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    Nrmagazine » Bruce Lee dans Here Come the Brides : l’étrange détour western d’une légende
    Blog Entertainment 6 Minutes de Lecture

    Bruce Lee dans Here Come the Brides : l’étrange détour western d’une légende

    Un rôle minuscule, une série oubliée, et déjà toute la tension d’une star qui n’a rien à prouver
    Vincent Bazire20 juillet 2026
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    Avant que le monde ne le voie casser des mâchoires à la chaîne, Bruce Lee a aussi traversé un western télévisé où il passait surtout son temps à éviter le combat. Oui, éviter. Dans une carrière devenue mythe, ce petit rôle de Here Come the Brides a quelque chose de délicieusement bancal, presque à contre-emploi total.

    Pour remettre les choses dans l’ordre, Bruce Lee naît en 1940, tourne très tôt à Hong Kong, puis s’installe peu à peu dans le paysage télévisuel américain au tournant des années 1960. Son vrai basculement pour le public américain, on le connaît : Kato dans The Green Hornet en 1966, puis l’effet boule de neige, les apparitions dans Ironside ou Blondie, avant le retour fracassant au cinéma d’action avec The Big Boss et Fist of Fury en 1971. Entre-temps, l’homme devient déjà une machine à fantasmes, un demi-dieu en gestation, alors même qu’Hollywood continue de le cantonner à des rôles périphériques. Le détail savoureux, ici, c’est que Here Come the Brides ne dure que deux saisons et 52 épisodes, un petit objet télévisuel de 1968-1969 vite rangé dans le tiroir des séries qu’on cite rarement au comptoir. Et pourtant, c’est là que Lee tient ce qui reste, d’après les bases de données de sa filmographie, son unique rôle dramatique en anglais sans art martial ni bagarre au programme. Le genre de détour qui dit beaucoup sur la manière dont l’industrie regardait encore Bruce Lee : comme un visage, pas encore comme une force.

    Et c’est précisément là que ça devient intéressant : dans Here Come the Brides, Bruce Lee n’est pas le combattant attendu, mais un homme qui recule, temporise, se dérobe. Un anti-Kato, en somme.

    Un western de pacotille, une Amérique de carton-pâte

    La série elle-même repose sur une idée historique vaguement romancée : l’histoire d’Asa Mercer, qui aurait cherché à faire venir des femmes vers Seattle au XIXe siècle pour équilibrer une ville peuplée d’hommes. Dans Here Come the Brides, cette matière devient un feuilleton de prime time avec Jason Bolt, ses frères Jeremy et Joshua, une patronne de saloon, et un antagoniste qui complote comme dans tout bon produit télé de l’époque. Rien de honteux là-dedans, mais rien de très solide non plus : on est dans le western domestiqué, la conquête de l’Ouest en version familiale, avec le bois, les mariages et les querelles de propriété à la place des grands espaces et des balles perdues. Le décor sent le studio, la morale sent l’ABC, et le tout avance avec cette politesse un peu raide des séries qui veulent plaire à tout le monde. Bref, un western qui a troqué la poudre contre le bon sentiment.

    Dans cet environnement, l’apparition de Bruce Lee fait l’effet d’une anomalie. Son personnage, Lin, est censé incarner l’honneur, la pression du mariage arrangé, la confrontation virile. Sauf que le scénario le pousse surtout à fuir le duel, à se tenir en retrait, à laisser les autres occuper le terrain. C’est presque comique, mais pas de manière gratuite : on voit déjà l’écart entre ce que l’industrie veut faire de lui et ce que son aura promet. On lui donne un costume, un cheval, un cadre western, et malgré tout l’image déborde. Même en mode mineur, Lee ne rentre jamais tout à fait dans la case.

    Affiche de Here Come the Brides
    Affiche de Here Come the Brides

    Le cheval, l’honneur et le contre-emploi

    Ce qui frappe, c’est moins la brièveté de sa présence que la logique du contre-emploi. Bruce Lee, dans l’imaginaire collectif, c’est la vitesse, la précision, la menace contenue, le corps comme argument définitif. Or ici, il n’est ni le fer de lance du récit ni le centre de gravité d’une scène d’action. Il est presque un rouage narratif, un obstacle à contourner, un homme pris dans une mécanique sentimentale et codifiée. Le western télévisé, genre déjà en train de se normaliser à la fin des années 1960, lui offre un terrain où son charisme ne peut pas exploser comme il le fera plus tard dans le kung-fu film. C’est frustrant, mais c’est aussi révélateur : Hollywood sait qu’il a quelque chose, sans encore savoir quoi faire de ce quelque chose. Classique, et un peu triste. Le studio voit un visage exotique ; le spectateur, lui, voit déjà un futur séisme.

    Il y a aussi cette donnée presque absurde : Here Come the Brides serait la seule fois où l’on voit Bruce Lee à cheval, ou du moins dans un cadre western aussi frontal. Pour un acteur qui deviendra l’icône absolue du corps en mouvement, l’image a quelque chose de presque archéologique. On regarde un fragment avant la légende, un galop très bref avant le grand déferlement. Et puis il y a le contraste avec sa trajectoire immédiate : quelques années plus tard, il revient au premier plan avec The Big Boss et Fist of Fury, avant Enter the Dragon, sorti après sa mort en 1973 à 32 ans. Là, le cinéma mondial comprend enfin ce qu’il avait sous les yeux. Tout le reste n’était qu’une salle d’attente.

    Une petite apparition, un grand symptôme

    Le plus drôle, c’est peut-être que cette séquence télévisuelle en dit plus long sur l’histoire des représentations que bien des discours savants. Bruce Lee n’est pas seulement un acteur qui a percé malgré les obstacles ; il est aussi un corps que la télévision américaine a longtemps tenté de contenir dans des formats secondaires, des rôles de soutien, des apparitions calibrées. Here Come the Brides cristallise ce moment de flottement : on l’invite, on l’utilise, on l’encadre, puis on passe à autre chose. Sauf que lui ne passe pas à autre chose. Lui, il reste. Il s’imprime. Il déborde. Et c’est bien pour ça qu’on continue à parler de ces quelques minutes comme d’un petit caillou dans la chaussure de l’histoire du cinéma. Un rôle mineur, oui. Une note de bas de page, non.

    Au fond, ce passage par le western dit quelque chose de très simple : avant d’être une icône martiale, Bruce Lee a été un acteur qu’on essayait encore de ranger. Mauvaise pioche. L’homme a fini par faire sauter les tiroirs, les catégories, les frontières de genre et les habitudes de casting. Et si l’on revient aujourd’hui sur Here Come the Brides, ce n’est pas pour le plaisir de l’anecdote poussiéreuse, mais parce qu’on y voit, en miniature, le moment exact où une industrie croit tenir un interprète alors qu’elle assiste déjà à la naissance d’un mythe. Le cheval est là, le western aussi, mais la vraie attraction, c’est déjà Bruce Lee.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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