Lanterns n’a pas seulement l’ambition de faire cohabiter super-héros et polar prestige : la série de HBO aligne aussi un casting qui sait tenir un plan, et c’est là que Poorna Jagannathan entre en scène. Dans un show qui joue la carte du mystère tendu, des dialogues qui claquent et des secrets qui sentent la poudre, Zoe Macon n’est pas un simple satellite autour de Hal Jordan et John Stewart. C’est une pièce de l’échiquier. Et pas la moins dangereuse.

Pour remettre les choses en place, Lanterns s’inscrit dans la nouvelle stratégie de DC Studios pilotée par Peter Safran et James Gunn, avec un pari assez gonflé : prendre un héros de comics, lui coller une grammaire de thriller à la True Detective, et voir si la greffe prend. D’après la source de Rafael Motamayor dans Slashfilm, la série fonctionne déjà au-delà des attentes, portée par Kyle Chandler, Aaron Pierre, Kelly Macdonald et Garret Dillahunt. Mais ce qui fait souvent la différence dans ce genre d’opus, ce sont les seconds rôles qui refusent de faire tapisserie. Zoe Macon appartient précisément à cette catégorie de personnages qui ont l’air de flotter en périphérie avant de retourner tout le récit d’un coup de talon.

En réalité, si le visage de Zoe vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard. Poorna Jagannathan traîne une filmographie télévisuelle qui a de la tenue, avec des passages remarqués dans The Night Of sur HBO, Never Have I Ever sur Netflix ou encore Deli Boys sur Hulu. La rédaction aime bien ce genre d’actrice qui ne vient pas vendre du vent : elle arrive avec une présence, une diction, un regard qui semble toujours savoir un truc que les autres ignorent. Bref, le genre de profil qui peut faire basculer un personnage de “femme de” à vraie force motrice. Et dans Lanterns, c’est exactement le genre de bascule qui compte.

Une actrice qui ne joue jamais les meubles

Pour rappel, Poorna Jagannathan n’a pas débarqué hier dans le métier. Sa carrière commence au milieu des années 2000, avec des apparitions dans She Hate Me de Spike Lee et un épisode de Law & Order, avant de multiplier les rôles dans des séries comme Rescue Me, Numb3rs ou Better Call Saul. Rien de clinquant sur le papier, mais une trajectoire solide, patinée par des années de télévision américaine où il faut savoir exister vite, fort, sans se faire écraser par le dispositif. C’est souvent là que se fabriquent les vrais visages du petit écran, pas dans les grands discours de studio.

Son rôle dans The Night Of a marqué un tournant. Elle y incarnait Safar Khan, mère d’un jeune homme accusé de meurtre, dans une mini-série qui transformait le drame judiciaire en cauchemar moral. Selon la lecture proposée par Slashfilm, sa performance y était déchirante, et on comprend pourquoi : Jagannathan sait faire sentir la panique sans surjouer l’effondrement, ce qui est autrement plus rare que les grands éclats de voix. Elle a ce talent un peu cruel de rendre un personnage immédiatement lisible, puis de le compliquer juste après.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Dans Lanterns, cette qualité devient un atout majeur. Zoe Macon est décrite comme une femme séduisante, rusée, liée à Will Macon, mais aussi attirée par John Stewart, avec des secrets qui pèsent lourd sur l’intrigue. Autrement dit, pas une fonction narrative en carton-pâte, plutôt une zone grise prête à contaminer tout le récit. Et c’est là que la série évite le péché originel de tant de productions de super-héros : traiter ses personnages secondaires comme des panneaux indicateurs. Ici, on sent au contraire une vraie volonté de leur donner du relief. Le costume ne suffit pas ; il faut du nerf, du trouble et un peu de venin.

La télé américaine adore les visages qui mordent

Sauf que ce casting dit aussi quelque chose de plus large sur la télévision contemporaine. Depuis une bonne quinzaine d’années, les séries haut de gamme ont compris qu’un univers étendu ne tient pas seulement par ses effets spéciaux ou sa mythologie, mais par la densité de ses seconds rôles. HBO a construit une partie de sa légende là-dessus, de The Sopranos à The Wire, puis jusqu’à Watchmen, que Lanterns semble d’ailleurs regarder dans le rétroviseur sans trop le dire. On ne demande plus seulement à une série d’aligner des têtes d’affiche ; on lui demande de fabriquer une société crédible, avec ses prédateurs, ses victimes, ses faux alliés. C’est moins glamour qu’un poster, mais bien plus efficace.

Dans cette logique, Poorna Jagannathan est une valeur sûre. Pas une star-bankable au sens industriel du terme, pas une demi-déesse de franchise qu’on brandit pour rassurer les actionnaires, mais une actrice qui apporte du grain, du vécu, de la tension. Et franchement, c’est souvent ce qui manque aux grandes machines à fantasmes : des présences capables de faire exister le hors-champ. D’où l’intérêt de Zoe Macon, qui pourrait bien devenir l’un de ces personnages dont on sous-estime l’importance avant de se rendre compte qu’elle tenait la moitié du moteur. Dans une série qui joue avec les codes du polar et du comic book, c’est exactement le genre de poison délicieux qu’on aime voir circuler.

Reste la vraie question, celle qui nous occupe tous au comptoir après la séance : jusqu’où Lanterns va-t-elle pousser cette idée d’un super-héros contaminé par le thriller adulte ? Si la série tient ses promesses, Zoe Macon ne sera pas juste “la femme de” ou “la tentation de”. Elle sera peut-être le point de rupture. Et ça, pour une production DC qui veut passer le flambeau sans se tirer une balle dans le pied, ce n’est pas un détail. C’est même tout le sel de l’affaire.

Bande-annonce VF de Lanterns

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