Le DCU a beau aimer les grands signaux cosmiques, Lanterns joue une autre partition : celle d’un polar à hauteur d’homme, avec assez de liberté pour ne pas ressembler à un simple panneau publicitaire pour la suite. Et c’est précisément ce qui rend son avenir aussi excitant que bancal.
Dans le grand bazar des franchises modernes, où chaque série est soupçonnée d’exister pour vendre l’opus suivant, Lanterns a débarqué avec une promesse presque insolente : raconter une histoire qui tient debout toute seule. La série HBO, portée par Aaron Pierre et Kyle Chandler, s’inscrit dans le nouveau DC Universe piloté par James Gunn et Peter Safran, mais sans se vautrer dans la mécanique du raccord à tout prix. D’après les éléments rapportés par Jeremy Mathai dans Slashfilm le 20 août 2026, le showrunner Chris Mundy a déjà commencé à réfléchir à une éventuelle saison 2, en tandem avec Christopher Cantwell, annoncé comme futur co-showrunner. Sauf que, dans ce genre de machine industrielle, l’envie créative ne suffit jamais. Il faut du public, de l’audience, du bruit, bref : de quoi justifier qu’on remette le couvert.
Et là, on touche au nerf de la guerre : Lanterns peut bien avoir des idées, sa saison 2 dépendra surtout de la question la moins glamour du monde, celle que les plateformes adorent et que les auteurs détestent : est-ce que les gens en veulent vraiment ?
Le feu vert, ce vieux caprice du box office télévisuel
Chris Mundy l’a dit sans détour dans un entretien relayé par The Hollywood Reporter : l’équipe est déjà en train de dégrossir une architecture de saison 2, avec plusieurs semaines de travail sur la structure générale. On est donc loin du fantasme improvisé au coin d’un plateau. Mais le vrai juge de paix reste la réception du public. HBO Max, Casey Bloys, DC Studios, James Gunn, Peter Safran : tout ce petit monde peut bien discuter stratégie, le dernier mot appartient à la traction réelle de la série. En clair, si Lanterns ne transforme pas son accueil critique en fidélité concrète, la suite restera dans le tiroir. C’est moche, mais c’est comme ça. Dans l’écosystème des séries premium, l’amour du public vaut plus qu’un discours de lancement.
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est que Lanterns n’a pas été conçue comme un simple sas vers un autre projet. Mundy insiste sur le fait que la saison 1 a été pensée pour raconter son propre récit, avec une fin qui ne ressemble pas à un crochet de fin de bande-annonce géante. Et ça, dans le paysage des franchises, c’est presque devenu subversif. On parle bien d’un univers où la tentation du raccord permanent finit souvent par tirer une balle dans le pied de la narration. Ici, la série préfère poser ses personnages, ses tensions, sa texture, plutôt que d’aligner des clins d’œil pour comptables de la mythologie.

James Gunn en coulisses, ou le grand écart bien tenu
Autre point qui change la donne : la liberté laissée à l’équipe créative. Mundy explique que James Gunn était absorbé par Superman, ce qui a laissé aux scénaristes une marge de manœuvre bienvenue. Pas de micro-gestion étouffante, pas de note imposant un futur raccord obligatoire, pas de petit panneau clignotant disant « pensez à Man of Tomorrow ». Pour une série censée exister dans un univers partagé, c’est presque un luxe. Et un luxe malin, parce que cela évite que Lanterns ne devienne un simple appendice du grand récit DC.
Cette latitude explique sans doute pourquoi la série peut se permettre d’avancer à son rythme, avec une identité plus proche du thriller que du blockbuster déguisé. Tom King, Damon Lindelof et Chris Mundy ne viennent pas du même moule, mais leur association dessine une ligne assez claire : du caractère, du mystère, de la tension dramatique, et pas seulement des effets de manche. Le duo Aaron Pierre / Kyle Chandler, lui, semble apporter ce que beaucoup de séries de super-héros ratent encore : une vraie dynamique de jeu, pas juste deux têtes d’affiche posées sur un logo. Quand la chimie des acteurs tient la route, le reste du dispositif arrête de faire semblant.
Une suite, oui, mais pas en pilotage automatique
Le plus malin dans la déclaration de Mundy, c’est peut-être sa prudence. Il n’annonce pas une saison 2 comme une évidence industrielle ; il la conditionne à une vraie curiosité du public. Et il ajoute que, si suite il y a, elle devra raconter la même matière d’une manière légèrement différente, pour garder un sentiment de fraîcheur. Voilà qui change des franchises qui recyclent leur propre jus jusqu’à l’overdose. Ici, on sent encore une volonté de ne pas transformer le projet en franchise automatique, cette belle usine à répétition qui finit souvent par sentir le carton mouillé.
Reste que Lanterns arrive à un moment charnière pour le DCU. Le nouvel édifice doit prouver qu’il peut exister autrement que dans la promesse du grand chantier. Une série comme celle-ci peut devenir un fer de lance, ou au contraire un bon objet critique dont on parle beaucoup avant de l’oublier dès que les chiffres retombent. Pour l’instant, la balle est dans le camp des spectateurs, ce qui est toujours plus honnête que de faire semblant que tout est déjà écrit. La vraie question n’est donc pas seulement de savoir si Lanterns aura une saison 2, mais si le public veut encore d’une série de super-héros qui prend le temps de respirer.
Et ça, mine de rien, c’est peut-être la chose la plus risquée du projet. Pas les anneaux, pas les mythes, pas le DCU. Le risque, c’est de miser sur la patience. Dans une industrie qui adore les raccourcis, c’est presque un acte de foi. Ou une très belle façon de se faire rappeler que le feuilleton, au fond, reste un sport de résistance.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




