Adam Wingard a passé quinze ans à naviguer entre séries B nerveuses et blockbusters géants, alors forcément, quand il revient avec Onslaught, il ne vient pas faire du tricot. Le film a des airs de défouloir savamment calibré, de lettre d’amour déguisée en massacre, et ça, on aime assez.
Pour situer le bonhomme, Wingard s’est d’abord fait les dents sur des films à petit budget comme You’re Next en 2011 et The Guest en 2014, avant de grimper dans la machine industrielle avec Godzilla en 2014, puis Godzilla vs. Kong en 2021 et Godzilla x Kong: The New Empire en 2024. Autrement dit, le cinéaste a connu la cave, le sous-sol, puis le siège éjectable des gros studios. Et dans ce parcours, il a surtout appris un truc que beaucoup de faiseurs de franchises n’assimilent jamais : comment faire grand sans perdre le nerf. D’après Ryan Scott pour Slashfilm, Onslaught est présenté comme un long métrage très violent, très frontal, et très conscient de ses modèles, avec une sortie en salles annoncée pour le 4 septembre 2026. Le genre de projet qui sent la poudre, le synthé et la sueur froide.
Le scénario, signé Simon Barrett, place l’action après l’évasion d’un commando de super-soldats génétiquement modifiés, sortis d’un site gouvernemental perdu dans le désert. Leur prochaine cible ? Un parc de mobile homes où une poignée de survivants tente de garder la tête hors de l’eau. Au centre, Celeste, ancienne tireuse d’élite de l’armée incarnée par Adria Arjona, doit défendre sa fille face à cette machine de guerre en roue libre. Rien de révolutionnaire sur le papier, mais ce n’est pas le sujet : Wingard semble surtout vouloir réactiver un vieux moteur hollywoodien, celui du siège, du corps à corps et du récit de survie où tout se joue à l’échelle d’un lieu clos. On est dans le cinéma de l’assaut, pas dans celui du bavardage.
Carpenter dans le rétro, Cameron sur l’autoroute
Le cœur du jeu, c’est l’hommage. Slashfilm insiste sur la filiation avec John Carpenter, et pas seulement au sens paresseux du clin d’œil. Onslaught convoque clairement Assault on Precinct 13 dans sa logique d’attaque et de résistance collective, mais aussi Halloween dans la manière de transformer ses tueurs en figures quasi slasher, armées de tronçonneuses et de couteaux de boucher. Ajoutez une nappe de synthés, un goût pour le grindhouse et une mise en scène qui préfère l’efficacité à la révérence, et on obtient un objet qui ressemble à ce que Carpenter aurait pu tourner s’il avait eu un peu plus de moyens et beaucoup moins de réunions. Le film ne copie pas, il digère et renvoie le coup.
Il y a aussi du James Cameron dans l’équation, surtout The Terminator, avec ce duel entre une force apparemment invincible et une femme déterminée à protéger son enfant. La présence de Michael Biehn, figure cardinale du cinéma cameronien, renforce encore la résonance. C’est malin, parce que Wingard ne se contente pas d’empiler des références comme un collectionneur de VHS un peu trop enthousiaste. Il les met en friction, il les fait travailler ensemble, et il garde sa propre signature : un goût pour la brutalité sèche, les ruptures de ton et le plaisir très assumé du chaos. L’hommage devient alors une prise de position, pas un musée.

Le studio a payé, le cinéaste a mordu
Le passage par les grosses machines a visiblement laissé des traces utiles. Avec ses deux films MonsterVerse, Wingard a appris à composer avec l’échelle, les effets, la logistique et les compromis. Godzilla x Kong: The New Empire a même fini par devenir le plus gros succès de la franchise Godzilla au box-office mondial, ce qui n’est pas rien quand on parle d’un univers où les monstres font la loi depuis des décennies. Mais ce type de production a aussi ses chaînes, ses arbitrages, ses petites morsures administratives. Alors Onslaught ressemble à un retour au terrain de jeu préféré du cinéaste : un film plus libre, plus nerveux, plus sale, où l’on sent qu’il peut enfin sortir les crocs sans demander l’autorisation à trois départements marketing. Bref, Wingard respire, et ça se voit à l’écran.
Ryan Scott, dans son texte pour Slashfilm, souligne d’ailleurs que le film fonctionne comme une sorte de synthèse entre le Wingard des débuts et celui des blockbusters, avec un budget qui permet d’avoir de l’ampleur sans étouffer l’énergie. C’est peut-être là que le film trouve sa vraie ligne de force : dans cette capacité à paraître plus grand qu’il ne l’est, sans perdre le côté sale gosse. Et le casting, lui, fait le reste. Adria Arjona tient la barre avec une vraie présence physique, Dan Stevens semble parti pour un numéro de cabotinage possédé, et Reginald VelJohnson, vu notamment dans Die Hard, revient au charbon avec une allure de vétéran qu’on n’ose pas trop contredire. Quand les acteurs ont l’air de s’amuser autant, on n’est pas loin du bon carnage.
Le plaisir coupable ? Non, juste le plaisir
Ce qui rend Onslaught intéressant, ce n’est pas seulement son côté hommage, c’est sa manière d’assumer le genre sans œillères. On n’est pas dans un exercice de style pour cinéphiles en mal de citations, mais dans un film qui veut cogner, tenir la distance et rappeler qu’un action movie peut encore avoir du nerf quand il cesse de s’excuser d’exister. Wingard a visiblement compris qu’après avoir joué avec les géants, il pouvait revenir à quelque chose de plus ramassé, de plus frontal, de plus jouissif. Et franchement, ça fait du bien. Le film ne cherche pas la respectabilité : il cherche l’impact.
Alors oui, on peut toujours sortir la grille du pastiche, du recyclage, de l’album de souvenirs VHS. Mais à quoi bon, quand le résultat a l’air aussi tendu, aussi généreux et aussi franchement habité ? Wingard ne fait pas semblant de redécouvrir le cinéma d’exploitation ; il le remet en circulation avec une énergie de contrebandier. Et dans une époque où tant d’action movies ressemblent à des produits sous plastique, ce retour au sang, au synthé et au chaos a quelque chose de presque salutaire. John Carpenter n’a pas signé le film, mais son ombre, elle, prend toute la place.
Reste à voir si le public suivra ce bain de jouvence furibard en salles le 4 septembre 2026. Mais une chose est sûre : Adam Wingard n’a pas tourné Onslaught pour faire joli sur une affiche. Il a visiblement tourné ça pour faire mal, et pour le coup, on ne va pas lui reprocher d’avoir encore de la poigne.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




