Les premières prédictions pour l’Oscar du meilleur film 2027 sentent la poudre, le sable et le gros chèque de studio. Avec Dune: Part Three, The Odyssey et Digger dans le radar, Hollywood semble prêt à ressortir ses mastodontes du garage.
À ce stade, on parle encore de prédictions, pas d’oracle gravé dans le marbre. Mais le simple fait que les premières tendances fassent remonter des projets estampillés grands studios dit déjà quelque chose de l’air du temps : après plusieurs saisons à voir les plateformes, les drames intimistes et les outsiders bien coiffés grignoter la course, l’industrie pourrait bien tenter un petit retour de flamme. Et pas avec des films de chambre, non : avec des machines de guerre pensées pour l’exploitation en salles, les campagnes de prix et, soyons honnêtes, les tableaux Excel des majors. La source de Variety, mise à jour le 28 juin 2026, rappelle d’ailleurs que ces classements bougent chaque semaine. Bref, on est dans le brouillard, mais un brouillard très cher. Hollywood adore annoncer son grand retour avant même d’avoir passé la première courbe.
Ce n’est pas anodin. Depuis le début des années 2010, l’Academy a souvent récompensé des films qui semblaient à contre-courant du blockbuster pur jus, comme si l’Olympe des Oscars préférait se donner des airs de conscience artistique plutôt que de céder à la tentation du spectacle. Sauf que le box office mondial, lui, n’a jamais cessé de rappeler qui faisait vraiment tourner la boutique. Entre le choc post-pandémie, la fragilisation de la fenêtre de diffusion et la guerre ouverte entre salles et plateformes, les studios ont compris qu’un grand film événement pouvait encore servir de fer de lance. Et quand on voit remonter des titres comme Dune: Part Three ou The Odyssey, on sent bien la stratégie : faire de la démesure un argument de prestige, et du prestige un argument de vente. Pas idiot. Un peu cynique, mais pas idiot.
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement qui sera nommé : c’est de savoir si les studios ont retrouvé le mode d’emploi du prestige rentable.
Le sable, la mer et le gros bras
Dans cette première photographie de la course, Dune: Part Three joue évidemment la carte du poids lourd. La saga de Denis Villeneuve a déjà prouvé qu’un film de science-fiction pouvait encore exister comme objet de cinéma total, avec un budget de production massif, une ambition plastique réelle et une aura de franchise qui ne sent pas la soupe industrielle à dix kilomètres. Si le troisième opus confirme cette trajectoire, il pourrait incarner le parfait compromis entre auteurisme de façade et puissance de feu marketing. Le genre de film que les studios aiment brandir comme preuve qu’ils savent encore faire du cinéma, alors qu’ils savent surtout faire des campagnes très propres. Le blockbuster, quand il se déguise en candidat sérieux, devient soudain fréquentable.
Face à lui, The Odyssey fait déjà lever un sourcil. Le simple titre convoque la machine à fantasmes hollywoodienne dans ce qu’elle a de plus ancien : l’adaptation d’un mythe, la promesse d’un spectacle de grande ampleur, le parfum de fresque qui veut à la fois impressionner les multiplexes et rassurer les votants. On connaît la chanson. Quand un studio s’attaque à un monument littéraire ou mythologique, il ne vend pas seulement un film, il vend une légitimité. Et si le projet tient ses promesses, il pourrait bien devenir le genre d’opus qui permet à un studio de dire : regardez, on ne fait pas que des suites, on fait aussi de la culture avec un grand C. La bonne blague, mais parfois ça marche.
Les outsiders qui viennent gratter la porte
Le cas de Digger est plus intéressant encore, parce qu’il rappelle que les Oscars aiment aussi les titres qui sentent le terrain, la matière, le film de cinéaste avec une vraie singularité. Dans une course où les gros studios essaient de reprendre la main, un outsider bien placé peut toujours venir jouer les trouble-fête. C’est même une vieille tradition de l’Academy : au milieu des locomotives, un film plus discret surgit, profite d’un bouche-à-oreille solide, d’un casting bien calibré ou d’une lecture politique du moment, et finit par s’installer dans le peloton de tête. L’histoire des Oscars est pleine de ces petits cailloux dans la chaussure des géants. Le prestige aime les monstres sacrés, mais il raffole aussi des coups de pied dans la fourmilière.
Ce qui rend cette première vague de prédictions amusante, c’est qu’elle dit moins quelque chose des films eux-mêmes que de l’état du marché. Les studios veulent à nouveau croire qu’un grand long métrage événement peut faire converger salles, critiques et votants autour d’un même récit. En 2024 et 2025, la course a souvent ressemblé à un jeu de chaises musicales entre productions indépendantes, titres de streaming et rescapés de festivals. Là, on voit poindre une autre logique : celle d’un retour au centre de gravité hollywoodien, avec ses budgets de production à neuf chiffres, ses têtes d’affiche, ses campagnes millimétrées et sa nostalgie du grand spectacle comme argument de distinction. C’est vieux comme le système, mais ça revient toujours. Comme un reboot qu’on n’a pas demandé et qu’on regarde quand même.
Reste que les prédictions de juin ne valent pas grand-chose sans l’inévitable série de secousses qui va suivre : festivals, premiers retours critiques, stratégies de studio, accidents de tournage, polémiques de casting, et tout le petit théâtre qui transforme une course en feuilleton. D’ici là, on peut surtout constater une chose : si ces titres tiennent la route, les Oscars 2027 pourraient bien offrir à Hollywood ce qu’il aime le plus en secret, un prétexte pour se regarder dans le miroir en costume trois-pièces. Le cinéma américain adore se dire qu’il a perdu la main, juste avant de sortir le marteau-piqueur.
Et si, au fond, la vraie question n’était pas de savoir qui gagnera, mais quel studio aura réussi à faire passer sa grosse machine pour une évidence artistique ? Là, on touche au cœur du truc. Le reste, c’est du vernis doré et des pronostics qui changent tous les jeudis.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




