Lanterns n’a pas juste besoin d’un duo de super-héros en civil. Elle a surtout besoin d’une troisième lame, et Kelly Macdonald vient planter la sienne avec un calme qui sent la poudre. En faisant de Sheriff Kerry Kane une création originale, la série HBO Max évite le piège du fan service paresseux et choisit une voie plus tordue : celle du polar américain, du faux petit bled et des secrets qui suintent sous le vernis. Oui, on parle bien d’une série DC où les anneaux verts croisent la poussière du Nebraska. Voilà déjà une meilleure idée que de refaire une énième bataille cosmique en CGI qui finit en bouillie numérique.

Pour rappel, Lanterns met en scène Hal Jordan, joué par Kyle Chandler, et John Stewart, incarné par Aaron Pierre, dans une enquête criminelle à Rushville, Nebraska, autour d’un meurtre et d’une menace extraterrestre qui se cache sous des apparences humaines. Le projet s’inscrit dans la longue histoire des adaptations de comics qui cherchent à fuir le grand cirque intergalactique pour revenir au sol, au bitume, au visage humain. On pense à True Detective pour l’atmosphère, à Hard-Traveling Heroes pour l’ADN DC, et à cette vieille tentation hollywoodienne de faire croire qu’un super-héros est plus intéressant quand il a de la boue sur les bottes. Ici, le pouvoir ne tombe pas du ciel : il se planque dans une ville qui a l’air banale.

Et c’est là que Kelly Macdonald entre en scène, avec ce mélange de douceur et de fermeté qui lui a toujours permis d’aimanter les seconds rôles sans jamais se faire avaler par eux.

De Glasgow à Gotham, sans passer par la case cliché

Kelly Macdonald, née à Glasgow, s’est d’abord imposée dans Trainspotting de Danny Boyle, où elle incarnait Diane Coulston, avant de reprendre le rôle dans T2 Trainspotting en 2017. Entre-temps, elle a construit une filmographie qui n’a rien d’un alignement de figurines de prestige : Robert Altman l’a embarquée dans Gosford Park en 2001, les frères Coen l’ont placée au cœur de No Country for Old Men en 2007, Pixar lui a confié la voix de Mérida dans Rebelle en 2012, et HBO l’a installée durablement dans Boardwalk Empire de 2010 à 2014. Autrement dit, on n’est pas face à une invitée décorative mais à une actrice qui sait traverser les genres sans se déguiser en mascotte.

Dans No Country for Old Men, son Carla Jean Moss n’a rien d’un simple témoin : elle devient le point de rupture moral du film, celle qui refuse le jeu pervers d’Anton Chigurh. Dans Boardwalk Empire, Margaret Schroeder passe de l’épouse prise dans les filets du pouvoir à une survivante qui comprend très vite les règles du système. Ce n’est pas un hasard si Lanterns lui confie une sheriff originaire de Gotham City : Macdonald a ce visage de quelqu’un qui a déjà vu l’Amérique se décomposer de l’intérieur. Elle n’a pas besoin de lever la voix pour faire sentir que le décor ment.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Le western, le polar et la bague verte : même combat

Le choix de Kerry Kane dit quelque chose de plus large sur Lanterns. En ajoutant une figure locale, la série se donne un ancrage presque western, avec une autorité de terrain qui observe les deux Lanterns comme on jauge des types venus d’ailleurs, trop propres pour être honnêtes. Le fait que le personnage soit original n’est pas un détail cosmétique : c’est une manière de sortir du musée à citations et de fabriquer une tension dramatique qui ne dépend pas uniquement des comics. On ne regarde pas juste un univers étendu, on regarde une mécanique de rapports de force.

Et puis il y a ce petit plaisir de casting qui fait sourire l’équipe de la rédaction : Macdonald, avec son ancrage écossais et son parcours très britannique dans une fiction de sheriff américain, apporte un léger décalage qui empêche la série de se prendre trop au sérieux. Ce genre de frottement, Hollywood l’adore quand il est bien dosé. Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’un Green Lantern sinon un cow-boy cosmique avec un badge invisible ? Le costume change, la posture reste : tenir la ligne quand tout part en vrille.

HBO, encore elle, et toujours ce goût du crime bien habillé

La présence de Macdonald rappelle aussi que HBO sait recycler ses propres mythologies de prestige sans les répéter bêtement. Après Boardwalk Empire, la retrouver dans Lanterns revient à brancher la série sur une mémoire de la chaîne : celle des drames adultes, des personnages ambigus, des récits où l’enquête sert surtout à disséquer une communauté. On est loin du blockbuster qui fait du bruit pour masquer le vide. Ici, la série semble vouloir faire cohabiter le mythe DC et la grammaire du polar rural, avec une sheriff qui peut très bien devenir le vrai centre de gravité du récit.

Et si l’on veut pousser la lecture méta un peu plus loin, Kerry Kane incarne peut-être la meilleure idée de Lanterns : faire croire que les super-héros ne sont qu’un prétexte, alors qu’ils servent surtout à parler d’autorité, de territoire et de mensonge. Macdonald, elle, a déjà prouvé qu’elle savait jouer les personnages qui regardent le chaos en face sans faire semblant d’être impressionnés. Dans une série de lanternes, il fallait bien quelqu’un pour voir clair dans le noir.

Reste à savoir si Lanterns saura tenir cette promesse sans retomber dans la vieille habitude des franchises qui empilent les concepts comme des gobelets en plastique. Mais avec Kelly Macdonald dans le coin, on a au moins une chose : une présence qui ne triche pas. Et ça, dans le marigot des adaptations de comics, c’est déjà presque un super-pouvoir.

Bande-annonce VF de Lanterns

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