Marvel a sorti le grand jeu à San Diego, et Ryan Coogler a choisi David Jonsson pour reprendre le flambeau de T’Challa dans Black Panther 3. Pas exactement un pari de confort : plutôt le genre de casting qui dit “on veut un acteur, pas une simple silhouette en costume”.
Pour situer l’affaire, le panel Marvel du Comic-Con de San Diego, le 25 juillet 2026, a officialisé ce que beaucoup attendaient depuis Black Panther: Wakanda Forever (2022) : le troisième opus sortira le 15 décembre 2028 et David Jonsson y incarnera le nouveau T’Challa, héritier du trône wakandais. Le contexte, lui, reste chargé d’histoire et de deuil. Chadwick Boseman, qui avait imposé le personnage dans Black Panther (2018), est mort en août 2020 des suites d’un cancer du côlon, et Wakanda Forever avait transformé l’absence en matière dramatique. Dans ce paysage, Coogler, auréolé du succès de Sinners et de son Oscar du meilleur scénario original, ne va pas chercher un simple remplaçant : il mise sur un visage encore relativement neuf pour le grand public Marvel, mais déjà très solide sur le terrain du jeu. Et ça, chez NRmagazine, on appelle un casting qui a des idées.
Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas “qui est David Jonsson ?” mais “pourquoi lui, et pourquoi maintenant ?”
Un visage, plusieurs registres, zéro graisse
En apparence, Jonsson n’a pas encore la filmographie d’un demi-dieu hollywoodien. En réalité, c’est précisément ce qui rend sa trajectoire intéressante : il a déjà traversé plusieurs genres sans se faire avaler par aucun. Dans Rye Lane (2023), Raine Allen-Miller lui donne un rôle de romantique cabossé, tendre et drôle, loin des archétypes de comédie sentimentale en pilotage automatique. Le film, qui se déroule sur une journée dans le sud de Londres, repose sur l’alchimie entre Jonsson et Vivian Oparah ; lui y compose un Dom à la fois blessé et léger, un mec qui a pris des coups mais n’a pas encore perdu sa capacité à sourire. C’est exactement le genre de présence qui évite la pose. Pas de surjeu, pas de grand numéro, juste du rythme et du relief. Bref, il sait déjà porter un film sans faire le mariole.
Quand la SF lui colle à la peau
Autre valeur sûre : Alien: Romulus (2024), de Fede Álvarez, septième film d’une franchise qui n’a jamais cessé de recycler ses cauchemars avec plus ou moins d’élégance. Jonsson y joue Andy, un androïde lié à Rain Carradine, incarnée par Cailee Spaeny. Et là, l’acteur fait quelque chose de très malin : il ne joue pas “le robot” comme un concept, il joue une conscience fissurée, un être programmé qui découvre ses propres limites. Dans une saga où les corps sont souvent réduits à de la viande pour xénomorphe, il apporte une fragilité presque émouvante. On comprend vite pourquoi Coogler a pu se dire qu’il tenait là un interprète capable d’habiter un mythe sans s’y dissoudre. Le costume peut attendre, le regard, lui, est déjà là.

La prison, le sang-froid et les angles morts
Avec Wasteman (2025), Cal McMau lui offre un terrain plus rugueux encore. Jonsson y incarne Taylor, un homme sorti du rail depuis longtemps, coincé entre une possible libération et l’arrivée d’un nouveau codétenu, joué par Tom Blyth. Le film, centré sur la tension entre ces deux présences, permet à Jonsson de travailler une matière plus sèche, plus intériorisée. Ce qui frappe, c’est la dimension presque biographique du rôle : dans un entretien accordé à The Telegraph en février 2026, l’acteur expliquait qu’il avait grandi à Londres avec une mère policière et qu’il avait vu de près ce que pouvaient être la prison et l’addiction. On ne va pas faire semblant de découvrir que les grands rôles naissent souvent d’une zone de friction entre vécu et fiction ; ici, la friction est nette, et ça s’entend dans le jeu. Quand l’acteur sait de quoi il parle, le film gagne deux crans d’intensité.
Marcher ou mourir : le test de la durée
Dans The Long Walk (2025), adaptation de Stephen King signée Francis Lawrence, Jonsson change encore de tempo. Le film imagine une dystopie où des adolescents doivent maintenir une cadence précise sous peine d’être exécutés. Pas franchement un programme de détente. Jonsson y campe Pete McVries, figure de camaraderie et de résistance morale, face à Raymond “Ray” Garrety, joué par Cooper Hoffman. Là encore, il ne cherche pas l’effet spectaculaire ; il travaille la solidarité, l’endurance, la fatigue, tout ce qui fait qu’un personnage devient un point d’ancrage quand le récit s’effondre autour de lui. Et dans une adaptation de King, ce n’est pas rien : il faut exister sans voler la place au dispositif. Il tient la route, et pas qu’un peu.
Industry : la finance, le masque et le venin
Avant tout ça, il y a eu Industry, série HBO-BBC Two créée par Mickey Down et Konrad Kay, deux anciens banquiers qui connaissent visiblement mieux les couloirs de Pierpoint & Co. que la plupart des scénaristes ne connaissent leur propre cuisine. Jonsson y incarnait Augustus “Gus” Sackey, diplômé d’Eton et d’Oxford, plongé dans une arène financière ultra-compétitive, hyper-masculine, et pas franchement conçue pour les âmes tranquilles. Le personnage, queer, brillant, souvent en porte-à-faux, donnait à Jonsson une première vraie matière sérielle de long cours. Il y montrait déjà ce mélange rare de contrôle et de faille, de distinction et de vulnérabilité. Deux saisons plus tard, il a quitté la série sans drame apparent, en cherchant simplement à élargir sa palette. Ce n’est pas un détail : c’est la marque d’un acteur qui pense en filmographie, pas en simple exposition. Il veut un corps de travail, pas une carte de visite.
Et c’est là que Black Panther 3 devient plus qu’un passage de témoin. Coogler ne recrute pas une star installée, il choisit un acteur dont la carrière raconte déjà une idée du cinéma : l’endurance, la nuance, la mobilité entre les genres. On peut toujours fantasmer le poids symbolique du trône wakandais, la question de l’héritage, le retour d’un nom mythique ; mais au bout du compte, ce qui comptera, c’est la chair. Jonsson a déjà prouvé qu’il savait la donner. Reste à voir si Marvel saura la laisser respirer, ce qui, avouons-le, n’est pas gagné d’avance.
En attendant décembre 2028, on a donc mieux à faire que spéculer sur un costume : on peut regarder les films et la série qui ont fabriqué cet acteur-là, celui qui arrive avec des épaules, du fond et une vraie présence. Et ça, dans une machine à fantasmes comme Marvel, c’est presque une petite révolution.
Bande-annonce VF de Black Panther
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




