Après le carton de Project Hail Mary au box-office, Andy Weir n’a pas seulement gagné du temps de cerveau disponible chez les studios : il a aussi transformé son prochain livre en petit objet de convoitise. Et cette fois, le romancier de la techno-solution pourrait plonger dans le sujet qui fait tousser Hollywood : l’intelligence artificielle.
Pour remettre les pendules à l’heure, Weir n’est pas un nouveau venu qu’on découvre entre deux adaptations opportunistes. The Martian a ouvert la voie en 2011, avant de devenir en 2015 un long métrage signé Ridley Scott avec Matt Damon, puis Artemis a tenté en 2017 de lancer autre chose qu’une simple suite spirituelle. Entre-temps, Project Hail Mary a débarqué en librairie en 2021 avant de connaître, en mars 2026, une adaptation qui a dominé le box-office et remis son auteur au centre du jeu. D’après la source, Weir a profité de cette visibilité retrouvée pour confirmer qu’il travaillait sur un nouveau roman autonome, sans lien direct avec ses précédents opus. Et le cœur du sujet semble clair : l’IA y tiendra une place importante.
Le timing n’a rien d’anodin. Depuis quelques années, l’intelligence artificielle s’est installée au milieu du débat public comme un monstre sacré mal coiffé : un jour promesse de productivité, le lendemain machine à fantasmes et à angoisses. Dans ce contexte, un auteur comme Weir, ancien programmeur passé par Blizzard et Warcraft II: Tides of Darkness, arrive avec un bagage technique qui change la donne. Il ne parle pas de code comme un scénariste qui aurait lu un thread LinkedIn dans le RER. Il sait comment ça tourne, et ça s’entend dans sa manière d’aborder la science-fiction.
Le vrai sujet, au fond, n’est donc pas seulement le prochain livre d’Andy Weir : c’est de savoir s’il va écrire un roman d’anticipation lucide ou une nouvelle ode au progrès qui se prend les pieds dans le tapis.
Le club des ingénieurs qui écrivent mieux que les prophètes
Chez Weir, la science-fiction n’a jamais eu vocation à faire de la fumée autour d’un concept creux. Son truc, c’est le détail concret, la mécanique crédible, le petit caillou technique qui donne à l’ensemble une densité presque tactile. C’est ce qui a fait la force de The Martian, et c’est aussi ce qui explique pourquoi Project Hail Mary a pu séduire un public bien plus large que le cercle des lecteurs de SF pure et dure. On n’est pas dans la pose, on est dans la démonstration par l’ingénierie. Pas très glamour ? Peut-être. Mais diablement efficace.
Dans un entretien accordé en 2024 au site de la National Academy of Engineering, l’écrivain expliquait que l’IA jouerait un rôle important dans son prochain livre, tout en précisant qu’il ne comptait pas raconter une romance entre robots. Le commentaire vaut ce qu’il vaut, mais il dit déjà quelque chose du projet : Weir veut rester du côté de la science appliquée, pas du conte moral. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes, parce qu’on voit bien le piège. À force de vouloir défendre la technologie, il pourrait finir par écrire une fable un peu trop docile. Le péché originel du techno-optimisme, c’est de croire qu’un outil n’a jamais de politique.

Pas de suite, pas de clone, pas de raccourci
Autre donnée importante : selon ses propos rapportés en 2026 par ScreenRant, Weir travaille sur une histoire originale, sans suite à Project Hail Mary. Et il a également indiqué ne pas avoir, pour l’instant, d’idée assez solide pour prolonger ce roman-là. Ce n’est pas un détail. Dans une industrie obsédée par les franchises, les spin-offs et les univers étendus, le romancier choisit pour l’instant la table rase. Enfin, façon de parler : Weir reste bien dans son couloir, celui du roman de science-fiction autonome qui peut ensuite servir de carburant à Hollywood, si les planètes s’alignent.
On voit très bien pourquoi les studios gardent un œil dessus. Après The Martian et Project Hail Mary, chaque nouveau texte de Weir ressemble à une poule aux œufs d’or potentielle. Il a ce mélange rare entre rigueur scientifique, accessibilité narrative et potentiel d’adaptation qui fait saliver les producteurs. Et si son prochain livre parle d’IA, on imagine déjà les discussions en post-production, les débats sur la fenêtre de diffusion, les calculs de budget marketing et les petites sueurs froides des départements développement. Hollywood adore les idées neuves, surtout quand elles peuvent être vendues comme des idées neuves sans trop bousculer la machine. C’est son sport préféré, après tout.
Le futur selon Weir : lumière ou écran bleu ?
Le point qui fâche, ou qui au minimum mérite qu’on tende l’oreille, c’est la vision de l’auteur sur la technologie. Weir a déjà dit à plusieurs reprises que la SF contemporaine manquait d’optimisme, et il a critiqué Black Mirror pour son regard jugé trop méfiant envers les outils numériques. Là, on touche à une ligne de fracture très nette : d’un côté, la tradition du récit d’avertissement ; de l’autre, une foi presque ingénieuriale dans le progrès. Ce n’est pas seulement une querelle de ton, c’est une bataille de représentation.
Alors, son prochain roman sera-t-il un plaidoyer déguisé pour l’IA, ou un récit plus nuancé, capable de montrer à la fois l’élégance du système et le bazar qu’il peut produire ? À ce stade, impossible de trancher. Mais on peut déjà parier que l’auteur ne va pas se contenter de coller un chatbot au milieu d’une intrigue pour faire moderne. Ce serait trop facile, et franchement, trop bête. Chez Andy Weir, l’IA ne devrait pas être un gadget : elle a vocation à devenir un vrai moteur dramatique, avec tout ce que ça implique de vertige, de friction et de mauvaise foi technologique.
Ce qui rend l’affaire plus piquante encore, c’est que le romancier arrive à un moment où la fiction de l’IA a cessé d’être une abstraction. Entre les voix synthétiques, les images générées et les fantasmes de remplacement industriel, la réalité a déjà rattrapé pas mal de récits de SF. Du coup, la question n’est plus seulement de savoir si Weir va écrire sur l’IA, mais s’il va réussir à la faire exister autrement que comme un mot-clé de plus dans la grande loterie du futur. Et ça, pour le coup, on a envie de le lire avant que l’adaptation ne vienne tout lisser. Parce que le cinéma adore passer le flambeau. Le problème, c’est qu’il le fait parfois en oubliant d’allumer la mèche.
Bande-annonce VF de Projet Dernière Chance
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




