Avec The Julia Set, Niki Byrne ne vend pas des équations, il vend un piège sentimental déguisé en brillant exercice de style. Et au milieu, Chase Infiniti fait ce que font les vraies têtes d’affiche quand elles sentent le bon coup : elle prend la lumière sans forcer, ce qui est souvent la marque des futures grandes.
Le film s’inscrit dans cette petite famille de récits où le cerveau devient un terrain de romance, de domination et de projection. On connaît la chanson : Hollywood adore les génies tant qu’ils restent photogéniques, un peu cabossés, et surtout assez vulnérables pour que le scénario puisse leur coller un partenaire toxique dans les pattes. Ici, la mécanique repose sur Julia, jeune femme d’une intelligence mathématique redoutable, mais aussi sur cette zone grise que le cinéma affectionne tant : celle où la maîtrise technique ne protège pas de la naïveté affective. En 2026, ce genre de personnage a une vraie valeur de test pour une actrice, parce qu’il faut tenir ensemble la précision, la retenue et le trouble sans tomber dans la démonstration. Chase Infiniti, apparemment, a compris le mode d’emploi.
La critique source insiste sur un point qui compte plus qu’il n’y paraît : la virtuosité de Julia ne doit jamais ressembler à une performance affichée. C’est précisément là que beaucoup de films se plantent, en transformant le talent en pancarte lumineuse. Byrne, lui, semble préférer une approche plus fine, plus sournoise même, où l’intelligence du personnage se lit dans la façon de se tenir, de répondre, de jauger les autres. Pas besoin de grands discours ni de séquences où tout le monde s’extasie devant la prodige du coin. Le film mise sur le naturel, et c’est souvent là que le cinéma devient un peu plus malin que sa propre affiche. Le savoir, ici, ne parade pas : il circule.
Quand le QI grimpe, le désir déraille
Le vrai nerf du film, c’est moins la science que l’attirance mal placée. Julia se retrouve face à un type dont elle devrait se méfier, ce qui ouvre un terrain dramatique très classique, mais toujours efficace quand il est bien tenu : la collision entre assurance intellectuelle et vulnérabilité émotionnelle. Ce décalage, le cinéma l’a déjà exploité mille fois, de Good Will Hunting à A Beautiful Mind, avec des degrés de réussite variables et quelques lourdeurs de bon élève. La différence, ici, tient à la jeunesse du personnage, à son manque d’expérience, à cette impression qu’elle sait résoudre des problèmes abstraits mais pas encore lire les signaux d’alarme humains. Et franchement, ça nous parle : on a tous croisé un moment où le cerveau dit non pendant que le cœur, ce petit idiot, signe quand même.
Ce qui rend le rôle intéressant, c’est qu’il refuse le cliché de la surdouée glaciale. Julia n’est pas une machine à calculer, ni une icône de féminisme de vitrine. Elle est concentrée, mûre pour son âge, mais encore assez verte pour se laisser embarquer. Cette ambiguïté donne au film sa tension principale. Si Byrne tient la barre, il peut éviter le péché originel de tant de romances “intelligentes” : croire que l’érudition suffit à faire du cinéma. Non, il faut du désir, du danger, du frottement. Sinon, on regarde des gens très brillants faire la gueule dans une belle lumière, et au bout de vingt minutes, ça sent la salle de classe.

Chase Infiniti, ou l’art de ne pas en faire des caisses
Ce qui frappe dans la formulation de la critique, c’est cette idée de légèreté. Infiniti ne joue pas la génie en mode démonstration de force. Elle “porte” son intelligence comme une seconde peau, sans souligner chaque ligne de dialogue, sans transformer chaque regard en manifeste. C’est souvent le signe des actrices qui peuvent passer un cap : elles comprennent que la starification ne vient pas de l’emphase, mais de la densité. On pense à ces interprètes qui, très tôt, savent déjà que le public n’aime pas seulement voir un personnage, il aime sentir qu’il y a une personne derrière, avec ses angles morts et ses contradictions. Et là, le film semble lui offrir un vrai terrain de jeu.
Il y a aussi quelque chose de très contemporain dans ce type de rôle. Depuis quelques années, le cinéma américain raffole des héroïnes brillantes mais vulnérables, compétentes mais pas blindées, ambitieuses mais pas invincibles. C’est une manière de déplacer le vieux fantasme du “génie” vers une zone plus humaine, moins mythologique. Sauf qu’il faut une actrice capable de ne pas écraser le personnage sous sa propre présence. Chase Infiniti, d’après ce premier retour, coche cette case. Elle ne joue pas la future star, elle joue déjà comme si elle n’avait rien à prouver. Et ça, mine de rien, c’est du très gros calibre.
Maths, désir et petit poison bien servi
Le titre lui-même, The Julia Set, annonce la couleur : on est dans un film qui aime les systèmes, les structures, les motifs, peut-être même les répétitions obsessionnelles. Le jeu de mots mathématique n’est pas là pour faire joli sur une fiche de presse ; il suggère un récit où l’identité de l’héroïne se déploie comme une forme complexe, belle de loin, redoutable de près. Ce genre de projet peut vite tourner au gadget conceptuel. Mais quand il marche, il produit ce qu’Hollywood fait de mieux depuis des décennies : une machine à fantasmes qui a l’air intelligente, ou l’inverse, ce qui revient parfois au même.
Reste la question qui fâche un peu : le film saura-t-il faire exister son bad romance au-delà de son idée de départ ? Parce qu’une héroïne brillante et un mauvais garçon, c’est le genre de duo qui peut soit électriser l’écran, soit s’enfermer dans ses propres bons sentiments. Tout dépend de la mise en scène, du rythme, de la façon dont Byrne laisse respirer les scènes au lieu de les bourrer de signaux. Si le film tient sa promesse, il pourrait rejoindre cette catégorie rare des récits où l’on regarde autant le visage d’une actrice que le piège qu’on lui tend. Et ça, pour une première impression, ce n’est déjà pas rien. Le calcul est simple : si Chase Infiniti continue comme ça, on n’a pas fini d’entendre parler d’elle.
Et puis, soyons honnêtes : dans un cinéma qui adore recycler ses formules, voir une jeune actrice imposer une présence sans hausser le ton, ça fait presque l’effet d’une anomalie. Une belle anomalie, évidemment. Le genre qu’on espère voir durer plus qu’un week-end de sortie.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




