Dans Reacher saison 4, la série ne se contente plus de cogner fort : elle retourne la table en plein milieu du repas. Et si Alan Ritchson lui-même a levé un sourcil en lisant le script, c’est bien qu’on n’est pas face à un simple petit détour scénaristique.
Depuis son lancement sur Prime Video en 2022, Reacher s’est imposée comme une machine à action calibrée au millimètre, avec Alan Ritchson en colosse taciturne et une promesse très simple : des baffes, des enquêtes, du muscle et une efficacité presque old school. La série, adaptée des romans de Lee Child, a trouvé son public en jouant la carte du héros solitaire, du thriller musclé et du rythme sans gras. Sauf que la saison 4, lancée en 2026, a visiblement décidé de ne pas faire les choses à moitié : d’après la source de /Film, l’épisode 4, intitulé Karambits and Pieces, balance un renversement de situation qui rebat les cartes bien avant la ligne d’arrivée. Autrement dit, on n’est plus dans la simple montée en tension : on est dans le grand coup de pied dans la fourmilière.
Le contexte, lui, est assez savoureux pour qui suit un peu la mécanique des franchises télévisées. Après une saison 3 réputée pour ses affrontements particulièrement costauds, les auteurs et les coordinateurs de cascades avaient la mission de faire encore plus fort. Ritchson l’avait lui-même annoncé avant la diffusion : cette saison serait la plus sanglante de la série. On voit le genre de promesse qui engage tout le monde, de l’équipe des combats aux scénaristes, en passant par le pauvre spectateur qui pensait juste regarder un type casser des mâchoires entre deux répliques sèches. Résultat : la saison ne se contente pas d’empiler les séquences d’action, elle accélère aussi sur le terrain du mystère, avec un twist qui arrive plus tôt que dans le roman Gone Tomorrow de Lee Child, publié en 2009. La série ne trahit pas le matériau, elle le bouscule pour mieux lui tordre le bras.
Dans les premiers épisodes, Lila Hoth et Amisha Hoth se présentent comme une mère et sa fille venues chercher John Sampson, ancien commandant de la Delta Force devenu homme politique, en affirmant qu’il serait le père de Lila. Puis la série déplace le curseur : Lila se révèle journaliste, déterminée à faire tomber Sampson pour son rôle dans l’entraînement du général Putra, figure brutale liée à la mort du mari d’Amisha. Et là, bim, l’épisode 4 retourne encore la situation : tout cela était du flan, ou presque. Les deux femmes apparaissent finalement comme les véritables antagonistes de la saison, responsables de meurtres particulièrement sordides, dont celui d’une cam girl et de Ben Merrick. Dans la dernière ligne droite de l’épisode, elles dégainent leurs karambits, ces couteaux recourbés indonésiens, et l’on comprend qu’on a sous-estimé leur dangerosité. Pas juste des silhouettes ambigües, donc, mais des tueuses entraînées. Le twist ne sert pas seulement à surprendre : il redéfinit le terrain de jeu.
Quand la série grille ses cartouches plus vite que prévu
Ce qui amuse ici, c’est moins le choc en lui-même que son placement. Dans Gone Tomorrow, ce renversement arrive plus tard, au moment où le récit a déjà bien installé ses appuis. Dans la série, il surgit à mi-parcours, ce qui a de quoi déstabiliser même son interprète principal. Ritchson raconte avoir lu la scène avec un vrai temps d’arrêt, au point de se demander ce qu’il restait à raconter sur les quatre épisodes suivants. Franchement, on le comprend : quand on croit avoir atteint le pic dramatique au quatrième chapitre, il faut une sacrée paire de reins narratifs pour relancer la machine sans faire du surplace. Et c’est là que Reacher devient intéressante, parce qu’elle ne se contente pas d’adapter un roman d’action, elle teste la résistance de sa propre formule. La vraie question n’est pas “qui a fait quoi ?”, mais “comment tenir la tension quand on a déjà sorti le gros morceau ?”

Le plus malin, c’est que cette accélération dit quelque chose de la série elle-même. Reacher a toujours vendu une forme de brutalité lisible, presque artisanale, avec une grammaire très claire : un type, des ennemis, un problème, des os qui craquent. Mais ici, la saison 4 semble vouloir faire monter la température à un niveau presque absurde, au point que Ritchson parle d’un virage vers quelque chose de “complètement fou”. On peut sourire de la formule, mais elle dit bien l’ambition du moment : dépasser la simple adaptation pour fabriquer un objet plus nerveux, plus imprévisible, presque plus joueur. Et ça, pour une série d’action qui aurait pu ronronner dans sa zone de confort, c’est plutôt bien vu. Passer le flambeau à la surprise, voilà le vrai pari.
Les poings, les couteaux et le petit supplément de chaos
Il faut aussi regarder ce que cette saison raconte en creux sur l’économie des séries à succès. Quand une franchise télévisée fonctionne, le danger n’est pas seulement la répétition : c’est l’aseptisation. À force de vouloir rassurer, on finit par lisser. Reacher choisit ici l’inverse, quitte à brûler plus vite quelques étapes du roman source. C’est un risque, oui, mais un risque qui a du nerf. D’autant que la série s’inscrit dans une logique très contemporaine de plateforme : capter l’attention vite, surprendre tôt, relancer souvent. En 2026, dans une guerre du streaming où chaque épisode doit justifier sa place, la demi-mesure a rarement bonne presse. Alors quand la série sort le couteau avant l’heure, on se dit qu’elle a compris la musique.
Et puis il y a Alan Ritchson, qui continue de faire de Jack Reacher un demi-dieu de série B premium, entre masse physique, regard fermé et ironie sèche. Son étonnement face au twist n’est pas anodin : il rappelle que le personnage fonctionne aussi parce qu’il est pris dans un dispositif qui le dépasse un peu, comme si la série s’amusait à lui compliquer la vie au lieu de le transformer en simple machine à victoire. C’est là que Reacher garde sa petite étincelle : dans cette manière de mêler le plaisir du coup de poing et celui du faux-semblant. On peut toujours faire semblant de regarder ça pour “l’action”, mais la vérité, c’est qu’on reste aussi pour voir à quel moment la série va encore nous prendre à revers. Et visiblement, elle n’a pas fini de sortir des lapins du chapeau.
La suite promet donc de pousser le curseur encore plus loin, avec une deuxième moitié de saison annoncée comme débridée. Si la série tient sa ligne, elle pourrait bien transformer ce twist précoce en moteur d’une montée en puissance franchement réjouissante. Sinon, elle se tirera une balle dans le pied avec ses propres bottes de combat. Mais à ce stade, on a surtout envie de voir jusqu’où elle ose aller, parce qu’un thriller qui accepte de se saboter un peu pour mieux repartir, ça a quand même autre chose dans le ventre qu’un simple produit de plateforme bien peigné. Et ça, chez NRmagazine, on appelle ça une bonne raison de rester assis jusqu’au bout du générique.
Bande-annonce VF de Reacher
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




