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    Nrmagazine » The Odyssey de Christopher Nolan : quelle chanson ferme le générique ?
    Blog Entertainment 16 juillet 20265 Minutes de Lecture

    The Odyssey de Christopher Nolan : quelle chanson ferme le générique ?

    Un final très moderne pour une épopée antique, avec Ludwig Göransson, Travis Scott et un petit pied de nez au temps qui passe
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    Christopher Nolan adore les paris qui sentent le soufre, et The Odyssey ne fait pas exception : après avoir bricolé Homère à coups d’IMAX, voilà qu’il termine son épopée antique sur une chanson bien contemporaine. Oui, on parle d’un générique de fin qui a l’air d’avoir débarqué d’un autre siècle. Et c’est précisément là que ça devient intéressant.

    Le film, attendu comme un mastodonte de la mise en scène, s’inscrit dans cette logique très nolanienne de grand écart entre la matière mythique et l’obsession du concret. D’un côté, Homère, les dieux, les monstres, les serments et la mer qui vous avale. De l’autre, un cinéaste qui aime tant les structures rigoureuses qu’il finit par faire dialoguer l’archaïque avec le plus actuel des langages pop. Selon la source de /Film, la chanson entendue au générique s’intitule When I’m Home, une collaboration entre Ludwig Göransson et Travis Scott. Pas exactement le chant des sirènes, mais presque : le genre de choix qui fait froncer les sourcils avant de paraître évident une fois le film terminé.

    Et au fond, ce n’est pas un caprice de post-production : c’est un geste de mise en récit, une manière de rappeler que les mythes survivent parce qu’on les réinvente sans cesse.

    Du rhapsode au rappeur, il n’y a qu’un pas

    Le détail le plus savoureux, dans cette histoire, ce n’est même pas la chanson elle-même. C’est la présence de Travis Scott à l’écran. D’après /Film, le rappeur incarne un barde qui intervient dès le début du film auprès des prétendants massés dans la salle d’Ulysse. Autrement dit, Nolan ne se contente pas d’offrir un morceau moderne en sortie de séance ; il intègre aussi l’artiste dans la mécanique du récit, comme une passerelle entre l’oralité antique et la culture musicale contemporaine. Pas idiot, le bonhomme.

    Christopher Nolan a d’ailleurs expliqué à Time, selon la source, qu’il avait choisi Travis Scott pour faire un clin d’œil à l’idée d’une histoire transmise par la poésie orale, analogue au rap. Là, on tient le cœur du truc : non pas un anachronisme décoratif, mais une façon de faire résonner Homère avec une forme de narration née de la performance, du rythme et de la mémoire collective. On peut trouver l’idée un peu démonstrative, bien sûr. Mais on peut aussi y voir une vraie intelligence de cinéaste, celui qui sait que les mythes ne vivent pas dans les musées. Ils circulent. Ils mutent. Ils se réinventent. Et parfois, ils finissent en featuring.

    Affiche de L'Odyssée
    Affiche de L'Odyssée

    Göransson, Scott et le goût du générique qui déborde

    Ce n’est pas la première fois que Ludwig Göransson et Travis Scott se croisent sur la ligne d’arrivée d’un film de Nolan. Les deux avaient déjà collaboré sur The Plan, morceau entendu au générique de fin de Tenet en 2020. Cette continuité n’a rien d’anecdotique : elle dit quelque chose de la manière dont Nolan pense ses fins de film. Chez lui, le générique n’est pas un sas de décompression. C’est une dernière secousse, un prolongement du film par d’autres moyens, presque une signature supplémentaire. On sort rarement d’un Nolan comme on sort d’un film de studio lambda ; on en ressort avec le cerveau encore en train de ramer.

    Dans le cas de The Odyssey, ce choix prend une valeur presque théorique. Le film raconte une histoire fondatrice de la littérature occidentale, mais il la fait passer par une chaîne de transmission qui va du chant au rap, de la récitation à la bande originale, de l’épopée à l’IMAX. Le cinéma de Nolan adore ce genre de télescopage, lui qui a toujours eu un faible pour les récits où la forme finit par commenter le fond. Ici, le générique ne dit pas seulement « le film est fini ». Il dit aussi : l’histoire continue ailleurs, dans d’autres voix, d’autres rythmes, d’autres corps. Bref, Homère n’est pas mort, il a juste changé de sono.

    Le pari Nolan : antique, moderne, et un peu insolent

    La source rappelle aussi que le film a déjà suscité son lot de débats, entre les choix de langue, les costumes et la crainte d’un excès de fidélité ou, au contraire, d’un trop grand écart avec la matière originelle. C’est le lot de tous les grands films mythologiques quand ils sont confiés à un cinéaste qui refuse la poussière de musée. Nolan, lui, semble avoir choisi la voie la plus risquée et la plus cohérente : garder les dieux, garder les monstres, mais refuser de traiter le mythe comme une relique. Le générique avec Travis Scott s’inscrit exactement dans cette logique. Ça peut agacer les gardiens du temple. Ça peut aussi donner au film une énergie de contrebande qui lui va très bien.

    Reste que ce choix dit quelque chose de plus large sur l’état du cinéma de studio en 2026 : pour faire événement, il faut désormais que le blockbuster soit à la fois une machine à spectacle, une proposition d’auteur et un objet de conversation. Nolan a compris depuis longtemps comment tenir ces trois bouts sans tout faire exploser. Avec The Odyssey, il pousse encore le bouchon un peu plus loin, en transformant une chanson de fin en déclaration d’intention. Le film ne se contente pas de raconter un mythe : il montre comment un mythe voyage jusqu’à nous, et pourquoi il continue de faire du bruit.

    Alors oui, on pourra toujours chipoter sur le côté anachronique du morceau final. Mais franchement, après un voyage pareil, finir sur une chanson de Ludwig Göransson et Travis Scott, ce n’est pas un caprice. C’est une pirouette de géant. Et chez Nolan, les pirouettes ont souvent la taille d’un empire.

    Bande-annonce VF de L'Odyssée

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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