Will Ferrell a encore trouvé un sport à maltraiter pour notre plus grand trouble : après le patinage, la NASCAR, le basket et le foot, le voilà qui s’attaque au golf dans The Hawk, série Netflix lancée en fanfare mais accueillie avec un sérieux coup de froid critique.
Le timing n’a rien d’anodin. Depuis des années, Netflix adore recycler la logique du “gros nom + concept immédiatement lisible” pour faire décoller ses lancements, et là, la plateforme tient un petit moteur de curiosité quasi automatique : Ferrell, un terrain de jeu sportif bien balisé, une promesse de comeback, et cette bonne vieille odeur de vanne en short à carreaux. Selon le classement FlixPatrol cité par Slashfilm, The Hawk a pris la première place des séries Netflix aux États-Unis et au Canada sur ses trois premiers jours d’exploitation. Sur le papier, ça fait le job. Dans les faits, c’est déjà une autre histoire.
Le problème, c’est qu’à force de vouloir transformer un gag de long métrage en série, on finit parfois par étirer l’élastique jusqu’au point de rupture.
Le swing de trop
Ferrell n’arrive pas en terrain inconnu. L’homme a déjà bâti une petite mythologie de l’idiot sublime dans le sport de fiction : figure skating avec Blades of Glory, NASCAR avec Talladega Nights: The Legend of Ricky Bobby, basket avec Semi-Pro, football des gamins avec Kicking and Screaming. À chaque fois, le ressort est le même : un personnage persuadé d’être un demi-dieu alors qu’il avance comme un meuble Ikea mal monté. C’est précisément ce décalage qui fait mouche. Le golf, lui, semblait presque taillé sur mesure pour cette mécanique. Entre les postures compassées, les codes de classe et les petits drames de terrain, il y a de quoi nourrir une vraie satire sociale. Ou au moins une bonne gamelle.
Dans The Hawk, Ferrell incarne Lonnie “The Hawk” Hawkins, ancien numéro un mondial en 2004, lancé dans une tentative de retour vingt ans plus tard pour compléter son Grand Chelem en carrière. Sur sa route : son fils Lance, joué par Jimmy Tatro, étoile montante du circuit, et son rival de toujours, Golden Fisk, interprété par Luke Wilson. Molly Shannon campe l’ex-épouse Stacy, Fortune Feimster la caddie Sam. Bref, le casting aligne des visages qui savent tenir une réplique et encaisser une absurdité. Sur le papier, ça tient la route. Mais un bon alignement de têtes d’affiche ne suffit pas toujours à faire une comédie qui respire.
Le trou dans le green
Les premiers retours critiques sont sévères. D’après Slashfilm, le score critique de la série sur Rotten Tomatoes plafonne à 29 % au moment où ces lignes sont écrites. Le reproche revient en boucle : ce n’est pas assez drôle, et surtout pas assez dense pour justifier un format sériel. Là, on touche à un vieux péché originel des plateformes : prendre une idée qui aurait sans doute mieux fonctionné en 90 minutes, puis lui coller des épisodes parce qu’il faut bien nourrir la machine. Résultat ? Des respirations qui ressemblent à du remplissage, des vannes qui s’éparpillent, et cette sensation un peu triste qu’on regarde un bon pitch se diluer dans l’eau tiède.

Le développement du projet n’a d’ailleurs pas été un long fleuve tranquille. Toujours selon Slashfilm, la version initiale réunissait Ferrell, Ramy Youssef et Josh Rabinowitz, Youssef devant aussi jouer dans la série, avant que les deux ne quittent le navire l’an dernier pour des divergences créatives rapportées par la presse. Ce genre de départ laisse souvent des traces : le ton bouge, la ligne comique se déforme, et l’objet final perd parfois ce petit grain de folie qui fait la différence entre une farce bancale et une vraie trouvaille. Quand une série naît avec des coutures visibles, le spectateur les voit avant même le premier putt.
Ferrell, ce vieux routier du gag en crampons
Ce qui rend l’affaire intéressante, malgré tout, c’est que Ferrell continue de travailler une figure très précise de la comédie américaine : le type qui s’obstine, qui refuse de voir sa propre médiocrité, et qui transforme chaque discipline en champ de bataille narcissique. C’est une tradition très américaine, presque politique dans sa bêtise assumée, et Ferrell en est l’un des derniers grands artisans. Il ne joue pas seulement un sportif raté ou dépassé ; il joue une idée du retour impossible, du champion qui veut encore croire qu’il peut dominer le monde alors que le monde a déjà changé de chaîne. C’est là que le personnage devient méta, et pas qu’un peu.
Le golf, dans cette logique, reste un terrain comique redoutable. Sport de précision, de retenue, de silence, il supporte mal l’excès. C’est précisément pour ça qu’il attire les clowns. Caddyshack avait capté ce potentiel par éclats ; Happy Gilmore l’avait converti en machine à gags avec une efficacité de bulldozer. Mais le format série, lui, demande autre chose : une progression, des variations, une vraie architecture. Sinon, on tourne en rond sur le practice. Et on commence à entendre le bruit du vide entre deux blagues.
Au fond, The Hawk raconte peut-être moins le golf que l’entêtement des plateformes à croire qu’un bon nom suffit à faire tenir une saison entière.
La bonne nouvelle, c’est que le public semble avoir répondu présent au démarrage. La mauvaise, c’est que l’emballement initial ne protège jamais d’un essoufflement rapide. Ferrell, lui, continue de jouer son jeu : foncer, surjouer, provoquer le déséquilibre. C’est souvent là qu’il est le meilleur. Reste à savoir si Netflix lui a offert un fairway ou un piège à sable. Et ça, franchement, on le sent venir à trois kilomètres.
Bande-annonce VF de The Hawk
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




