Jackass: Best and Last n’a rien d’un simple adieu de plus : c’est le moment où Johnny Knoxville et sa bande rangent enfin les cascades débiles, les corps en miettes et la glorification du grand n’importe quoi. Et comme souvent avec cette franchise née en 2000, on rit jaune, on grimace, puis on se dit qu’il y a là quelque chose de plus touchant qu’un simple concours de coups reçus dans les parties.
Pour replacer un peu le bazar dans son époque, Jackass s’est imposé au début des années 2000 comme une anomalie devenue machine à cash et à culture pop : MTV, le cinéma trash, la télé-réalité avant qu’elle ne se prenne pour du prestige, et cette bande de zigotos qui a transformé l’automutilation volontaire en langage commun. Le premier long métrage, sorti en 2002, a ouvert la voie à une franchise qui a survécu aux modes, aux mauvaises idées et, surtout, aux os cassés. Johnny Knoxville, qui a eu 55 ans cette année, a fini par dire stop après des décennies à encaisser des chocs, des morsures, des chutes et des traumatismes crâniens en série. À ce stade, le bon sens n’a pas exactement été la valeur cardinale du projet, mais on ne va pas faire les vierges effarouchées : le cœur de Jackass, c’est la collision entre l’amitié et la bêtise organisée.
La sortie à domicile de Jackass: Best and Last est calée au 11 août 2026 en achat ou location numérique, via la fenêtre VOD de Paramount Home Entertainment. Et l’opération ne se contente pas de recycler le film de salles : des scènes coupées accompagneront cette dernière virée, histoire de prolonger le plaisir coupable. Dans le lot, on retrouvera aussi des séquences inédites, dont certaines ont visiblement été gardées sous le coude pour ne pas faire exploser la classification en salles. Rien d’étonnant : la franchise a toujours joué avec la limite, comme un gamin qui teste jusqu’où il peut pousser la porte avant de se la prendre dans la gueule. Chez Jackass, le bonus n’est jamais un bonus anodin : c’est souvent le moment où ça devient franchement sale.
Le cirque ferme, mais les bleus restent
En apparence, Jackass: Best and Last aligne les morceaux de bravoure qu’on attend de la maison : escape room infernale, robot nommé Larry qui inflige un examen prostatique métallique à Steve-O, retour de cascades anciennes, et même le fameux gilet pare-balles de Knoxville en ouverture. Sauf que le film ne fonctionne pas seulement comme une compilation de gags extrêmes. Jackass Forever, déjà, avait surpris par sa mélancolie discrète, presque tendre, derrière la brutalité des numéros. Cette fois, l’idée de fin de parcours pèse davantage. On n’est plus seulement dans la surenchère : on regarde des types vieillir sous nos yeux, et ça change tout. Le slapstick devient un film sur le temps qui passe. Pas très glamour, mais sacrément plus intéressant.

Les chutes, les potes et le grand âge
La vraie malice de Jackass a toujours été là : sous les pets, les chutes et les humiliations, il y a un collectif, une bande, une chimie de cour de récré qui n’a jamais totalement quitté l’écran. Jeff Tremaine, aux commandes depuis les débuts, sait très bien que la franchise ne tient pas seulement par l’adrénaline, mais par cette fraternité bancale où chacun accepte d’être le cobaye de l’autre. Et quand Knoxville annonce l’arrêt, ce n’est pas juste un retrait de cascadeur fatigué ; c’est la fin d’un pacte. Le genre de pacte qu’on signe en riant, puis qu’on paie en kiné et en IRM. On n’abandonne pas Jackass parce qu’il devient sage ; on le quitte parce que le corps, lui, n’a jamais signé pour l’éternité.
Reste que la franchise laisse derrière elle un petit empire de chaos : cinq films, les épisodes intermédiaires .5, et assez de séquences de chute libre pour remplir une cinémathèque de l’hématome. On imagine mal une Criterion Collection de l’intégrale, mais l’idée fait sourire rien qu’un peu. En attendant, Paramount organise la dernière séance à sa manière, avec ce qu’il faut de contenu additionnel pour que le deuil ressemble encore à une petite fête foraine sous anesthésie. Et franchement, qui aurait parié en 2000 qu’une bande de casse-cou finirait par nous émouvoir en rangeant ses jouets ? Le vrai gag, c’est peut-être que Jackass aura fini par parler du vieillissement mieux que bien des drames sérieux.
Alors oui, on peut toujours se dire que ce genre de cinéma ne mérite pas tant d’égards. Mais ce serait oublier qu’il a tenu bon pendant plus de vingt ans, sans se renier, en transformant la douleur en rituel collectif. Pas très élégant, certes. Mais diablement humain.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




