
Dans le panorama foisonnant de l’univers cinématographique Marvel, la sortie de Thunderbolts* en avril dernier a profondément divisé : tantôt salué pour son audace, tantôt critiqué pour son accueil commercial, ce film semble bien parti pour s’inscrire comme l’un des revers notables de la franchise, un constat d’autant plus amère que l’enthousiasme critique initial laissait espérer un nouveau souffle. Après plus de trois décennies d’aventures et quatre-vingt-dix-huit personnages pour ne citer qu’eux, Marvel Studios se confronte à nouveau aux incertitudes d’une franchise qui se renouvelle autant qu’elle se cherche. De la genèse des anti-héros rassemblés dans Thunderbolts* à l’analyse des chiffres du box-office, en passant par une comparaison avec les autres titres passés et la perspective offerte par les projets à venir, cet article explore les raisons et les conséquences de cet échec apparent.
Dans un univers où les super-héros ont toujours brillé sous les projecteurs, Marvel Studios choisit avec Thunderbolts* d’explorer une voie moins convenue, celle des marginaux et des personnages cabossés, une version sombre et humaine de son casting réunissant des figures moins emblématiques, voire oubliées. Ce choix surprenant, comparable à un tableau où le dessin s’efface pour révéler un croquis plus brut, tentait de renouveler le genre super-héroïque en investissant un terrain de nuance souvent délaissé par la franchise.
Ce film s’est aventuré loin des clichés habituels, alignant des antihéros dont les noms avaient résonné dans des seconds rôles lors des précédents comics et films. Des figures comme Yelena Belova, Red Guardian, Ghost, U.S. Agent ou Taskmaster n’étaient a priori pas de véritables aimants pour un large public. Pourtant, Marvel a osé les réunir au sein de ce qui se voulait une sorte de “nouvelle étape” pour le MCU (Marvel Cinematic Universe), avec une équipe qui compose tant bien que mal une famille dysfonctionnelle de seconds couteaux.
Voici quelques éléments qui expliquent la démarche entreprise :
Corrélativement, cette orientation inédite a aussi généré une attente singulière chez les cinéphiles, attirant un public curieux de voir comment Marvel pouvait renouveler un univers parfois jugé épuisé, sans pourtant risquer une fracture trop radicale dans son public traditionnel.
Le récit de Thunderbolts* repose sur des personnages(tels que Yelena, Ghost ou Taskmaster) marqués par leurs échecs passés, cherchant une mission à haut risque. Le choix éditorial de les mettre en scène s’inscrit dans un mouvement vers une production plus mature, voire sombre, proche des succès que pouvait connaître la franchise lorsqu’elle s’aventurait hors des sentiers battus, comme dans certains comics cultes.
Néanmoins, cette stratégie a suscité des réserves tant sur la pertinence scénaristique que sur le simple attrait que ces figures peuvent susciter auprès des spectateurs moins familiers de leur comic d’origine. L’intensité dramatique, parfois troublante, n’a pas toujours su compenser pour beaucoup l’absence d’un capital empathique immédiat, que certains héros de Marvel ont acquis au fil des années par leurs récits classiques.
Dans la mesure où la mise en avant d’anti-héros s’est avérée trop tardive ou mal calibrée, l’effet escompté du film est aujourd’hui atténué par un autre paramètre déterminant : le manque d’enthousiasme du public, visible notamment dans les chiffres d’exploitation.
La comparaison des performances commerciales révèle crûment que la critique positive ne garantit pas automatiquement la réussite au box-office. Thunderbolts* a récolté environ 370 millions de dollars dans le monde après près d’un mois d’exploitation. Cette somme, quand bien même respectable dans l’absolu, paraît moins brillante au regard des attentes placées dans une production Marvel et surtout au regard d’autres films récents de la franchise.
À titre de comparaison :
De plus, au box-office domestique des États-Unis et du Canada, crucial pour la rentabilité d’une production hollywoodienne, Thunderbolts* plafonne à environ 181 millions contre 224 millions pour Shang-Chi, par exemple. Ces chiffres traduisent une fréquentation décevante, révélant une faible adhésion ou un désintérêt marqué pour ce groupe atypique d’anti-héros, malgré le poids marketing de Marvel.
On notera que même des films ayant souffert de conditions défavorables, tels que Black Widow ou Les Éternels, ont largement devancé Thunderbolts*. Ainsi, malgré un budget relativement modeste pour la franchise (estimé à environ 180 millions), cette performance médiocre risque d’écorner la réputation du film.
Le constat est clair : Thunderbolts* illustre cette fois un phénomène classique de l’industrie cinématographique, où la créativité et le pari esthétique peuvent s’avérer insuffisants face à la nécessité d’atteindre un public massif.
Le marketing de Thunderbolts* semble n’avoir pas pleinement réussi à capter l’attention ou à créer un engouement comparable à celui des productions Marvel standards, souvent bâti autour de noms et de figures-phares. En discutant avec de nombreux cinéphiles et experts, plusieurs facteurs semblent être venus affaiblir cette campagne :
Pourtant, certains critiques et fidèles ont souligné une volonté réelle de la part du studio de proposer une intrigue plus humaine, à taille plus humaine, s’éloignant de la démesure devenue souvent source de saturation du genre super-héroïque. Ce choix mérite une attention particulière puisque c’est dans cette nuance que réside aussi l’espoir d’une évolution du MCU.
Le souci récurrent des adaptations Marvel reste cette nécessité de conjuguer fidèlement les attentes des fans de comics avec celles d’un public plus large, souvent difficile à saisir en raison des mécaniques narratives complexes des univers étendus. Thunderbolts* s’inscrit dans ce dilemme, mettant en avant des héros de seconde zone qui ont longtemps habité les pages moins célèbres des comics Marvel.
Or, adapter un comic, surtout quand il s’agit d’un groupe méconnu comme les Thunderbolts, offre des opportunités comme des périls :
Cependant, Thunderbolts* montre les limites d’un tel pari, notamment quand la réception commerciale n’est pas à la hauteur des critères imposés par une franchise qui affiche désormais des ambitions mondiales gigantesques.
Au-delà de la nature des personnages, le film s’est révélé être un exercice de complexité narrative où plusieurs arcs s’entrelacent, ce qui peut rebuter ceux qui cherchent plus un spectacle immédiat qu’une plongée dans des drames et dilemmes moraux. Cette densité, si elle est saluée par les critiques, a pu apparaître comme une barrière pour le spectateur moyen.
Ce type d’approche montre que Marvel ose malgré tout proposer d’autres trajectoires que celles uniformisées, mais cela ne passe pas sans un certain prix commercial et la remise en question de l’élasticité narrative de la franchise.
Tandis que Marvel Studios pensait avoir franchi un palier avec la phase 4 et 5, avec des titres oscillant entre grand public et œuvres plus originales, la série d’échecs récents interroge sur la direction prise. D’autres films accusent également une sous-performance notable qui rappelle que le succès n’est jamais acquis, même pour un mastodonte hollywoodien.
Parmi les exemples les plus marquants, plusieurs long-métrages illustrent ces aléas :
Cette accumulation témoigne d’un Stalingrad créatif pour Marvel, entre projets trop ambitieux, mal calibrés ou simplement mal reçus, avec une difficulté croissante à trouver l’équilibre entre l’innovation et la tradition au sein de la franchise.
Cette série d’échecs pointe vers une période de transition exigeante pour Marvel, sur fond de compétition accrue et d’un public n’hésitant plus à exprimer son dédain pour certaines productions. Des questions fondamentales se posent :
La prise de conscience est palpable, et les échos venus de Disney et du réalisateur de Thunderbolts* suggèrent un recentrage et une maîtrise plus serrée des moyens, annonçant peut-être la fin des budgets extravagants contestés depuis plusieurs années dans les studios Marvel. Ce réalignement pourrait s’inscrire dans l’air du temps, où la qualité prime sur la quantité, évitant les excès qui ont canalisé l’attention du public.
L’avenir des Thunderbolts dans le MCU demeure incertain, même si leur retour est prévu dans le prochain Avengers : Doomsday, marquant une tentative de donner une deuxième chance à cette équipe.
Malgré une réception mitigée, certains membres comme Sentry ou Yelena semblent détenir une potentielle valeur narrative non négligeable. Leur complexité humaine ajoute un souffle différent aux figures plus conventionnelles de la franchise. Mais l’ombre de l’échec plane toujours :
Il est d’autant plus intéressant de comparer cette situation à celle des Éternels qui, quatre ans après leur sortie, sont restés en suspens dans l’univers, témoignant des difficultés à conjuguer ambition et succès durable.
Au-delà de la réception immédiate, la question est surtout posée sur l’intégration à venir dans un univers devenant plus saturé que jamais.
L’arrivée programmée des 4 Fantastiques et la menace de Dr. Doom représentent des nouveaux horizons, qui resteront peut-être les fers de lance du MCU, obligeant à une réorganisation des priorités.
La sortie récente de Spider-Man 4 et ses projections sur Avengers : Doomsday et Secret Wars démontrent cette volonté de recentrage et de flexibilité dans le calendrier, qui peut offrir un second souffle aux Thunderbolts* et à l’ensemble du MCU.
En 2025, le modèle des franchises de super-héros, longtemps synonyme d’innombrables records de box-office, semble traverser une zone de turbulence qui dépasse Marvel Studios. La difficulté de Thunderbolts* à créer un écho favorable s’inscrit dans une dynamique plus large, dans laquelle les studios sont invités à repenser leur rapport au public et à la narration.
On observe ainsi que :
Cette transition est aussi une opportunité pour le genre, ouvrant la porte à des séries captivantes et à des films porteurs de réflexions profondes, semblables à ce qui se produit dans certains ensembles, très loin du cinéma d’action traditionnel. Un parallèle intéressant se trouve dans l’univers Netflix où des productions comme Better Call Saul ont su cultiver un retour à l’intimité narrative, loin des effets spéciaux spectaculaires.
À l’heure où la franchise Marvel se réinvente, les enjeux ne se limitent plus à aligner des super-héros avec des pouvoirs détonants. Il s’agit de trouver des histoires qui résonnent, qui incarnent et qui permettent au spectateur de s’attacher à ces figures souvent surhumaines. Thunderbolts*, malgré ses défauts, reste une expérience intéressante, une forme de laboratoire narratif.
Pour suivre ces évolutions, il est toujours pertinent de rester à l’affût des nouveautés du MCU et d’autres univers cinématographiques et télévisuels, qu’il s’agisse de films ou de séries, avec des analyses détaillées comme celles proposées à travers des plateformes spécialisées.
Si Thunderbolts* figure parmi ces tentatives qui peinent à conquérir le large public, il est indéniable que ce film témoigne d’une volonté sincère de Marvel d’innover. Souvent, les oeuvres qui dérangent ou cassent les codes rencontrent des résistances dans l’immédiat avant de léguer une influence durable.
Selon les indicateurs actuels :
Le chemin est semé d’embûches, mais aussi ouvert à la renaissance possible d’une franchise qui a dominé le cinéma super-héroïque depuis plus de vingt ans. Marvel pourrait, à terme, tirer parti de cette période pour s’élaborer autrement, à l’image de certaines séries où l’élégance des détails s’impose dans la durée.
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