Alan Ritchson a quitté Titans sans faire de cinéma, et c’est presque plus intéressant que le départ lui-même : dans l’empire DC, les costumes s’envolent souvent parce que les colonnes Excel ont faim. Entre un Reacher qui l’a transformé en fantasme de casting pour Batman et un passé déjà bien chargé chez DC, l’acteur a fini par incarner une vérité toute bête du divertissement industriel : quand une série veut survivre, elle coupe dans le gras. Même si ce gras-là mesure 1m93 et porte des plumes.
Pour remettre les choses dans leur contexte, Titans arrive d’abord comme une série à gros appétit, lancée en 2018 sur la plateforme DC Universe avant de migrer vers HBO Max. Créée par Akiva Goldsman, Geoff Johns et Greg Berlanti, elle aligne les figures connues de l’écurie DC dans une version plus sombre, plus urbaine, plus “on va faire sérieux, promis”. Sauf que le sérieux a un coût, et les séries de super-héros ont vite appris à danser avec les budgets compressés, les castings trop larges et les arbitrages de production qui transforment un univers étendu en casse-tête comptable. Dans ce genre de machine, la fidélité aux personnages pèse souvent moins lourd que la taille du chèque.
Alan Ritchson, lui, n’était pas un inconnu dans la maison DC. Avant Hawk, il avait déjà passé par Smallville en Arthur Curry, futur Aquaman, et son physique de colosse avait tout du casting évident pour un héros qui cogne avant de philosopher. Dans Titans, Hawk forme avec Dove un duo pensé comme un équilibre moral autant que physique : l’un fonce, l’autre freine, et le couple dramatique se nourrit de cette tension. Le concept vient des comics créés en 1968 par Steve Ditko et Steve Skeates, avec cette idée maligne d’un “hawk” belliciste face à une “dove” pacificatrice. Dit comme ça, on dirait presque un pitch de département marketing qui a eu une bonne journée. Le problème, c’est qu’à l’écran, les bonnes idées doivent souvent survivre à la réalité du tournage.
Le costume, les plumes et la tronçonneuse budgétaire
Ritchson a expliqué à Entertainment Weekly en 2021 que son contrat initial ne portait que sur deux épisodes, avec en prime une possibilité de spin-off pour Hawk and Dove. Autrement dit, le personnage existait dès le départ dans une logique de test, de rampe de lancement, de petit pari maison. Puis la série a élargi son groupe, a densifié ses intrigues et a fini par resserrer la voilure en saison 3, notamment pour des raisons budgétaires. C’est là que Hawk a pris la porte, dans un contexte où la narration adaptait librement Batman: Under the Hood et où Jason Todd revenait d’entre les morts sous le masque de Red Hood. Il fallait faire de la place, et ce n’est jamais le plus glamour des super-pouvoirs.
Ce qui est savoureux, c’est que Ritchson n’a pas joué la diva vexée. Toujours dans Entertainment Weekly, il a estimé que la décision avait été prise pour le mieux, saluant une saison 3 plus resserrée, avec des intrigues mieux concentrées et une distribution allégée. Pas de plainte, pas de posture martyrisée, pas de grande scène de départ en slow motion sous la pluie. Le gars a compris le deal : dans les séries de super-héros, on peut être un fer de lance un jour et une variable d’ajustement le lendemain. Le costume ne garantit jamais la permanence, et c’est presque la règle d’or du genre.

De Titans à Reacher, le corps comme argument de casting
En réalité, le parcours de Ritchson raconte aussi une mutation du star system télévisuel. Sur Reacher, il incarne un justicier massif, méthodique, presque minéral, qui lui vaut depuis des années les fantasmes de fans le voyant déjà sous le masque de Batman. Le parallèle n’est pas idiot : Bruce Wayne, surtout dans certaines incarnations récentes comme Absolute Batman de Scott Snyder et Nick Dragotta, n’est plus seulement un détective élégant, mais une masse physique, un bloc de violence contenue. Ritchson coche la case sans forcer, et son passage par Hawk a servi de répétition générale à cette image de demi-dieu taillé pour encaisser, frapper et tenir le cadre.
Il y a là une petite ironie que l’équipe de la rédaction aime bien : plus Hollywood prétend renouveler ses héros, plus il revient à des archétypes très simples. Le grand, le massif, le taciturne, le type qui entre dans une pièce et fait baisser le volume. Ritchson a compris depuis longtemps que son corps n’est pas un détail de casting mais un langage. Dans Titans, il donnait à Hawk une présence presque trop évidente pour un rôle secondaire ; dans Reacher, il est devenu la preuve vivante que les studios aiment recycler les mêmes atouts, à condition de changer l’étiquette. À ce jeu-là, l’acteur n’a pas perdu un rôle : il a changé d’échelle.
Un départ, pas une défaite
Ce qui frappe, au fond, c’est la manière dont cette sortie raconte moins une frustration qu’une forme de lucidité. Ritchson ne s’est pas accroché à Hawk comme à une bouée de sauvetage, alors même qu’un spin-off avait été envisagé. Il a laissé le personnage vivre sa vie dans une série qui, de toute façon, cherchait sa propre identité au milieu du bazar DC. Et il a eu raison : dans un paysage saturé de franchises, savoir quitter la table avant que le plat ne refroidisse, ce n’est pas si bête. Surtout quand on sait que la vraie partie se joue ailleurs, dans les rôles qui transforment un acteur en phénomène durable.
Le plus drôle, c’est peut-être que son départ de Titans n’a pas fermé la porte DC. Il l’a juste déplacée. Entre les rumeurs de Batman, la mémoire de Smallville et ce goût persistant des studios pour les silhouettes qui imposent le respect avant même d’ouvrir la bouche, Alan Ritchson reste dans le cercle. Pas comme un figurant de luxe, mais comme une option sérieuse, presque trop logique pour être ignorée. Et dans cette industrie, la logique finit parfois par devenir la plus belle des anomalies. On parie qu’il n’a pas fini de voler au-dessus des toits de Gotham ?
Bande-annonce VF de Titans
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




