On croyait Star Trek: Strange New Worlds installée dans son petit confort de série qui aime faire des clins d’œil en souriant au public ? Mauvaise pioche. Avec « The Griffin Incident », l’épisode 2 de la saison 4, Paramount+ envoie l’Enterprise se perdre dans un cauchemar de couloir, de chair et de paranoïa qui rappelle que la franchise peut encore mordre très fort.

Depuis ses débuts, Strange New Worlds joue une partition assez maligne : un pied dans l’aventure classique, l’autre dans la fantaisie méta, avec une propension certaine à se déguiser en comédie quand ça l’arrange. La saison 3, diffusée en 2025, avait d’ailleurs suscité des réserves chez une partie des spectateurs et de la critique, certains lui reprochant de laisser les numéros de comédie prendre un peu trop de place. Rien de honteux en soi, la série sait faire le pitre avec panache, mais à force de sourire à tout le monde, on finit parfois par émousser la tension. Là, changement de braquet : l’épisode 2 de la saison 4, mis en ligne le 30 juillet 2026 sur Paramount+, se présente comme un huis clos horrifique où Jim Kirk, Spock et La’an se retrouvent piégés à bord du Griffin, un vaisseau abandonné qui a tout du décor hanté version science-fiction. Et soudain, Star Trek cesse de faire des œillades pour sortir le scalpel.

Le vrai sujet, c’est ça : quand une saga bâtie sur l’exploration, l’éthique et la diplomatie accepte de se salir les mains, elle retrouve une puissance qu’on ne lui soupçonnait presque plus.

Le sourire en moins, les tripes en plus

Le plus frappant dans « The Griffin Incident », ce n’est pas seulement la quantité de violence, c’est sa mise en scène. L’épisode ne se contente pas d’un frisson de série B gentiment emballé ; il va chercher du côté du cinéma d’horreur pur jus, avec une logique de contamination mentale et de corps maltraités qui évoque autant The Shining que Alien. On est loin du petit gag de corridor ou du déguisement à la sauce fédération. Ici, les hallucinations deviennent des instruments de torture, et la série s’amuse à retourner contre ses personnages leurs propres identités : Spock est mutilé au nom d’une humanité forcée, Una se vide de son sang illyrien, Pike se transforme en boucher de cuisine. C’est sale, c’est cruel, et ça fonctionne parce que la série ne cherche pas à faire joli.

Le cas Spock est le plus tordu. L’apparition de T’Pring, son ancienne fiancée, réactive une blessure intime déjà exploitée dans « Charades », et l’épisode pousse le concept jusqu’au malaise : les oreilles vulcaines deviennent un motif de mutilation, comme si l’héritage et l’identité pouvaient se découper au ciseau. Ce n’est pas juste du gore pour faire frissonner les abonnés du canapé. C’est une idée dramatique très nette : dans Star Trek, le corps a toujours été politique, qu’il s’agisse des différences biologiques, des normes de Starfleet ou des frontières entre espèces. Là, la série prend cette tradition et la tord jusqu’au cauchemar. Le résultat n’est pas seulement choquant : il est conceptuellement vicieux.

Quand la franchise sort les crocs

On peut toujours faire les malins en rappelant que Star Trek a déjà flirté avec l’horreur. C’est vrai. L’épisode « Conspiracy » de Star Trek: The Next Generation en 1988 reste un sommet de malaise télévisuel, avec son parasite qui explose littéralement dans un déluge organique. Mais « The Griffin Incident » ne joue pas la carte du simple hommage. Il pousse plus loin la logique du corps prisonnier, du vaisseau comme piège psychique, et de l’espace comme machine à broyer la chair. La séquence où Sam Kirk est aspiré par une brèche, coincé un instant avant que ses entrailles ne suivent le mouvement, a ce côté presque obscène du détail qui reste en tête. Pas besoin d’en rajouter : on a compris que la série ne veut plus seulement divertir, elle veut déranger.

Et c’est là que l’épisode devient intéressant pour de bon. Strange New Worlds n’abandonne pas son ADN, elle le recompose. Le vaisseau reste un théâtre d’idées, mais il devient aussi une maison hantée, un espace où la rationalité de Starfleet ne suffit plus. La série semble dire : on peut faire rire, oui, mais on peut aussi faire peur sans perdre son identité. Franchement, il était temps. Parce qu’à force de vouloir être la copine sympa de la franchise, on risquait de la voir glisser vers le simple exercice de style. Ici, la peur remet du nerf dans les veines. Le monstre n’est pas un alien : c’est le confort.

Le vaisseau fantôme et le retour du sérieux

Ce qui rend l’épisode plus marquant que la moyenne des productions télévisées horrifiques, c’est qu’il ne renie pas la série qui l’a précédé. Les hallucinations, les doubles, les faux sauvetages, tout cela s’inscrit dans une logique très Star Trek : l’équipage doit apprendre à distinguer le réel du simulacre, la confiance du piège, la mission du vertige. Mais cette fois, le décor ne sert pas de terrain de jeu à des quiproquos. Il sert de chambre d’écho à des angoisses très concrètes : l’isolement, la perte de contrôle, la violence faite au corps au nom d’une norme ou d’un destin. On est dans une série qui connaît ses classiques et qui ose les salir un peu. Et, soyons honnêtes, ça lui va mieux que les grimaces de salon.

La saison 4 semble donc vouloir corriger la perception laissée par la précédente : moins de cabotinage, plus de tension, moins d’autosatisfaction, plus de danger. Ce n’est pas une révolution, plutôt un rappel à l’ordre. Star Trek a toujours été une machine à fantasmes, oui, mais aussi une machine à inquiétudes. Quand elle assume les deux, elle redevient plus grande que ses effets de manche. Et là, pour une fois, la peur n’est pas un détour : c’est la destination.

Reste une question, la vraie : si Strange New Worlds peut sortir un épisode aussi glauque au milieu de sa saison, qu’est-ce qu’elle nous prépare quand elle décide de vraiment lâcher les amarres ? On sent déjà le sourire de l’équipe de la rédaction se crisper un peu. Et quelque part, c’est plutôt bon signe.

Part.
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