Ali G n’a pas dit son dernier mot, et Sacha Baron Cohen non plus : avec Ali G: Who Iz I?, le comédien ressort son plus célèbre masque pour tester un drôle de pari, entre retour de flamme et coup de vieux potentiel.
En apparence, on pourrait croire à une simple opération de nostalgie, le genre de manœuvre que les studios adorent quand ils sentent qu’une vieille franchise peut encore faire tourner la machine à fantasmes. Sauf que le cas Ali G est un peu plus tordu. Le personnage est né à la fin des années 1990 sur Channel 4 dans The 11 O’Clock Show, avant de prendre son envol dans Da Ali G Show, diffusé au Royaume-Uni et sur HBO aux États-Unis. Puis il a eu droit à son long métrage, Ali G Indahouse, en 2002. Autrement dit : un vrai cycle de pop culture, avec ascension télé, passage au cinéma, puis disparition dans le brouillard des années 2000. Et voilà qu’en 2026, Cohen remet le survêt’ et le parler de West Staines sur le tapis. Le retour d’Ali G, c’est moins un reboot qu’un test de résistance pour un personnage qui a longtemps vécu de son époque.
Le trailer de Ali G: Who Iz I? annonce une sortie le 23 octobre 2026. D’après les éléments relayés par Variety, le film a été tourné en secret, comme les volets de Borat ou l’ancienne mécanique de Da Ali G Show, ce qui laisse entendre qu’on n’est pas face à une simple fiction en studio mais à un faux documentaire nourri de situations réelles. Et là, forcément, l’intérêt grimpe d’un cran. Parce que le vrai carburant d’Ali G n’a jamais été le gag écrit au cordeau, mais la collision entre un personnage grotesque et des gens qui ne savent pas toujours comment réagir. Sans cette friction-là, Ali G perd une bonne partie de sa sale petite magie.
Le retour du rudeboy, ou comment ressortir un costume qui gratte
Pour rappel, Ali G n’était pas seulement un clown en survêtement jaune. C’était une satire de la culture médiatique britannique du tournant des années 2000, un faux rappeur blanc qui singeait les codes du hip-hop, du garage et du grime naissant, avec ce mélange d’ignorance feinte, de vulgarité et de confiance insolente qui faisait mouche. À l’époque, ça tapait juste parce que le décor social était là : MTV, les talk-shows, la circulation des accents, la fascination pour les poses importées des États-Unis. Aujourd’hui, le terrain a changé, et pas qu’un peu. Les codes se sont dissous dans les réseaux, les mèmes, les micro-communautés, les polémiques express. Du coup, la question n’est pas seulement de savoir si le personnage est drôle. La vraie question, c’est : drôle pour qui, et contre quoi ? Un personnage satirique sans cible nette, c’est vite un pétard mouillé.
Dans ce contexte, le choix du faux documentaire n’a rien d’anodin. C’est même la seule forme qui permette encore à Cohen de jouer sur sa vieille spécialité : faire croire au réel pour mieux le tordre. Le film semble promettre une galerie de vraies réactions, de vraies gênes, de vrais angles morts. Ce qui, sur le papier, est bien plus excitant qu’une simple suite nostalgique à la sauce fan service. On connaît la chanson : Hollywood adore les retours de personnages cultes, mais il les transforme souvent en musée de cire. Ici, au moins, il reste une possibilité de chaos. Et le chaos, chez Cohen, a toujours été plus intéressant que la révérence. Quand le faux docu fonctionne, il ne ressuscite pas seulement un personnage : il remet le public face à sa propre crédulité.
Le piège du temps qui passe
Nul doute que la vraie interrogation, à ce stade, tient à la place d’Ali G en 2026. À la fin des années 1990, le personnage servait de miroir déformant à une Angleterre traversée par les mutations de la jeunesse urbaine et par l’importation massive des codes américains. Vingt-cinq ans plus tard, la satire risque de se heurter à un paysage beaucoup plus fragmenté, où tout le monde joue déjà un rôle, souvent en permanence, souvent pour l’algorithme. Difficile, dans ces conditions, de faire passer un imposteur pour un imposteur. Le monde a fini par devenir son propre sketch. Pas très pratique pour un satiriste, ça.
Mais c’est aussi là que Cohen peut encore surprendre. Son talent n’a jamais reposé sur la simple provocation, mais sur l’art de pousser une situation jusqu’au point de rupture, là où le malaise devient révélateur. Si Ali G: Who Iz I? retrouve cette tension, alors le film peut dépasser la simple madeleine. Sinon, il risque de n’être qu’un clin d’œil de plus à une époque révolue, ce qui est toujours un peu triste, même quand on fait mine de s’en foutre. Le vrai enjeu n’est pas de savoir si Ali G est encore vivant ; c’est de voir s’il peut encore mordre.
En attendant, le trailer suffit déjà à relancer le petit jeu des retrouvailles : souvenir affectif pour certains, curiosité pure pour d’autres, et légère méfiance pour les plus blasés de l’équipe de la rédaction, qui ont vu trop de retours de flamme finir en braises tièdes. Sacha Baron Cohen, lui, n’a jamais été du genre à revenir sans intention de semer un peu de bazar. Reste à voir si, cette fois, le bazar sera encore contagieux ou simplement bien coiffé. Et ça, franchement, c’est toute la différence entre un comeback et un simple déguisement.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




