Le MCU a l’art de vendre des lendemains qui chantent, puis de les laisser moisir dans un tiroir. Kit Harington vient de rappeler que son Dane Whitman, alias le Black Knight, n’a visiblement pas de billet de retour après Eternals.
À ce stade, on connaît la musique Marvel : une scène post-générique, un objet maudit, un personnage qui regarde l’horizon avec l’air de celui qui a signé pour la suite, et puis… le grand silence. Eternals, sorti en 2021 et mis en scène par Chloé Zhao, avait justement joué cette carte du tremplin cosmique, avec Dane Whitman en embuscade derrière l’Ébène Blade. Sauf que le film a laissé le public partagé, et le box-office a confirmé le malaise : environ 402 millions de dollars de recettes mondiales, loin des standards du studio à cette période. Pas un naufrage total, mais assez pour refroidir les ardeurs d’une machine à fantasmes qui adore pourtant empiler les promesses comme d’autres les tickets de caisse. Quand Marvel tousse, ses promesses de saga prennent vite la poussière.
Dans un entretien accordé à MovieWeb, Kit Harington a expliqué qu’il aimerait voir son personnage basculer vers le Black Knight, tout en précisant qu’à sa connaissance, aucun plan concret n’existe aujourd’hui. Le plus savoureux, c’est que l’acteur ne vend pas du rêve en carton : il insiste surtout sur le potentiel dramatique du personnage, cette idée d’une corruption progressive liée à l’épée, presque une parabole sur l’addiction. Et là, on touche au vrai sujet : Marvel n’a pas seulement oublié un personnage, il a peut-être aussi laissé filer un angle moral bien plus intéressant que la sempiternelle course aux portails multiversels. Le Black Knight, sur le papier, avait plus de nerf que bien des demi-dieux du MCU.
Une promesse en armure, rangée au vestiaire
Pour rappel, Dane Whitman n’était pas qu’un caméo de luxe. Dans les comics, le Black Knight traîne une histoire longue, tortueuse, avec cette fameuse Ebony Blade qui fait de lui un héros très Marvel dans le fond : noble, fragile, contaminé par son propre pouvoir. Le casting de Kit Harington, sorti de Game of Thrones avec un capital de popularité encore brûlant, ressemblait à un pari malin. On prenait un visage connu, on lui offrait une porte d’entrée dans le grand bazar du MCU, et on préparait un futur arc de personnage. Sur le papier, c’était propre. Dans les faits, c’est resté coincé dans la tuyauterie.
Le problème, c’est qu’après Eternals, Marvel Studios a semblé traiter le film comme un détour embarrassant plutôt que comme une pierre fondatrice. Pourtant, la scène post-générique avec l’épée et la voix de Mahershala Ali en Blade annonçait une architecture plus vaste. Mais voilà : entre les réorganisations de calendrier, les recalibrages de phase et les priorités commerciales du studio, certaines pistes se sont évaporées. On a vu pire, certes, mais on a surtout vu plus rentable. Le MCU adore les passerelles ; il aime beaucoup moins les chemins qui n’aboutissent nulle part.

Le fantôme de Eternals dans les couloirs du studio
En réalité, Eternals n’a jamais été un simple long métrage de super-héros. C’était aussi un test industriel : peut-on encore lancer une nouvelle branche de franchise avec des personnages peu connus du grand public, un budget colossal et l’aura d’une autrice venue du cinéma d’auteur ? Réponse mitigée, pour rester poli. Le film a rapporté gros sans être triomphal, a divisé la critique et n’a pas créé l’élan espéré. Depuis, Marvel semble avancer avec prudence, comme si le studio avait pris une petite claque sur le museau. Rien de dramatique, mais assez pour changer la démarche.
La preuve ? Captain America: Brave New World, sorti en 2025, a bien dû revenir sur un élément laissé en suspens par Eternals : le gigantesque Céleste partiellement émergé dans l’océan. Quand un caillou est devenu un continent, difficile de faire semblant de ne rien voir. En revanche, Dane Whitman, lui, peut encore attendre au vestiaire. Et c’est presque cruel, parce que son potentiel repose précisément sur ce que le MCU a parfois perdu en route : une vraie tension intérieure, un héros qui commence du bon côté avant de glisser. Un personnage maudit, ça demande du temps, pas juste une scène après le générique et un sourire de studio.
Kit Harington, l’épée dans le sac
Il y a aussi quelque chose de très parlant dans le parcours de Kit Harington. Après avoir incarné Jon Snow pendant huit saisons dans Game of Thrones, il a rejoint Marvel au moment où la franchise semblait encore capable d’absorber tous les visages, toutes les mythologies, tous les paris. Le voilà aujourd’hui dans une position assez typique de l’ère post-Endgame : un acteur prêt à revenir, un personnage intéressant, et un studio qui garde le silence comme stratégie. Ce n’est pas forcément un adieu définitif, mais ce n’est pas non plus une feuille de route. C’est pire, presque : un entre-deux Marvel, ce purgatoire où les idées survivent sans jamais vraiment vivre.
Et c’est là que l’affaire devient amusante, à sa manière un peu triste. Le Black Knight avait tout pour devenir un fer de lance secondaire, un héros de l’ombre, un contrepoint plus sombre aux figures lisses de la saga. Au lieu de ça, il rejoint la galerie des promesses suspendues, aux côtés de tant d’autres pistes que Marvel a laissées flotter dans son univers étendu. On ne parle pas d’un échec retentissant, juste d’un symptôme très net : la grande usine à récits a parfois les bras trop chargés pour porter toutes ses propres idées. Le MCU n’oublie pas vraiment ses personnages ; il les met en attente, ce qui revient souvent au même.
Alors oui, Kit Harington dit qu’il aimerait rejouer Dane Whitman. Oui, le personnage a encore de la matière. Mais à l’échelle d’un studio qui arbitre ses priorités à coups de milliards, de fenêtres de sortie et de stratégies de relance, l’envie d’un acteur pèse peu face à la froide logique du calendrier. Le Black Knight n’est pas mort, pas forcément. Il est juste rangé dans la grande armoire Marvel, entre deux armures, trois retcons et un paquet de dossiers jamais ouverts. Et franchement, on commence à connaître la chanson.
Bande-annonce VF de Les Éternels
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




