Avec son épisode 2, Lanterns ne se contente pas de lever le voile sur une menace extraterrestre planquée dans une bourgade du Nebraska : la série montre surtout comment on fait un bon récit d’infiltration sans le noyer sous le grand n’importe quoi cosmique. Et oui, la comparaison avec Secret Invasion saute aux yeux. Sauf qu’ici, DC a l’air d’avoir retenu la leçon que Marvel a laissée traîner sur le bord du trottoir.

Pour remettre les choses dans leur contexte, Secret Invasion, mini-série Marvel mise en ligne sur Disney+ en 2023, avait promis un thriller paranoïaque autour des Skrulls, ces métamorphes capables de prendre l’apparence de n’importe qui. Sur le papier, la matière était en or massif. Dans les faits, la série a dilué sa tension dans une surenchère de péripéties, de sous-intrigues et de faux enjeux planétaires, au point de perdre ce qui faisait le sel du concept : la peur de ne plus savoir à qui on parle. Lanterns, elle, comprend qu’un bon complot d’aliens déguisés commence par un territoire, des visages, et des gens qu’on peut perdre.

Ici, l’action reste accrochée à Rushville, petite ville du Nebraska où Hal Jordan, incarné par Kyle Chandler, et John Stewart, joué par Aaron Pierre, enquêtent sur une fusillade qui n’en est pas vraiment une. L’épisode 2 élargit le décor sans le diluer : Antaan, interprété par Paul Ben-Victor, révèle une menace plus sournoise qu’un simple incident local, avec des survivants extraterrestres à la recherche d’un Manhunter, créature synthétique capable de se fondre parmi les humains. Le compte à rebours est lancé, et la série trouve déjà son vrai moteur : non pas sauver la galaxie en mode tambour battant, mais empêcher une ville entière de passer à la trappe. C’est plus modeste, donc plus tendu. Logique simple, mais diablement efficace.

Pas besoin de la Terre entière pour faire peur

Le gros défaut de Secret Invasion, c’était de vouloir faire croire que chaque scène devait peser le destin du monde entier. À force d’élargir la toile, la série Marvel a fini par rendre son propre suspense abstrait. Lanterns prend le chemin inverse : elle garde les enjeux cosmiques en arrière-plan et s’intéresse à ce qu’ils provoquent à hauteur d’homme. La shérif Kerry, incarnée par Kelly Macdonald, n’est pas un pion décoratif dans une fresque galactique ; elle est la première personne qui risque de se faire broyer si les héros se plantent. Et ça change tout.

On reconnaît là une vieille recette de la science-fiction paranoïaque, celle qui préfère la pression du quotidien à l’ampleur des explosions. Le voisin peut être un imposteur, le collègue un traître, le type au comptoir un alien en mission. C’est du pur héritage The Thing, Invasion of the Body Snatchers et compagnie, mais avec une couche de mythologie DC en prime. La série gagne parce qu’elle ne confond pas ampleur et épaisseur.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Hal, John et le petit poison de la défiance

Surtout, l’épisode 2 fait ce que tant de blockbusters et de séries à gros budget ratent par paresse : il transforme le conflit d’idées en conflit de personnes. John Stewart doute, observe, encaisse, puis choisit de faire confiance à Hal Jordan malgré tout. Sauf que cette confiance n’a rien d’un cadeau. Elle ressemble plutôt à un pari un peu désespéré, presque à une faute de goût émotionnelle. Et Hal, fidèle à sa réputation de type qui peut être brillant et pénible dans la même respiration, ne le récompense pas franchement avec des câlins et des excuses.

Le duo prend donc une direction bien plus intéressante qu’un simple tandem de super-flics. Le jeune Green Lantern sent qu’on le tient à l’écart, qu’on le balade, qu’on lui demande d’obéir pendant que les anciens gardent les clés du coffre. Hal, lui, agit comme un vétéran persuadé de savoir mieux que tout le monde, au point d’aller consulter Sinestro, joué par Ulrich Thomsen, ce qui n’annonce jamais une après-midi de détente. Le vrai danger de Lanterns n’est pas le Manhunter : c’est la fissure entre ses deux héros.

Le piège du grand spectacle, évité de justesse

À ce stade, on voit bien la stratégie de la série HBO Max : faire monter la paranoïa sans lâcher la rampe du drame humain. C’est malin, parce que le genre super-héroïque a souvent ce péché originel un peu grotesque : vouloir tout faire à la fois, tout montrer, tout annoncer, tout exploser. Résultat, on finit avec des effets spéciaux qui bavent et des personnages qui servent de portants à exposition. Lanterns évite ce travers en resserrant son récit autour d’un territoire limité, d’un duo en friction et d’une menace qui se cache dans les interstices du décor.

Ce n’est pas seulement plus élégant, c’est plus cinématographique. On sent la série chercher le point d’équilibre entre le procedural, le thriller et le récit de science-fiction, sans se prendre pour la nouvelle table rase du genre (Dieu merci). Et si la comparaison avec Secret Invasion reste inévitable, elle tourne clairement à l’avantage de DC : là où Marvel avait gonflé sa bulle jusqu’à l’éclatement, Lanterns préfère la pression lente, la méfiance, le sous-texte. Bref, elle a compris qu’un bon mystère n’a pas besoin de hurler pour mordre.

Reste à voir jusqu’où la série osera aller dans cette guerre de nerfs. Pour l’instant, elle tient sa promesse la plus précieuse : faire d’un récit d’aliens infiltrés autre chose qu’un prétexte à effets de manche. Et ça, franchement, on n’était pas loin de l’attendre depuis un moment. Qui aurait cru qu’un simple détour par Rushville ferait plus de dégâts dramatiques qu’une invasion planétaire ?

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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