Avant de devenir Starlight dans The Boys, Erin Moriarty a fait ses premiers pas au cinéma dans The Watch, une comédie SF qui a surtout servi de rappel cruel : un bon casting ne sauve pas toujours un film mal né.

Sorti en 2012, le long métrage d’Akiva Schaffer arrive au moment où Hollywood adore encore empiler les têtes d’affiche comme on empile des cartes Pokémon rares : Ben Stiller, Vince Vaughn, Jonah Hill, Richard Ayoade, et au milieu de ce petit carnaval, Moriarty dans le rôle de Chelsea, la fille du personnage de Vaughn. À l’époque, elle sort d’un passage télévisé encore modeste, avec quelques épisodes de One Life to Live et une apparition dans Law & Order: SVU. Bref, rien qui annonce encore la future figure centrale d’une série devenue l’un des gros morceaux du paysage sériel des années 2010. Mais le cinéma adore les faux départs, et celui-ci a au moins le mérite d’être instructif.

Le film naît sous le titre Neighborhood Watch, avec un scénario initial signé Jared Stern, avant que Seth Rogen et Evan Goldberg ne viennent le retravailler. Sur le papier, l’idée coche plusieurs cases du blockbuster de studio de l’époque : une bande de potes, une banlieue tranquille, une menace extraterrestre, et une mécanique de comédie qui doit faire tenir ensemble le gag potache et le film d’invasion. Sauf que le timing, lui, a fait dérailler la machine. Le projet est rattrapé par le réel, rebaptisé, repoussé, puis lancé dans une période déjà encombrée par les Jeux olympiques et par la concurrence d’un mastodonte comme The Dark Knight Rises, qui écrase tout sur son passage. Quand le calendrier se met à jouer contre vous, même la poule aux œufs d’or peut finir en omelette froide.

Un premier rôle qui ne dit pas son nom

Pour Erin Moriarty, The Watch n’a rien d’un tremplin glorieux, mais tout d’un baptême du feu. Elle n’y porte pas le film, elle y circule, elle y existe, et c’est déjà beaucoup pour une actrice qui entre dans le grand bain sans le filet d’un rôle de prestige. Ce qui frappe rétrospectivement, c’est la manière dont Hollywood recycle les mêmes visages et les mêmes signatures d’écriture pour fabriquer des objets hybrides, mi-comédie mi-SF, souvent trop mous pour la satire, trop sages pour le délire. Seth Rogen et Evan Goldberg, déjà associés à une certaine idée de la camaraderie braillarde et du chaos contrôlé, apportent leur vernis, mais le film reste coincé entre plusieurs tonalités. Et on sait comment ça finit : un truc qui veut être tout à la fois et qui, au bout du compte, ne mord pas vraiment.

Le plus amusant, ou le plus triste selon l’humeur, c’est que l’objet porte en lui une petite ironie méta. La fiction parle d’un groupe d’hommes persuadés d’être les seuls à voir venir la menace ; le film, lui, semble persuadé que son casting suffit à fabriquer l’adhésion. Or le box-office mondial raconte une autre histoire : environ 68 millions de dollars de recettes pour un budget annoncé à 68 millions. Autrement dit, pas de marge, pas de triomphe, pas de quoi sabrer le champagne chez 20th Century Fox. À Hollywood, l’équilibre financier sans souffle, c’est souvent la version polie de l’échec.

Affiche de Voisins du troisième type
Affiche de Voisins du troisième type

Le réel, ce sale critique

En réalité, The Watch ne s’est pas seulement pris les pieds dans sa propre écriture. Le film a aussi été rattrapé par un contexte particulièrement sensible : le changement de titre intervient après la mort de Trayvon Martin, tué par un membre d’une véritable neighbourhood watch. Fox revoit alors sa copie, décale la sortie et tente de désamorcer l’association malheureuse. Le geste est compréhensible, évidemment, mais il n’efface ni la gêne ni le flottement autour du film. Ajoutez à cela un accueil critique très froid, avec un score famélique de 16 % sur Rotten Tomatoes, et vous obtenez un long métrage condamné à vivre dans les marges de la filmographie de ses interprètes.

Ce qui n’empêche pas la trajectoire d’Erin Moriarty d’être, elle, parfaitement lisible après coup. Elle passe ensuite par True Detective saison 1, Jessica Jones, The Kings of Summer, Captain Fantastic, avant d’atterrir dans The Boys en 2019, là où elle devient enfin un visage central, identifié, attendu. C’est presque une petite leçon de carrière à l’ancienne : un premier film raté ne dit rien d’un avenir, mais il révèle souvent le chaos du système qui l’a fabriqué. Le cinéma adore les débuts fracassés ; il aime encore plus les réhabilitations discrètes.

De la banlieue aux super-héros, même combat

Il y a d’ailleurs un joli parallèle à tirer entre The Watch et The Boys, même si l’un n’a évidemment pas la tenue de l’autre. Dans les deux cas, on parle d’un groupe de marginaux, d’une communauté dysfonctionnelle, d’une menace qui déborde la simple farce. Sauf que chez Akiva Schaffer, tout reste à l’état de promesse brouillonne, alors que chez Erik Kripke, la satire trouve enfin sa cible et son nerf. Moriarty, elle, traverse ces deux mondes en changeant d’échelle : figurante de luxe dans un faux départ de studio, puis pièce maîtresse d’une série qui a compris comment faire exploser le mythe du héros propre sur lui.

On peut donc regarder The Watch comme une curiosité de carrière, mais aussi comme un symptôme. Celui d’une époque où les studios voulaient encore croire qu’un concept, quatre stars et deux scénaristes bankables suffisaient à fabriquer une machine rentable. Spoiler : non. Pas quand le film arrive au mauvais moment, pas quand le réel vous saute à la gorge, pas quand le public a déjà les yeux tournés ailleurs. Le flop, ici, n’est pas un accident isolé ; c’est un petit cours de cinéma industriel, version sans fard.

Et puis, soyons honnêtes : voir aujourd’hui Erin Moriarty associée à ce galop d’essai raté ajoute une couche de charme rétrospectif. Non pas parce que le film serait soudain meilleur, loin de là, mais parce qu’il rappelle qu’avant les rôles qui installent une carrière, il y a souvent des passages bancals, des essais, des objets bancals qu’on regarde avec un mélange de tendresse et de gêne. C’est aussi ça, le cinéma de studio : une fabrique à trajectoires imprévisibles. Et parfois, le plus intéressant n’est pas le film lui-même, mais la manière dont il laisse filer quelqu’un vers autre chose. Ici, vers beaucoup mieux. Et franchement, tant mieux pour elle.

Bande-annonce VF de Voisins du troisième type

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