Le God of War de Prime Video a frôlé le péché originel avant même d’exister : son Kratos initial, Ryan Hurst, a dû quitter le navire après une blessure sur le tournage. Et voilà Dave Bautista qui débarque, massif, crédible, presque trop évident pour être honnête.

À Hollywood, les adaptations de jeux vidéo ont longtemps eu le charme d’un accident industriel. On a connu les bricolages, les contresens, les franchises qui se prennent les pieds dans leur propre lore, et puis soudain un projet qui semble comprendre ce qu’il manipule. God of War, jeu lancé en 2005 par Santa Monica Studio, n’est pas n’importe quelle licence : c’est une machine à fantasmes narratifs, un bloc de tragédie grecque emballé dans des combats au hachoir. La série Prime Video, elle, avance avec un sérieux qui tranche avec le folklore habituel du genre. Ronald D. Moore, l’homme qui a déjà remis Battlestar Galactica sur orbite, tient la barre. Et quand un tel nom s’occupe d’un dieu de la guerre, on commence à tendre l’oreille. Le projet a perdu du temps, mais il a peut-être gagné son visage.

La nouvelle venue de Slashfilm, reprise par Deadline, change la donne : Dave Bautista reprend le rôle de Kratos. Pas un choix de paresse, pas un cache-misère, plutôt une évidence de casting qui s’impose à la deuxième lecture. L’ex-catcheur a déjà prouvé qu’il savait faire autre chose que cogner dans le décor. Dans Blade Runner 2049 (2017), Knock at the Cabin (2023) ou Bushwick (2017), il a montré une présence plus nuancée que le simple colosse de service. Et c’est bien là que la série peut devenir intéressante : Kratos n’est pas seulement un tas de muscles avec une hache. C’est un père, un survivant, une plaie ouverte qui marche. Bautista n’arrive pas pour faire joli ; il arrive pour porter la douleur avec les biceps.

Le colosse et le fantôme

En apparence, le rôle semble écrit pour lui. Physique, voix grave, autorité naturelle, passé de lutteur, tout coche les cases du guerrier spartiate. Sauf que le piège serait de réduire Bautista à sa carrure, comme on l’a trop souvent fait avec les acteurs venus du catch. Or sa filmographie raconte autre chose : une capacité rare à laisser passer la fragilité sous la masse. C’est précisément ce que demande Kratos depuis le virage plus mélancolique de la saga vidéoludique, celle qui a déplacé le personnage du carnage pur vers une relation père-fils plus tendue qu’un câble de plateau. Atreus, ici incarné par Callum Vinson, n’est pas un accessoire émotionnel. Il est le contrechamp qui oblige Kratos à parler, à se retenir, à exister autrement que par la violence. Et ça, Bautista sait le jouer.

Le tournage doit reprendre à la mi-octobre, toujours selon Deadline, avec Frederick E.O. Toye de retour pour lancer les deux premiers épisodes, ceux qui avaient été amorcés avec Hurst avant d’être abandonnés. Ce détail dit beaucoup de la production : on ne repart pas de zéro par plaisir, on recolle les morceaux pour éviter que la série ne se transforme en chantier éternel. Dans l’industrie, le temps perdu coûte cher, et Prime Video n’a pas lancé un mastodonte pareil pour le laisser moisir dans les limbes du développement. Quand un projet de cette taille vacille, il lui faut un acteur qui rassure autant qu’il impressionne.

Moins de quips, plus de cicatrices

Autre valeur à surveiller : le ton. Avec Ronald D. Moore, on peut espérer une adaptation qui ne se contente pas de faire claquer des épées en CGI entre deux répliques de supermarché. Moore a déjà montré, sur Battlestar Galactica, qu’il savait transformer un matériau de genre en drame de haute tenue, sans renier le spectaculaire. God of War a justement tout pour lui offrir ce terrain-là : une quête funéraire, un père qui porte ses fautes comme une armure, un fils qui observe, apprend, conteste. Ce n’est pas juste une série d’action. C’est une histoire de transmission, de deuil, de rage domestiquée. Pas très vendeur sur un poster, mais diablement plus intéressant à l’écran.

Et puis il y a le sous-texte méta, celui qui fait sourire l’équipe de la rédaction en coin de bouche : Bautista, longtemps cantonné aux seconds rôles musclés, se retrouve enfin à l’endroit où son potentiel dramatique peut s’étaler sans qu’on le colle à un gag ou à une explosion toutes les huit minutes. On tient peut-être là son premier grand rôle de tête d’affiche vraiment pensé pour lui, pas juste greffé sur sa carrure. Le genre de passage de témoin qui peut transformer une bonne idée de casting en vraie série événement. Si Prime Video ne se tire pas une balle dans le pied, Kratos pourrait bien avoir trouvé son monstre sacré.

Reste la question qui fâche un peu, ou qui excite beaucoup selon l’humeur du jour : est-ce qu’on va enfin avoir une adaptation de jeu vidéo qui comprend que la fidélité n’est pas une copie carbone, mais une traduction de l’esprit ? Avec Bautista en Kratos, la réponse semble plus prometteuse qu’à l’habitude. Et franchement, après tant de faux départs, ça fait presque du bien de voir un dieu de la guerre revenir avec un visage qui a de la gueule.

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