DC Animation remet les gants de boxe et, surprise, c’est Bane qui sort de la cage avec le sourire carnassier. Dans Batman: Knightfall – Part 1, le méchant de Knightfall cesse d’être un simple colosse de franchise pour redevenir ce qu’il est dans les comics : une machine à casser Batman, physiquement et moralement.

Pour comprendre pourquoi ce retour de flamme fait autant de bien, il faut remonter à 1993, année où Bane débarque dans Batman: Vengeance of Bane puis dans le crossover Knightfall, signé notamment Chuck Dixon et Graham Nolan. À l’époque, DC Comics joue gros : l’éditeur étire l’événement sur un an, croise ses différentes séries et transforme la chute de Batman en feuilleton industriel avant l’heure. Le personnage, lui, devient immédiatement une anomalie fascinante. Pas un clown, pas un mafieux, pas un démon gothique de plus, mais un stratège né en prison, nourri à la rage, à la discipline et au Venom. Bane n’est pas seulement fort, il est construit comme une réponse brutale à Batman.

Le cinéma, lui, a longtemps eu du mal à le tenir en laisse. Batman & Robin en fait un videur de boîte de nuit sous stéroïdes, The Batman le réduit à un adversaire du mercredi, et The Dark Knight Rises lui donne enfin du poids, mais le recouvre d’un masque sonore devenu, disons-le, un petit folklore à lui tout seul. Tom Hardy impose un vrai danger, oui, mais le film de Christopher Nolan le détourne vite en homme de main de Talia al Ghul. Résultat : un Bane marquant, mais pas souverain. Il manquait encore le Bane de l’absolu.

Le colosse sort du caveau

Dans Batman: Knightfall – Part 1, réalisé par Jeff Wamester, l’approche change de braquet. Le film d’animation, annoncé comme le premier volet d’une trilogie, assume un classement R et va chercher dans le matériau d’origine ce que les adaptations précédentes avaient souvent lissé : la cruauté, la patience, la méthode. Michael Mando prête sa voix à Bane et le choix est malin, parce qu’il ne cherche pas l’imitation de Hardy. Il creuse autre chose : une froideur contenue, une menace qui ne hurle pas mais qui serre la gorge. On est plus près du prédateur qui calcule que du brute épaisse qui cogne dans le tas. Et ça change tout.

Le film reprend l’ossature de l’arc originel, avec Peña Duro, l’enfance carcérale, le Venom, l’obsession de Gotham, mais il condense sans trop mutiler. Le pari est clair : faire sentir que Bane n’est pas un accident de laboratoire, mais un produit du système qui a voulu le broyer. Sauf qu’il ne se contente pas d’être une victime devenue monstre. Il se pense héritier, supérieur, presque légitime. C’est là que Knightfall devient intéressant : Bane ne veut pas juste battre Batman, il veut le démontrer inférieur. Le muscle, ici, n’est qu’un argument de plus dans une guerre de succession.

Le masque et la méthode

Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont l’animation embrasse enfin le gigantisme du personnage. Là où Nolan préférait l’ascèse et les tuyaux respiratoires, Batman: Knightfall choisit le monstre de papier, celui de Kelley Jones, avec son torse impossible, ses mains de déménageur et sa présence qui remplit le cadre comme un mauvais présage. Quand Bane entre dans la Batcave et ne passe presque pas par la porte, le film ne cherche pas la subtilité. Il cherche l’impact. Et il l’obtient. Pas besoin d’en faire des caisses : le simple fait de voir Batman reculer devant une masse qui semble avoir été sculptée pour l’écraser suffit à remettre les pendules à l’heure.

Il y a aussi une idée plus fine, presque méta, qui circule sous la surface. Batman et Bane sont tous deux des surhommes, mais pas du même monde. Bruce Wayne a l’argent, l’héritage, la fortune, la ville à ses pieds ; Bane a la prison, la faim, l’entraînement, l’ascèse forcée. L’un hérite du trône, l’autre le conquiert à la sueur et à la haine. Quand le film ajoute des répliques qui renvoient à Thomas Wayne et à la faillite morale de Gotham, il ne fait pas que moderniser le conflit : il le politise à sa manière. Bane ne veut pas seulement briser Batman, il veut démontrer que le mythe Wayne est une imposture.

La revanche des dessins animés qui mordent

On aurait tort de traiter ce Knightfall comme un simple produit d’exploitation pour fans en manque de cape. DC Animation a souvent servi de laboratoire plus audacieux que les films live-action, justement parce qu’elle peut pousser les curseurs sans devoir rassurer le grand public à chaque plan. Ici, la violence n’est pas décorative, elle est dramaturgique. Le film rappelle qu’un bon Bane n’est pas un tas de muscles, mais une idée de destruction. Et cette idée, l’animation la rend enfin lisible, presque élégante dans sa barbarie. C’est un sale boulot, mais quelqu’un devait le faire.

La suite annoncée de cette trilogie dira si ce premier volet tient la distance ou s’il n’était qu’un coup de semonce. En attendant, on tient peut-être la version la plus redoutable de Bane jamais vue à l’écran, celle qui ne cherche ni la blague involontaire ni le contre-emploi chic. Juste la terreur, la discipline et la chute. Comme quoi, parfois, il faut un dessin animé pour rappeler à Hollywood comment on casse un mythe sans le ridiculiser.

Part.
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