Vingt ans après avoir transformé Springfield en machine à cash de cinéma, The Simpsons reviennent avec un sequel qui sent le pari malin et le piège à nostalgie. Disney a levé un coin du voile à D23, et on a déjà Homer lancé dans une course absurde comme seul Matt Groening sait en fabriquer.
Pour situer l’affaire, The Simpsons Movie avait débarqué en 2007, sous la houlette de David Silverman, et avait encaissé 536 millions de dollars dans le monde, selon les chiffres de box-office largement relayés depuis sa sortie. À l’époque, la série restait un monstre sacré de la culture pop, encore au centre du jeu télévisuel américain, avant que le streaming, l’érosion de l’audience linéaire et la multiplication des franchises animées ne viennent brouiller les cartes. Depuis, Fox a prolongé la série jusqu’à la saison 40, ce qui dit assez bien la logique industrielle du truc : on ne tue pas une poule aux œufs d’or, on la nourrit jusqu’à ce qu’elle recommence à pondre. Ou au moins à faire semblant.
Disney a donc présenté à D23 un premier aperçu de The New Simpsons Movie, titre officiel du sequel, attendu en salles le 2 septembre 2027. Dana Walden, présidente de Disney Entertainment, n’a pas déroulé le tapis rouge des révélations, mais a montré une séquence encore très brute, centrée sur Homer. Et là, on est en terrain connu : Homer au stade, Homer qui court après une balle de baseball, Homer qui traverse les toilettes, les loges, la rue, le bar de Moe, puis la Duff Beer Factory, avant de finir projeté vers Bart. C’est du slapstick en roue libre, du grand n’importe quoi cartoonesque, et c’est précisément ce qu’on espère d’un film Simpsons un peu digne de ce nom.
Homer contre le monde, ou l’art de courir après une balle
Le morceau de bravoure montré à D23 dit déjà quelque chose du projet. Pas de grand discours sur le multivers, pas de cynisme méta à la sauce franchise fatiguée, juste une longue poursuite burlesque où chaque décor de Springfield devient un trampoline narratif. Le baseball, la bière, le stade, le bowling, le bar, les tanks de Duff : tout y passe, comme si le film voulait rappeler que la série a toujours été une cartographie comique de l’Amérique moyenne, avec ses rituels, ses addictions et ses petites humiliations. Quand The Simpsons fonctionne, c’est comme ça : une mécanique de chaos parfaitement huilée.
Ce premier extrait a aussi une vertu très simple : il rassure. Depuis des années, on entend que la série a perdu de sa verve, que ses meilleurs jours sont derrière elle, que le génie acide des saisons 3 à 8 appartient au musée. Pas faux, mais un peu paresseux aussi. Le cinéma a toujours adoré les retours de flamme, surtout quand ils permettent de rejouer un âge d’or supposé. Ici, le studio semble parier sur une forme de mémoire affective : on ne vend pas seulement un film, on vend l’idée qu’Homer peut encore faire dérailler la machine. Et franchement, ce n’est pas complètement idiot.
Le retour du gag, ou comment relancer la vieille machine
À ce stade, le vrai sujet n’est pas seulement la séquence montrée, mais la place qu’occupe encore The Simpsons dans l’économie du divertissement. En 2007, le premier film arrivait dans un paysage où la série restait omniprésente. En 2026, le contexte est plus rude : les plateformes ont fragmenté l’attention, les salles vivent sous tension, et l’animation télévisée n’a plus le même statut hégémonique. Le sequel doit donc faire mieux qu’un simple clin d’œil aux fans. Il doit redevenir un événement. Sinon, il risque d’être un joli morceau de nostalgie qui fait sourire les convaincus et bâille le reste du monde.
Le parallèle avec The Bob’s Burgers Movie est éclairant. Sorti en 2022, le film a plafonné à 34 millions de dollars dans le monde, bien loin des standards d’un vrai phénomène de salle. Rien d’étonnant : entre la concurrence des mastodontes, les habitudes de consommation changées et la fenêtre de diffusion devenue un champ de mines, les adaptations de séries animées n’ont plus le boulevard d’autrefois. The New Simpsons Movie arrive donc avec une pression particulière. Pas besoin de battre des records pour exister, mais il faudra plus qu’une bonne blague de stade pour justifier le voyage.
Springfield, ce vieux terrain de jeu qui refuse de mourir
Ce qui reste fascinant, c’est la capacité de The Simpsons à survivre à ses propres funérailles critiques. À chaque décennie, on les enterre, et à chaque décennie ils reviennent avec une nouvelle variation sur la famille dysfonctionnelle, le capitalisme de province et la bêtise américaine en costume jaune. Le film de 2027, s’il veut compter, devra retrouver cette ironie-là : pas seulement empiler les gags, mais faire sentir que Springfield est encore un miroir tordu du pays. C’est là que le projet peut devenir plus qu’un simple produit dérivé. Le vrai test, ce n’est pas la blague, c’est la persistance du regard.
Et puis il y a le détail qui fait sourire : le titre lui-même, The New Simpsons Movie, a ce petit parfum de fausse modestie presque insolent. Comme si Disney disait, en substance, “oui, on recommence, et alors ?”. Après tout, pourquoi faire compliqué quand on peut remettre Homer au centre du manège, lui coller une balle de baseball dans les pattes et laisser Springfield faire le reste ? On a vu pire comme programme. De très loin. Le 2 septembre 2027, on saura si le vieux moteur ronronne encore ou s’il tousse un peu trop fort.
En attendant, une chose est sûre : Homer n’a pas fini de courir. Et nous, on n’a pas fini de le regarder se prendre les murs.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




