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    Nrmagazine » Keanu Reeves, samouraï en bois et en colère avec Hidari
    Blog Entertainment 26 juin 20266 Minutes de Lecture

    Keanu Reeves, samouraï en bois et en colère avec Hidari

    À Annecy, le projet stop-motion joue les John Wick du Japon féodal, sans flingues mais avec une sacrée dégaine
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    À Annecy, il y a les films qui passent, et puis il y a ceux qui débarquent comme une rumeur de sabre dans un atelier de marionnettistes. Hidari, porté par la voix de Keanu Reeves, appartient clairement à la deuxième catégorie.

    Le projet a surgi au Festival international du film d’animation d’Annecy, ce qui n’est jamais anodin : depuis des décennies, la ville savoyarde sert de caisse de résonance aux ambitions les plus folles du stop-motion, ce cinéma de patience, de sueur et de doigts qui collent. Ici, on parle d’un long métrage d’animation en volume centré sur un samouraï, avec Keanu Reeves au micro, et déjà la machine à fantasmes se met en route. Le simple nom de Reeves suffit à faire lever un sourcil au public, mais dans ce cas précis, il n’est pas là pour vendre une franchise de plus ou faire le tour de la promo en costume sombre. Il vient prêter sa voix à un objet qui veut conjuguer ampleur visuelle et intimité dramatique, deux mots que l’industrie adore opposer alors qu’ils devraient souvent aller main dans la main. Le stop-motion, quand il n’est pas réduit à un gadget de prestige, peut justement faire ça : du grand spectacle avec des mains visibles.

    Pour rappel, Keanu Reeves n’est pas un simple demi-dieu pop qui traverse les décennies en gardant la même aura de type vaguement mélancolique et dangereusement cool. C’est aussi un acteur dont la filmographie a souvent flirté avec les figures de guerriers, d’errants, de justiciers et de revenants. John Wick a transformé son corps en langage cinématographique, et son image en mythe contemporain ; Hidari semble vouloir déplacer cette énergie dans un autre champ, plus archaïque, plus tactile, plus baroque aussi. On n’est plus dans le néon, les parkings et les balles en rafale, mais dans le bois sculpté, le sabre et la poussière des légendes japonaises. En gros, on prend la silhouette de John Wick et on la remonte à l’ère féodale avec de la colle, du cadre par cadre et une bonne dose d’obsession.

    Un sabre, des copeaux et une ambition qui ne fait pas semblant

    Le détail le plus intéressant, dans cette affaire, c’est moins la présence de Reeves que la nature même du projet. Le stop-motion reste l’un des derniers territoires où l’animation peut encore afficher sa matérialité sans s’excuser. Là où tant de productions numériques lissent tout, Hidari revendique le grain, les aspérités, la lenteur productive. C’est une esthétique de l’effort, presque une réponse politique à la logique du rendement. À l’heure où les studios aiment les images qui se fabriquent vite et se consomment encore plus vite, un film de samouraï en marionnettes relève presque du pied de nez. Et pas du petit. C’est une manière de dire que le spectaculaire peut encore suer.

    Annecy adore ce genre de promesse, parce que le festival a toujours servi de laboratoire pour les projets qui veulent sortir de la simple ligne industrielle. Depuis longtemps, on y croise des œuvres qui cherchent moins à flatter le box office qu’à réinventer la sensation de cinéma. Hidari s’inscrit pile dans cette tradition-là : un objet de cinéma d’auteur au sens le plus concret du terme, celui où l’auteur ne signe pas seulement une intention mais une matière. Si le projet tient ses promesses, il pourrait rejoindre cette famille de films qui transforment l’animation en terrain de duel entre artisanat et démesure. Et ça, franchement, ça a plus de gueule qu’un énième reboot qui sent la naphtaline.

    Affiche de John Wick
    Affiche de John Wick

    Keanu, la voix du fantôme et du guerrier

    Le choix de Keanu Reeves n’a rien d’un simple coup marketing, même si, soyons honnêtes, le nom fait aussi son petit effet sur les acheteurs et les programmateurs. Reeves traîne depuis longtemps une image de corps traversé par la fatalité, d’homme qui encaisse plus qu’il ne parle, d’interprète dont la présence suffit souvent à installer une mythologie. Dans Hidari, cette qualité peut devenir un atout majeur : la voix de Reeves n’a pas besoin de surjouer pour imposer une gravité presque funéraire. Elle peut donner à un personnage de bois une densité inattendue, comme si le fantôme de l’acteur venait habiter une sculpture. C’est là que le projet devient méta sans forcer le trait : un acteur associé à des figures de survivants prête son timbre à un samouraï animé image par image. Le cinéma adore ces transferts d’énergie, surtout quand ils sentent la poussière, le métal et la légende.

    On peut aussi lire cette participation comme un prolongement logique de la carrière de Reeves. Depuis des années, il navigue entre gros appareils hollywoodiens et propositions plus singulières, avec cette capacité rare à rester une star sans devenir une coquille vide. Il n’a jamais eu besoin de jouer les monstres sacrés pour en avoir l’air. Ici, il s’efface derrière une forme qui réclame précisément cela : un acteur capable de devenir texture, souffle, présence vocale. Et c’est peut-être ce qui rend Hidari plus alléchant qu’un simple projet d’animation “avec une célébrité”. Le casting n’écrase pas le film, il lui donne un point d’appui. Pas mal, pour une histoire de sabres et de marionnettes.

    Annecy, ce vieux complice qui sent encore la sciure

    Il faut aussi regarder où cette annonce a été faite. Annecy n’est pas une vitrine comme les autres : c’est un lieu où l’animation se raconte en termes d’audace, de fabrication et de promesse. Les annonces y prennent une autre saveur parce que le public sait lire entre les lignes, flairer les projets gonflés à l’hélium et ceux qui ont vraiment quelque chose sous le capot. Hidari a visiblement trouvé son public de départ dans cette salle-là, celle où l’on applaudit autant une idée qu’un plan de fabrication. Et quand un projet de stop-motion samouraï réveille l’enthousiasme, ce n’est pas seulement parce qu’il y a Keanu Reeves dans l’équation. C’est parce qu’il réactive une vieille envie de cinéma : voir des images qui ont été fabriquées, touchées, déplacées, reprises, corrigées. Bref, des images qui n’ont pas été vomies par un algorithme en trois clics.

    Reste la vraie question, celle qui agite toujours les projets annoncés trop tôt : est-ce que Hidari saura transformer son pitch en film, son concept en émotion, son clin d’œil en vraie matière dramatique ? Là-dessus, on garde les épaules basses et les yeux ouverts. Mais l’idée, elle, a déjà gagné une bataille. Elle rappelle qu’au milieu des franchises, des suites et des produits calibrés, il existe encore des films capables de faire lever une salle avec trois mots, une voix célèbre et une promesse de bois taillé à la main. Et ça, pour le cinéma, c’est déjà une petite victoire contre la routine.

    Bande-annonce VF de John Wick

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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