et la photo délavée, celui-ci choisit la couleur, le clin d’œil, le grand n’importe quoi assumé. Et ça change tout. On n’est pas devant un reboot qui s’excuse d’exister ; on est devant un film qui croit encore à la force d’un univers de jouets, de poses héroïques et de gueules de carton-pâte. C’est presque suspect de bonne foi, ce qui, à Hollywood, relève du miracle ou de l’accident industriel.

Le plus intéressant, c’est que le film ne se contente pas de rejouer le duel He-Man/Skeletor comme une vieille cassette VHS remise au goût du jour. Il tente aussi une conversation sur la masculinité, sur les manières d’être un homme sans se prendre pour un demi-dieu en cuir moulant. Nicolas Galitzine, en Prince Adam, porte cette ligne avec une candeur qui évite le ridicule, là où le scénario pourrait facilement basculer dans la leçon de morale en armure. Le résultat n’est pas toujours d’une élégance folle, mais il y a là une sincérité qui désarme. Le film trébuche parfois, oui, mais il trébuche en avançant.
Des jouets, du muscle et un peu de cœur
Autre valeur à ne pas balayer d’un revers de main : l’objet visuel. Masters of the Universe ne cherche pas à faire “prestige”, il cherche à faire sensation. Les couleurs claquent, les décors ont de la matière, les costumes ne s’excusent pas d’être des costumes, et la partition de Daniel Pemberton, avec ses guitares qui mordent, donne à l’ensemble un vrai moteur. On sent presque le samedi matin, le dessin animé, le goûter et la promesse d’un monde où le ridicule n’est pas un défaut mais une matière première. Et franchement, ça fait du bien de voir un blockbuster qui n’a pas honte de ressembler à un jouet géant.
Le succès naissant sur Prime Video n’efface pas l’échec en salles, mais il le recontextualise. On sait depuis longtemps que certaines œuvres ont besoin de la bonne plateforme, du bon moment, du bon clic au bon endroit. Les studios adorent parler de “second souffle” quand le premier a pris feu, mais ici la formule n’est pas totalement bidon. Le film n’a pas changé ; c’est le regard du public qui s’est déplacé. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour transformer une casserole en objet de culte naissant. Comme quoi, même un gros gadin peut finir par apprendre à marcher.
Reste à voir si cette remise en circulation fera de Masters of the Universe autre chose qu’un titre de plus dans la grande brocante des adaptations de jouets. Mais pour l’instant, le film a au moins gagné une chose précieuse : une deuxième vie, et un public qui semble enfin prêt à lui laisser sa chance. Pas mal pour un prétendu naufrage. Pas mal du tout, même.
Bande-annonce VF de Les Maîtres de l'Univers
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




