Disney a dégainé sa petite liste de survie Marvel avant Avengers: Doomsday : quinze titres, pas un de moins, pour tenter de remettre un peu d’ordre dans un multivers qui ressemble désormais à un tiroir à câbles. On y trouve des classiques du MCU, des mutants Fox et une série clé, preuve que la saga a tellement grossi qu’elle a fini par se regarder elle-même dans le miroir.
Depuis Avengers: Infinity War et Avengers: Endgame de Anthony et Joe Russo, sortis en 2018 et 2019, Marvel Studios vit sur le capital d’un double sommet qui a avalé l’ancienne ère du MCU. Le studio a ensuite empilé les films et les séries Disney+ à un rythme qui a parfois relevé du réflexe pavlovien plus que de la grande architecture mythologique. Résultat : en 2026, pour préparer Avengers: Doomsday, Disney ne vend plus seulement un film, mais un parcours d’obstacles narratif. Quinze œuvres à revoir, c’est déjà un sacré menu. Et encore, on a visiblement fait le tri dans le buffet (pas sûr que tout le monde ait envie de reprendre du Secret Invasion au petit déjeuner).
Le vrai sujet, ce n’est pas la liste elle-même : c’est le message qu’elle envoie sur l’état de santé du MCU, entre reprise en main, nostalgie et panique organisée.
Le grand tri dans la soupe multiverselle
Dans cette sélection, Disney retient des piliers évidents comme Captain America: The First Avenger, The Avengers, Infinity War, Endgame, Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou encore Spider-Man: No Way Home. À côté, le studio ajoute des titres plus récents et stratégiques : Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings, Black Panther: Wakanda Forever, Thunderbolts et The Fantastic Four: First Steps. Sans oublier l’apport des séries avec Loki, devenue la vraie charnière du bazar temporel. Le choix n’a rien d’innocent : on parle ici des œuvres qui posent les règles du multivers, les équipes appelées à se croiser, et les personnages qui doivent tenir la baraque quand le récit part en vrille.
Ce qui saute aussi aux yeux, c’est l’absence de plusieurs projets pourtant estampillés Marvel Studios. Secret Invasion n’apparaît pas, pas plus que The Marvels, dont le box office a fait grincer des dents à la maison mère. Moon Knight et Daredevil: Born Again restent à quai. Disney ne les jette pas officiellement par-dessus bord, mais le sous-texte est limpide : pour vendre Doomsday, on préfère les pièces qui tiennent encore la route, pas les cailloux dans la chaussure. Le MCU fait donc son propre ménage, et ce n’est pas exactement un geste de confiance béat.
Mutants, Avengers et autres joyeux colocataires
La vraie gourmandise de Avengers: Doomsday, c’est l’empilement des équipes. On y retrouvera les X-Men de l’ère Fox, avec des figures comme Nightcrawler, Beast ou Gambit, mais aussi les Avengers historiques encore en circulation, la relève incarnée par Sam Wilson, les Wakandans, les New Avengers de Thunderbolts et les Fantastic Four. C’est le genre de casting qui fait plaisir sur le papier et qui, en pratique, oblige le film à jongler avec des décennies de continuité, de recasting et de fan service calibré au millimètre. On n’est plus dans la simple réunion de super-héros : on est dans la fusion-acquisition.

Et puis il y a le cas Robert Downey Jr., revenu sous les traits de Doctor Doom après avoir été le visage de Tony Stark pendant toute la montée en puissance du MCU. Là, Marvel joue une carte méta d’une élégance presque insolente : reprendre le demi-dieu fondateur pour le transformer en monstre sacré de la menace. C’est malin, évidemment. C’est aussi un aveu : quand une saga s’épuise, elle ressort ses totems, les repeint, et espère que la nostalgie fera le boulot. Le recyclage, chez Marvel, est devenu une méthode de production autant qu’une esthétique.
Loki, la vraie boussole du bordel
Si un seul titre devait servir de mode d’emploi avant Doomsday, ce serait bien Loki. La série a posé la Time Variance Authority, les lignes temporelles, les variantes et tout l’arsenal conceptuel qui permet aujourd’hui au MCU de justifier ses contorsions. La saison 1 a installé le chaos bureaucratique du temps ; la saison 2 a poussé le sujet jusqu’à l’absurde cosmique, tout en préparant la sortie de route de Kang. C’est là que le studio a trouvé une porte de sortie élégante à un antagoniste devenu encombrant, après le départ de Jonathan Majors du centre du jeu.
Autrement dit, Loki n’est pas juste une série à voir avant un film. C’est la charnière qui explique pourquoi le MCU a pu pivoter, réécrire sa feuille de route et remettre Robert Downey Jr. au centre du dispositif. À ce stade, on ne regarde plus seulement des œuvres : on observe une franchise qui tente de se sauver elle-même en direct. Et franchement, c’est presque plus intéressant que les poings dans la gueule interdimensionnels.
Le retour des anciens pour mieux vendre le futur
Ce que Disney fabrique avec cette liste, c’est une passerelle entre les vieux succès et la prochaine phase commerciale. Avengers: Doomsday, attendu en salles le 18 décembre 2026, doit relancer la machine après une période où le MCU a parfois donné l’impression de tourner à vide, entre surcharge de contenus et dispersion des enjeux. En rappelant X-Men et X2, le studio signale aussi son envie de capitaliser sur l’héritage Fox, désormais absorbé dans le grand corps Marvel. Les mutants ne sont plus des invités : ils deviennent des pièces maîtresses du puzzle.
On comprend alors la logique du tri : Disney ne veut pas qu’on révise tout Marvel, seulement ce qui peut encore servir de carburant narratif et émotionnel. Le reste ? Au placard, ou presque. C’est brutal, un peu cynique, mais diablement cohérent. Après tout, une saga de cette taille ne tient pas par la pure inspiration : elle tient par la gestion des actifs, la mémoire des spectateurs et la promesse qu’un prochain crossover remettra tout le monde d’accord. Reste à savoir si Doomsday sera le grand rassemblement attendu ou juste un très beau tableau Excel avec des capes.
En attendant, Disney a déjà fait le plus dur : nous rappeler qu’avant d’aller voir mourir ou renaître un univers, il faut parfois réviser ses classiques. Et dans le MCU, les classiques, maintenant, tiennent sur quinze titres. C’est dire si la machine a grossi. Ou si elle commence enfin à se regarder dans le rétro.
Bande-annonce VF de Avengers: Doomsday
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




