Le Père Noël peut bien distribuer des mandales, le vrai sujet de Violent Night 2 n’est pas là : Kelly McCormick rappelle qu’un bon film d’action tient d’abord par son nerf dramatique, pas par le bruit des impacts. Et franchement, ça fait du bien d’entendre ça à une époque où tant de blockbusters confondent encore la chorégraphie avec une séance de marteau-piqueur. La productrice, associée à David Leitch chez 87North, remet sur la table une vieille vérité que le cinéma américain aime parfois oublier quand il s’échauffe devant ses propres moyens : une baston sans enjeu, c’est du vide en costume de spectacle.
Pour situer le terrain, Violent Night de Tommy Wirkola, sorti en 2022, avait déjà vendu la couleur : David Harbour en Saint-Nicolas vénère, un home invasion de Noël, des cascades qui cognent et une ironie assez sale pour éviter le simple gadget. Le film, produit par 87North et Universal Pictures, a trouvé sa place dans la niche très rentable du film de genre qui assume son concept jusqu’au bout. La suite, Violent Night 2, est annoncée pour le 4 décembre 2026 en salles, avec le retour de Wirkola et de l’équipe de production menée par Leitch et McCormick. Autrement dit, on n’est pas dans l’exercice de style creux, mais dans une franchise qui tente de passer le flambeau du simple gimmick au vrai moteur émotionnel. Et ça, mine de rien, c’est le nerf de la guerre.
La thèse de McCormick est limpide : l’action n’est pas un supplément de spectacle, c’est une forme de mélodrame physique.
Des coups qui parlent, sinon rien
Ce que la productrice défend, c’est une idée presque classique, mais devenue subversive à force d’être négligée : un bon affrontement doit prolonger un conflit intérieur. Pas juste faire trembler l’écran. Chez 87North, cette logique n’a rien d’une posture théorique. David Leitch vient du monde des cascades, a travaillé sur Jason Bourne avant de signer John Wick en 2014, puis de produire ou superviser des titres comme Deadpool 2, Atomic Blonde ou les films Nobody. On parle d’un atelier où le corps n’est jamais décoratif. Le mouvement doit raconter la rage, la peur, la culpabilité, la survie. Bref, le personnage avant la pyrotechnie. Sans ça, l’action devient une succession de gestes qui s’oublient dès le plan suivant.
McCormick le formule sans fioritures : si le combat ne prolonge pas l’arc du personnage, il n’y a pas de lien avec le spectateur. Et là, on touche un vrai point de friction avec une partie du cinéma d’action américain contemporain, souvent obsédé par la surenchère technique, la multiplication des set-pieces et le fantasme du plan impossible. Le problème n’est pas le budget, ni même l’ampleur. On peut faire du grand spectacle avec beaucoup d’argent ou avec trois bouts de ficelle ; la question, c’est ce qu’on met dans les coups. Le cinéma d’action n’a pas besoin de plus de bruit, il a besoin de plus de chair.

Le grand cirque des muscles et des néons
Dans l’entretien relayé par /Film, McCormick prend aussi l’exemple des productions internationales, qu’elle juge souvent plus attentives à l’émotion préalable. C’est là que le parallèle avec le cinéma hongkongais ou certaines productions coréennes et indiennes devient intéressant : chez beaucoup de cinéastes d’Asie, la baston n’est pas une parenthèse, c’est une résolution dramatique. On se bat parce qu’on a perdu quelque chose, parce qu’on veut sauver quelqu’un, parce qu’on est déjà fissuré. Le geste est la conséquence, pas le programme marketing. Et quand ça marche, ça donne des films qui frappent d’autant plus fort qu’ils savent pourquoi ils frappent.
À l’inverse, l’obsession du spectaculaire pur peut produire ces films qui traversent la rétine sans laisser grand-chose derrière. On admire la mécanique, puis on sort avec le sentiment d’avoir assisté à une démonstration de salle de sport très chère. McCormick ne dit pas autre chose quand elle insiste sur la nécessité d’un arc émotionnel capable de soutenir l’action. C’est une position de productrice, donc de femme qui pense autant au montage qu’au pouls du récit. Et c’est aussi, au fond, une manière de rappeler qu’une franchise ne dure pas seulement parce qu’elle aligne les corps qui volent, mais parce qu’elle sait encore faire battre un cœur sous la carcasse. Sinon, on a juste une machine bien huilée. Et une machine, ça ne pleure pas.
Le Père Noël, ce demi-dieu en colère
Le cas de Violent Night est d’autant plus parlant que son concept aurait très bien pu se contenter d’un pitch rigolo et d’une poignée de scènes d’action. Au lieu de ça, le film a trouvé un équilibre entre la farce, la brutalité et une forme de mélancolie de Noël assez inattendue. David Harbour y joue un Santa fatigué, cabossé, presque désabusé, ce qui donne au personnage une épaisseur bienvenue. On n’est pas loin de ces figures de demi-dieux fatigués qui peuplent le cinéma de genre depuis des décennies : des types trop grands pour le monde, mais trop abîmés pour le dominer sans y laisser des plumes.
La suite devra donc répondre à une question assez simple, et pas si bête : comment faire monter la sauce sans perdre ce qui faisait la singularité du premier opus ? Si Violent Night 2 veut éviter le péché originel de la plupart des suites, il devra garder cette alliance entre l’absurde et le sensible. Le retour de Wirkola derrière la caméra et de 87North à la production laisse penser que le projet ne va pas se contenter d’empiler les cadavres en papier cadeau. On peut même espérer que le film pousse encore plus loin cette idée de Santa comme figure tragique et vénère, ce qui, avouons-le, est un programme autrement plus alléchant qu’un simple déluge de CGI. Le bon film d’action, au fond, c’est quand le poing arrive après la blessure.
Reste cette petite musique que McCormick fait entendre en creux : le cinéma américain d’action n’est pas à court de moyens, il est parfois à court d’émotion structurante. Ce n’est pas une condamnation, plutôt une alerte. Et si le Père Noël de David Harbour peut servir de rappel à l’ordre, alors tant mieux : il y a des leçons qu’on apprend mieux avec un crochet du droit qu’avec un PowerPoint. On verra bien, le 4 décembre 2026, si Violent Night 2 a retenu la phrase la plus simple de toutes : un coup n’a de valeur que s’il fait mal à quelqu’un qu’on aime un peu. Le reste, c’est du papier cadeau. Et le papier cadeau, ça brûle vite.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




