Lanterns continue de jouer la carte du polar cosmique, sauf qu’ici le faux-semblant n’est pas un accident de scénario : c’est presque la méthode maison. Avec son épisode 4, la série DC balance un nom qui fait tiquer les lecteurs de comics depuis 1961, puis le retire aussitôt sous le nez du spectateur. Résultat : on croit voir revenir Hector Hammond, l’un des vieux ennemis de Green Lantern, et on se retrouve face à Hector Gutierrez, simple couverture dans une intrigue qui adore faire semblant de nous tendre une clé avant de nous filer le mauvais trousseau.

Pour situer le terrain, Lanterns s’inscrit dans la nouvelle architecture du DC Universe, pensée pour remettre de l’ordre dans un bazar hérité de plusieurs décennies de films, séries et reboots plus ou moins heureux. La série met en avant John Stewart, incarné par Aaron Pierre, et Hal Jordan, joué par Kyle Chandler, dans un registre qui lorgne ouvertement vers True Detective et Watchmen : enquête, trauma, paranoïa, et un vernis de science-fiction qui ne déborde jamais trop vite. D’après la source, l’épisode 4 ajoute à ce dispositif une fausse piste autour d’un certain Hector Hammond, personnage apparu dans Green Lantern (vol. 2) #5 en avril 1961, créé par John Broome et Gil Kane. Dans les comics, Hammond est un cerveau surdimensionné, dopé par une météorite, avec pouvoirs psychiques et ego gargantuesque. Le genre de vilain qui ne passe pas inaperçu, même dans une franchise où les anneaux magiques et les flics interstellaires ne sont pas exactement des détails.

Le petit jeu de la série est d’autant plus malin qu’il s’appuie sur une mémoire pop très précise. Hector Hammond a déjà eu droit à sa version live en 2011 dans Green Lantern, avec Peter Sarsgaard. Ici, Jason Manuel Olazábal lui prête d’abord ses traits, avant que le récit ne révèle un autre nom, Hector Gutierrez. Autrement dit, Lanterns ne recycle pas seulement un personnage : elle recycle notre réflexe de spectateur qui croit avoir compris avant le générique de fin.

Le faux nom, la vraie embrouille

Dans l’épisode, John Stewart et Hal Jordan remontent la piste d’un satellite lié à Atlas Inc., société dirigée par un certain Hector Hammond, censé exploiter des technologies de pointe dans des abattoirs industriels. Oui, des abattoirs. La série adore ce contraste entre le trivial et le cosmique, entre le béton, le sang et les menaces venues d’ailleurs. On n’est pas dans le grand opéra spatial à la Marvel, on est plutôt dans un polar où l’absurde s’invite à table avec ses grosses chaussures. Et franchement, ça fonctionne plutôt bien.

Sauf que le prétendu Hammond finit par avouer qu’il n’est qu’un leurre, un étudiant en ingénierie recruté pour servir de façade. Le vrai piège, selon lui, serait ailleurs. Et c’est là que Lanterns pousse son vice : elle ne se contente pas de brouiller l’identité d’un méchant, elle transforme le nom d’un vilain historique en mot de passe, en masque, en petite arnaque narrative. Le résultat, c’est un DCU qui avance à coups de faux visages et de révélations en trompe-l’œil.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Le syndrome du nom qui claque

En réalité, ce choix dit beaucoup de la stratégie de la série. Lanterns veut rester accessible sans renoncer à sa matière première de fans obsessionnels. Donc elle jette des noms lourds de sens dans l’arène, mais les détourne aussitôt pour éviter la simple illustration de comics. C’est une manière de dire : on connaît la mythologie, mais on ne va pas la servir en buffet à volonté. Le problème, c’est qu’à force de multiplier les couches, on frôle parfois la surcharge. Entre le Manhunter, Sinestro, Power Ring, les références à Batman, les allusions à Guy Gardner et les mystères autour de la chronologie DCU, on commence à sentir le moteur chauffer un peu fort.

Et pourtant, c’est aussi ce qui fait le sel du projet. La série ne veut pas seulement raconter une enquête ; elle veut installer un monde, ses fantômes, ses lignes de fracture, ses futurs possibles. Le faux Hector Hammond n’est donc pas qu’un gag scénaristique : c’est un symptôme. Celui d’un univers partagé qui refuse la table rase et préfère empiler les couches, quitte à perdre le spectateur deux minutes au passage. Dans le jargon, on appelle ça du worldbuilding ; au comptoir, on dirait surtout qu’ils ont mis trois mystères de trop dans la marmite.

Le DCU, ce grand manège à identités

À ce stade, la vraie question n’est même plus de savoir si Hector Hammond existe dans ce DCU. C’est de comprendre pourquoi Lanterns tient tant à faire de chaque nom une énigme. Le récit semble fasciné par les doubles, les remplaçants, les écrans de fumée. Hal Jordan n’est pas seulement un Green Lantern fatigué ; John Stewart n’est pas seulement un rookie à l’anneau absent ; Zoe Macon n’est peut-être pas ce qu’elle paraît ; et maintenant Hector Hammond n’est même plus Hector Hammond. On dirait une série qui prend plaisir à décaler chaque pièce d’un demi-centimètre pour voir si on suit encore.

Ce n’est pas forcément un défaut. Les meilleures séries de super-héros ont souvent compris qu’il fallait traiter le matériau comme un polar paranoïaque avant de le traiter comme un défilé de costumes. Mais il y a une ligne fine entre la tension et l’enfumage. Lanterns marche dessus en équilibre, avec une assurance parfois brillante, parfois un peu casse-gueule. Et c’est peut-être là son vrai pari : faire du DCU non pas une machine à certitudes, mais une machine à soupçons.

Reste à voir combien de temps la série pourra continuer à agiter des noms mythiques sans que l’effet de surprise ne se transforme en simple bruit de fond. Pour l’instant, on regarde, on suit, on soupèse. Et on se dit qu’à force de jouer avec les masques, Lanterns finira peut-être par nous montrer son vrai visage. Ou pas. Après tout, dans ce genre d’histoire, le plus dangereux n’est pas le monstre sacré qu’on attend : c’est celui qu’on croit déjà avoir identifié.

Bande-annonce VF de Lanterns

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