Et si le futur de Resident Evil passait par Kevin McCallister, John McClane et Marty McFly ? Zach Cregger a visiblement décidé que la survie dans un couloir infesté de zombies se jouait autant au cerveau qu’aux cartouches, et ça, on ne va pas faire semblant de ne pas trouver l’idée délicieusement tordue.

À Hollywood, les adaptations de jeux vidéo ont longtemps eu le chic pour se prendre les pieds dans le tapis : soit elles copiaient servilement leur matériau d’origine, soit elles le trahissaient avec l’assurance d’un producteur qui a confondu fidélité et paresse. Depuis quelques années, le vent tourne un peu. Après le succès de The Last of Us côté série et la montée en puissance d’adaptations plus assumées, Resident Evil revient au cinéma avec Zach Cregger, le cinéaste de Barbarian et Weapons, deux films qui ont installé chez lui une réputation de faiseur de cauchemars très propre sur lui, mais avec un sale goût pour le malaise. Le projet, attendu en salles le 18 septembre 2026, ne cherche pas à rejouer une partie connue : il repart d’une base plus sèche, plus primitive, plus tendue. Un survivant, peu de moyens, beaucoup d’horreur. Le bon vieux principe du « débrouille-toi avec trois balles et une mauvaise idée ». Et c’est là que Cregger sort son petit jeu de miroirs pop, entre comédie familiale, action musclée et science du bricolage nerveux.

Dans une séance de questions-réponses rapportée par /Film, le réalisateur a expliqué avoir donné à Austin Abrams trois figures à avoir en tête pour incarner Bryan : Kevin McCallister de Maman, j’ai raté l’avion !, John McClane de Die Hard et Marty McFly de Retour vers le futur. Rien que ça. Sur le papier, le mélange a l’air d’un cocktail préparé après minuit, quand on a vidé le frigo et l’armoire à VHS. En pratique, l’idée tient debout parce que ces trois héros partagent une même logique de survie : improviser, encaisser, retourner la situation avec ce qu’on a sous la main. Kevin piège sa maison comme un petit ingénieur de guerre domestique ; McClane avance en mode machine à survivre, à moitié blessé, à moitié insolent ; McFly garde ce mélange de panique et de culot qui lui permet de traverser des catastrophes plus grandes que lui. Autrement dit, Cregger ne demande pas à Abrams de jouer un soldat d’élite, mais un type qui panique intelligemment.

Le zombie, ce grand recycleur de débrouille

Et c’est probablement là que Resident Evil peut retrouver une partie de sa meilleure énergie. La saga vidéoludique de Capcom n’a jamais été seulement une affaire de monstres et de couloirs sombres ; son vrai moteur, c’est la gestion de la pénurie. On avance avec un inventaire minuscule, on hésite devant chaque porte, on économise chaque munition comme si le monde entier dépendait d’un chargeur de travers. Cregger semble avoir compris que le frisson naît moins de la puissance que de l’impuissance organisée. Le héros n’est pas un demi-dieu en gilet pare-balles. C’est un type qui doit improviser avec des bouts de ficelle, des réflexes et un peu de chance. Pas glamour ? Justement. C’est là que ça devient bon.

Affiche de Resident Evil
Affiche de Resident Evil

Le choix de ces références dit aussi quelque chose de la méthode Cregger. Il ne plaque pas une esthétique de fanboy sur un univers déjà saturé de lore ; il va chercher des archétypes de cinéma populaire pour fabriquer une grammaire de jeu, presque une mécanique de mise en scène. Kevin McCallister, McClane, McFly : trois héros de l’enfance, de l’action et du teen movie, trois façons de transformer la peur en énergie narrative. On n’est pas dans la citation décorative, mais dans un petit manuel de survie émotionnelle. Et franchement, ça change des adaptations qui croient qu’un clin d’œil au logo suffit à faire battre le cœur d’une franchise. Ici, le jeu vidéo ne sert pas de vitrine : il redevient une machine à fantasmes et à panique.

Le bon vieux réflexe du cinéma qui se souvient de ses jouets

Il faut aussi voir le sous-texte méta, parce qu’il y en a un, évidemment. Resident Evil a longtemps été coincé entre plusieurs identités : film d’horreur, blockbuster d’action, franchise de studio, produit de marque. En ramenant le récit vers un survivant vulnérable, Cregger semble vouloir réconcilier le film avec le sentiment de jeu, celui où l’on avance à tâtons, où chaque pièce peut être un piège, où la moindre erreur coûte cher. C’est presque une leçon de mise en scène à l’ancienne : faire du spectateur un joueur sans manette, le mettre dans la position de quelqu’un qui anticipe, qui craint, qui espère un miracle à la dernière seconde. Et ça, dans un grand studio movie de 2026, ce n’est pas rien.

Le détail amusant, c’est que cette stratégie passe par des héros que tout le monde connaît déjà par cœur. McCallister, McClane, McFly : trois icônes de l’ère où le cinéma grand public savait encore fabriquer des personnages immédiatement lisibles, capables d’entrer dans l’imaginaire collectif sans tutoriel. Cregger ne les convoque pas pour faire joli, mais pour rappeler qu’un protagoniste de genre doit être lisible en une seconde. Peur, culot, débrouille, voilà le trio gagnant. Le reste, c’est du bruit. Et dans une adaptation de Resident Evil, le bruit, on sait déjà à quoi il ressemble : des portes qui grincent, des couloirs qui suintent et des zombies qui débarquent au pire moment.

Reste à voir si le film tiendra cette promesse quand il sortira en salles le 18 septembre 2026. Les premiers retours de projections tests évoqués par la presse spécialisée semblent aller dans le bon sens, mais on connaît la chanson : Hollywood adore vendre l’odeur du feu avant d’avoir allumé l’allumette. Cela dit, Cregger a déjà prouvé avec Barbarian puis Weapons qu’il savait transformer une idée simple en cauchemar très bien tenu. S’il applique à Resident Evil la même logique de tension, de surprise et de précision, on pourrait bien tenir un opus qui ne se contente pas d’exploiter une licence de plus. On pourrait même, horreur suprême pour certains, avoir un film qui comprend enfin pourquoi on aime tant courir après des zombies avec trois balles et un peu de panache. Le vrai héros, au fond, ce n’est pas celui qui tire le plus. C’est celui qui survit avec style.

Bande-annonce VF de Resident Evil

Part.
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