Avec un simple « je viens de Gotham », Lanterns transforme une enquête de province en caisse de résonance pour tout le DC Universe. Pas besoin de cape qui claque ni de Bat-Signal dans le ciel : parfois, un nom de ville fait plus de bruit qu’un blockbuster à 200 millions.

Depuis la reprise en main du DC Universe par James Gunn et Peter Safran, chaque projet ressemble à un caillou jeté dans l’eau : Creature Commandos a ouvert la danse en animation, la saison 2 de Peacemaker a glissé quelques allusions à Gotham, Superman a posé les bases du nouveau jouet, tandis que Supergirl a, selon les standards impitoyables du box-office, moins bien mordu que prévu. En parallèle, Matt Reeves poursuit sa propre voie avec The Batman: Part II, séparé du grand chantier Gunn comme un cousin très talentueux qu’on invite aux repas de famille mais pas au même étage. Et au milieu de ce bazar organisé, Lanterns joue la carte du polar rural, avec John Stewart et Hal Jordan coincés à Rushville, Nebraska, entre mystère extraterrestre et cadavre annoncé. Le genre de série qui semble d’abord préférer la poussière aux néons, avant de vous sortir un crochet au menton. Et là, paf : Gotham débarque sans prévenir.

Le vrai sujet, ce n’est pas seulement un clin d’œil aux fans. C’est la manière dont Lanterns commence à tisser, presque en douce, la toile narrative du Batman version DCU.

Gotham en embuscade, ou comment un nom change la température

Dans l’épisode 2, le shérif Kerry Kane, incarné par Kelly Macdonald, lâche qu’elle vient de Gotham et qu’elle a quitté la ville sur un coup de tête. Dit comme ça, ça ressemble à une ligne de dialogue jetée au passage. Sauf que dans un univers partagé, rien n’est jamais « juste » une ligne de dialogue. Gotham, c’est le point de gravité du mythe Batman, la ville-matrice, la machine à fantasmes, le lieu où la criminalité devient presque une esthétique. L’entendre surgir dans Lanterns, alors que le DCU n’a encore montré Batman qu’en pointillé dans Creature Commandos, ça suffit à faire lever un sourcil chez n’importe quel spectateur qui a déjà passé trop de temps à décortiquer des timelines fictives. Quand Gotham entre dans la pièce, tout le reste se met à parler plus bas.

Le détail est d’autant plus malin que la série ne se contente pas de nommer la ville : elle installe un personnage dont le passé semble volontairement flou, presque gênant. Kerry Kane n’a pas l’air ravie de sa situation, ni de son mariage avec Billy Macon, ni de l’idée qu’on fouille trop son histoire. Et c’est précisément là que Lanterns devient plus intéressant qu’un simple procedural de science-fiction. Le récit joue avec l’opacité, avec le non-dit, avec cette sensation qu’un pan entier du DCU est en train de se construire hors champ. Le hors champ, ici, a des airs de Batcave.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Barb, Kane et les petits fantômes de la continuité

Le premier épisode avait déjà laissé traîner une petite allusion avec ce « Barb » lancé au détour d’une scène. Barbara Gordon ? Peut-être. Une simple connaissance locale ? Possible aussi. Mais dans une franchise qui adore semer des miettes pour nourrir la spéculation, le prénom n’a rien d’innocent. On connaît la chanson : un nom, une origine, un détail de costume, et les théories partent en vrille. Ici, le patronyme Kane ajoute une couche de lecture supplémentaire. Bob Kane, bien sûr, mais aussi Kate Kane, alias Batwoman, sans oublier Gil Kane, figure importante de l’âge argenté de Green Lantern. Le nom devient un carrefour, pas une coïncidence. Et c’est exactement le genre de petit piège à fans que les auteurs aiment tendre quand ils savent que l’audience va tout ausculter à la loupe.

Ce qui est assez futé, c’est que la série ne promet rien frontalement. Elle ne brandit pas Batman comme un produit d’appel. Elle laisse simplement entendre que Gotham existe, que ses habitants circulent, que ses ombres débordent déjà dans d’autres coins du monde. Dans une stratégie de construction d’univers, c’est plus élégant qu’un caméo tonitruant. Plus patient aussi. Le DCU ne fait pas encore entrer Batman par la grande porte ; il le fait sentir dans le couloir.

Le chevalier noir, ce grand absent qui prend toute la place

Il faut dire que Batman, dans l’écosystème DC, reste la poule aux œufs d’or par excellence. Peu importe la version, peu importe l’époque, peu importe le costume : dès qu’on prononce son nom, tout se reconfigure. James Gunn le sait très bien, et l’absence actuelle du personnage dans le cœur du DCU n’a rien d’un oubli. C’est une stratégie. On laisse le mythe respirer, on évite de le cramer trop tôt, on prépare le terrain. Le film The Brave and the Bold est bien dans les tuyaux, sans date de sortie annoncée à ce stade, tandis que Clayface doit ouvrir une première vraie excursion à Gotham le 23 octobre 2026. En attendant, Lanterns joue les éclaireurs. Pas avec du tape-à-l’œil, mais avec une rumeur de ville, une origine, une filiation possible. C’est moins spectaculaire, mais beaucoup plus malin.

Et puis il y a la logique industrielle derrière tout ça. Les studios ne construisent plus seulement des films ou des séries ; ils bâtissent des passerelles, des promesses, des zones de recouvrement entre les œuvres. Un nom comme Gotham dans Lanterns, ce n’est pas juste du lore : c’est une prise de température du public. Est-ce qu’on frémit ? Est-ce qu’on suit ? Est-ce qu’on veut déjà savoir qui, dans cette version du DCU, portera la cape, la peur et le trauma familial jusqu’au bout ? La réponse, évidemment, est oui. On veut savoir. On veut même un peu trop savoir. Batman n’a pas besoin d’apparaître pour monopoliser l’attention ; son absence suffit déjà à faire tourner la machine.

Alors oui, Kerry Kane peut très bien rester un personnage secondaire, un simple relais de mystère dans une série qui préfère les silences aux grandes déclarations. Mais si Lanterns choisit de la relier à Gotham, ce n’est sûrement pas pour faire joli. Dans un univers partagé, chaque nom est une porte, chaque origine une clé, chaque demi-aveu une invitation à fouiller plus loin. Et franchement, entre nous, c’est aussi pour ça qu’on continue à regarder ces machins-là : pour le moment exact où une phrase banale devient un caillou dans la chaussure de tout un univers. Le DCU vient peut-être de glisser sa première vraie ombre de Batman dans le décor. Et ça, mine de rien, ça change tout.

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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