Il y a des films qu’on croit rangés au rayon des erreurs de parcours, puis le streaming leur remet un coup de polish et tout le monde redécouvre qu’ils savaient encore cogner. Pacific Rim Uprising fait précisément ce petit numéro de réhabilitation, en grimpant dans les charts HBO Max presque dix ans après sa sortie en salles.
Pour remettre les choses dans leur contexte, le film de Steven S. DeKnight débarque en 2018 dans le sillage du Pacific Rim de Guillermo del Toro, sorti en 2013 et devenu, à sa manière, une machine à fantasmes pour amateurs de kaiju, de mecha et de grand spectacle à l’ancienne. Le premier opus, avec Charlie Hunnam, Idris Elba et Rinko Kikuchi, avait rapporté environ 411 millions de dollars dans le monde pour un budget de production estimé à 190 millions. Pas un petit score, loin de là, et surtout un vrai triomphe symbolique pour del Toro, qui y injectait sa fièvre visuelle, son amour des monstres et cette façon très personnelle de faire du blockbuster un terrain de jeu d’auteur. Le sequel, lui, arrive sans son regard, avec un budget annoncé autour de 150 millions de dollars, et termine sa course à environ 291 millions au box office mondial. Pas un naufrage, mais pas non plus la fête foraine espérée par le studio. Le genre de résultat qui vous laisse debout, mais avec un bleu au foie.
Et voilà qu’en 2026, le film se remet à tourner sur HBO Max, preuve qu’un blockbuster peut perdre la bataille du moment et gagner celle de la redécouverte.
Boyega au volant, les Jaeger en embuscade
Dans Pacific Rim Uprising, John Boyega reprend le flambeau en incarnant Jake Pentecost, fils du personnage joué par Idris Elba dans le premier film. L’idée est simple et plutôt maligne : faire passer l’héritage d’un demi-dieu du combat mécanique à une nouvelle génération, tout en gardant l’ossature du récit de guerre contre les Kaiju. Boyega, qui sort alors de la galaxie Star Wars, apporte une énergie plus nerveuse, plus gouailleuse aussi, à ce héros cabossé qui survit dans les zones de relégation laissées par les attaques monstres. Face à lui, Cailee Spaeny incarne Amara Namani, jeune hackeuse de Jaeger de 15 ans, pendant que le film aligne les retours au front, les armures géantes et les créatures venues de la mer comme on ressort les casseroles d’un vieux festin. Ça ne révolutionne rien, mais ça tient debout. Et parfois, au cinéma de genre, c’est déjà pas mal.

Steven S. DeKnight, connu pour son travail en télévision et ici à la réalisation comme à l’écriture, hérite d’un sacré pétrin : succéder à del Toro sans en avoir la signature, sans non plus saboter l’ADN du projet. Le résultat a divisé, évidemment. Sur Rotten Tomatoes, le film affiche 42 % d’avis critiques favorables, ce qui dit assez bien son statut de sequel coincé entre deux chaises : trop sage pour les adorateurs du premier, trop bruyant pour ceux qui attendaient autre chose qu’un ballet de métal et de gravats. Mais les robots géants qui tabassent des monstres géants, on ne va pas faire semblant de découvrir que ça a une valeur de revente.
Le streaming, ce grand laveur de réputation
Le vrai sujet, au fond, n’est même pas la qualité intrinsèque du film. C’est la manière dont le streaming rebat les cartes de la mémoire cinéphile. Sur HBO Max, Pacific Rim Uprising a fait son entrée dans le classement des films les plus vus à la sixième place le 20 juillet 2026, avant de grimper à la quatrième le lendemain, selon le suivi de FlixPatrol. Autrement dit : un film accueilli tièdement en salles peut, des années plus tard, devenir un petit aimant à clics dès qu’il tombe au bon endroit, au bon moment, devant le bon public. C’est le charme un peu cynique de l’exploitation en streaming : la fenêtre de diffusion remplace la sortie événement, et la curiosité du catalogue fait parfois mieux que la campagne marketing d’origine. Les studios devraient en prendre note, même si, entre nous, ils préfèrent souvent compter les billets que les secondes chances.
Ce retour en grâce dit aussi quelque chose de plus large sur les franchises de monstres et de machines. Quand une saga repose sur un concept aussi lisible que des poings de titane dans la gueule d’un kaiju, le temps travaille pour elle. Les effets spéciaux datent moins vite que les ambitions de scénario, et l’on finit par revoir le film pour ce qu’il est : un blockbuster de combat, pas un traité de métaphysique. En clair, Pacific Rim Uprising n’a peut-être jamais été le grand film que certains espéraient, mais c’est précisément ce qui le rend aujourd’hui si facile à aimer sans se prendre la tête.
Et puis il y a John Boyega, qui ajoute à l’affaire une autre couche de lecture. Sa présence donne au film une autre énergie, plus directe, plus terrienne, presque plus fraternelle que celle du premier opus. On ne regarde pas seulement un pilote de Jaeger ; on voit aussi un acteur essayer de faire exister un sequel dans l’ombre d’un monument signé del Toro. Pas simple, mais pas vain. Le film n’a pas la grâce baroque du premier, ni sa folie de collectionneur de monstres sacrés, mais il a gardé assez de nerf pour revenir nous sauter au visage quand on ne l’attend plus. Et ça, franchement, c’est déjà une petite victoire de cinéma de série B qui se prend pour un mastodonte. Pas mal pour un rescapé.
Bande-annonce VF de Pacific Rim Uprising
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




